« Po­lans­ki, t’es fou­tu, les femmes sont dans la rue ! »

Le Parisien (Paris) - - CINÉMA - PAR RE­NAUD BARONIAN

LA CÉ­RÉ­MO­NIE

com­mence dans plus de deux heures, et l’am­biance n’est pas dans la salle, mais de­vant. Vers 19 heures, hier, la rue du Faubourg-Saint-Ho­no­ré voit rouge : quelques ma­ni­fes­tantes fé­mi­nistes, ve­nues crier leur in­di­gna­tion face aux douze no­mi­na­tions pour « J’ac­cuse », de Ro­man Po­lans­ki, ont réus­si à quit­ter la toute proche place des Ternes où elles étaient ras­sem­blées pour for­cer les bar­rières et s’ap­pro­cher de la salle Pleyel avec des fu­mi­gènes. Les po­li­ciers ré­pliquent avec des gaz la­cry­mo­gènes : dans le hall de Pleyel, les in­vi­tés qui com­mencent à ar­ri­ver se mettent à tous­ser. Place des Ternes, quelques cen­taines de ma­ni­fes­tantes font en­tendre leur ré­volte : « Libérez nos ca­ma­rades », cer­taines évo­quant « deux ar­res­ta­tions ».

Il faut dire que le ton avait été don­né sur cette même place peu après 18 heures. Trois im­menses ban­de­roles en forme de cor­beaux noirs jouent les agents d’ac­cueil. Sur cha­cune, un nom : « Po­lans­ki », « Wein­stein », « Bes­son ». Un ru­ban d’af­fi­chettes « J’ac­cuse Po­lans­ki » cein­ture la place.

Des pan­neaux en car­ton s’élèvent : « Pas d’hon­neur pour les vio­leurs », « 4 viols 12 no­mi­na­tions », « Cé­sar de la honte », « Por­trait de Po­lans­ki en feu »… Plu­sieurs as­so­cia­tions sont pré­sentes, par­mi les­quelles Osez le fé­mi­nisme !, le Col­lec­tif fé­mi­niste contre le viol, les Ac­trices contre les vio­lences faites aux femmes… Le tout dans un joyeux chaos.

Po­lans­ki, star des pan­cartes

Cer­taines for­mules ont plus la cote que d’autres : « Po­lans­ki, t’es fou­tu, les femmes sont dans la rue », « Vic­times, on vous croit »… Des chan­sons sont re­prises par toutes : « Tout, tout, tout, vous sau­rez tout sur Po­lans­ki » sur l’air du « Zi­zi » de Pierre Per­ret, ou « On est là, on est là, même si Po­lans­ki vient pas, nous on est là… ». Plus sé­rieuse, Cé­line Piques, porte-pa­role d’Osez le fé­mi­nisme !, pose avec ses mi­li­tantes qui bran­dissent des car­tons où sont ins­crits les pré­noms et âges de celles que l’as­so­cia­tion es­time avoir été vio­lées par Ro­man Po­lans­ki. L’un d’eux an­nonce « Va­len­tine, 18 ans », en ré­fé­rence à Va­len­tine Mon­nier, qui a ac­cu­sé, dans nos co­lonnes, le réa­li­sa­teur de l’avoir vio­lée en 1975.

« L’équipe de J’ac­cuse qui re­nonce à ve­nir, c’est dé­jà une pre­mière vic­toire, nous clame Cé­line Piques. Peut-être que, ce soir, la honte a chan­gé de camp, parce qu’ils sa­vaient qu’ils au­raient été in­ter­pel­lés par des mi­li­tantes ou des ac­trices s’ils avaient été pré­sents… » A quelques mètres de là, des groupes tentent d’at­teindre Pleyel par d’autres rues. Celles qui res­tent place des Ternes sont dé­ci­dées à te­nir « le plus long­temps pos­sible ». Les slo­gans re­prennent : « Le viol est un crime, ta­pis rouge pour les vic­times… »

Pa­ris (VIIIe), hier. Plu­sieurs cen­taines de ma­ni­fes­tantes ont fait en­tendre leur voix aux abords de la salle Pleyel.

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