Dis­pa­ri­tion Pierre Bé­ni­chou, une voix s’est éteinte

L’ani­ma­teur des « Grosses têtes » de RTL sa­lue la mé­moire de son com­pa­gnon de route à la té­lé et à la ra­dio, dis­pa­ru dans la nuit de lun­di à mar­di à l’âge de 82 ans.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR FRAN­ÇOIS ROUSSEAUX

LA SE­MAINE DER­NIÈRE en­core, il ré­ga­lait les « Grosses Têtes » de ses bons mots, de sa voix grave et puis­sante. Par té­lé­phone, confi­ne­ment oblige. Car pour Laurent Ru­quier, dif­fi­cile de se pas­ser de Pierre Bé­ni­chou, so­cié­taire his­to­rique de l’émis­sion culte de RTL, dé­cé­dé dans la nuit de lun­di à mar­di dans son som­meil à l’âge de 82 ans.

« Il au­rait vou­lu que l’on conti­nue à s’amuser », a lan­cé l’ani­ma­teur sur RTL hier après-mi­di, en ou­ver­ture des « Grosses Têtes », en­re­gis­trées le ma­tin, avant un hom­mage au­jourd’hui : une émis­sion réunis­sant les meilleurs mo­ments de Pierre Bé­ni­chou à par­tir de 15 h 30.

Très ému, Laurent Ru­quier a te­nu hier à pré­ve­nir lui­même Gé­rard Miller ou Phi­lippe Ge­luck, autres ha­bi­tués de l’émis­sion, de la mort de leur ami, « un mo­nu­ment ».

LAURENT RU­QUIER Que vous évoque la dis­pa­ri­tion de Pierre Bé­ni­chou ?

Beau­coup de tris­tesse. Pierre Bé­ni­chou et moi, c’est vingt ans de fous rires et de sou­ve­nirs in­croyables… Avec Oli­vier de Ker­sau­son au­jourd’hui, ce sont les deux der­niers grands im­pro­vi­sa­teurs de la ra­dio, du ni­veau de Jacques Mar­tin ou de Jean Yanne. Pierre, c’était un per­son­nage ! Un Pa­ri­sien. Un sé­duc­teur. Le té­moin d’une autre époque.

C’était aus­si un jour­na­liste re­mar­qué…

Oui, un grand jour­na­liste de presse écrite avant tout, c’est d’ailleurs 80 % de sa car­rière. Il avait un réel ta­lent d’écri­ture. A « l’Obs », il a si­gné de nom­breuses né­cro­lo­gies, brillan­tis­simes. Il ar­ri­vait après tout le monde et trou­vait ins­tan­ta­né­ment le meilleur titre pour un ar­ticle. Ou le bon angle d’un su­jet avant les autres ! C’est un homme qui sa­vait jon­gler avec les mots. C’est d’ailleurs lui qui a com­po­sé pour Co­luche les pa­roles de sa cé­lèbre chan­son « Mi­sère, mi­sère… ». Pour Co­luche, Pierre était un four­nis­seur de bons mots et de vannes, tout en étant un jour­na­liste ré­pu­té sé­rieux ! Ce ne sont que les vingt der­nières an­nées que les Fran­çais ont dé­cou­vert Bé­ni­chou l’hu­mo­riste.

Vous sou­ve­nez-vous de votre pre­mière ren­contre ?

Oui, c’était chez Cas­tel (NDLR : club pa­ri­sien my­thique) , une nuit, il y a vingt-cinq ans. J’ar­ri­vais de pro­vince, je ve­nais de m’ins­tal­ler à Pa­ris, je ne connais­sais pas Pierre Bé­ni­chou ! Et Ch­ris­tine Bra­vo nous a pré­sen­tés, elle m’a dit par er­reur : « Voi­là Georges-Marc Be­na­mou (NDLR : jour­na­liste éga­le­ment) , le pa­tron du Nou­vel Ob­ser­va­teur . » Il est par­ti dans une fausse co­lère, noire, drôle ! Chez Cas­tel, Pierre fai­sait rire tout le monde. Tout le mé­tier le connais­sait. C’était la bande de chez Cas­tel, avec Ker­sau­son, Jean Yanne, Jacques Mar­tin. Le qua­tuor de la rive gauche !

Et comment avez-vous com­men­cé à col­la­bo­rer ?

Je n’avais pas osé le sol­li­ci­ter, et je l’ai re­gret­té quand, à la fin des an­nées 1990, je l’ai en­ten­du dans l’émis­sion de Lau­rence Boc­co­li­ni sur France In­ter, puis aux « Grosses Têtes » de Phi­lippe Bou­vard… Alors, je lui ai té­lé­pho­né. Nous nous sommes re­trou­vés à la Bras­se­rie Lipp, autre en­droit qu’il ai­mait, avec Claude Sar­raute, et je lui ai pro­po­sé de re­joindre mes émis­sions, sur Eu­rope 1 puis France 2, « On a tout es­sayé ». On ne s’est plus ja­mais quit­tés.

Hu­mai­ne­ment, comment était-il ?

Comme tous les grands gé­nies, ca­rac­té­riel et drôle ! Il se fâ­chait et, dans la de­mi-heure, se confon­dait en ex­cuses. C’est l’homme qui m’a fait le plus rire dans ma car­rière.

“Comme tous les grands gé­nies, il était ca­rac­té­riel et drôle ! Il se fâ­chait et, dans la de­mi­heure, se confon­dait en ex­cuses.

C’est l’homme qui m’a fait le plus rire dans ma car­rière. LAURENT RU­QUIER

Il était précieux aux « Grosses Têtes » ?

Oui. Je lui en de­man­dais beau­coup. Il me di­sait : « Laurent, c’est de l’es­cla­va­gisme ! » Jus­qu’au confi­ne­ment, il par­ti­ci­pait deux fois par se­maine. Il était re­ve­nu à la ren­trée der­nière après des pro­blèmes de san­té. Hier en­core, il a échan­gé avec le pro­gram­ma­teur des « Grosses Têtes ». Nous al­lons lui rendre un hom­mage dans l’émis­sion, non pas à sa me­sure mais à sa dé­me­sure.

Laurent Ru­quier (à gauche) évoque avec ten­dresse son com­plice Pierre Bé­ni­chou : « Un Pa­ri­sien. Un sé­duc­teur. Le té­moin d’une autre époque. »

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