De fil en ai­guille, toute la France coud

Pour leurs proches ou ré­pon­dant à l’ap­pel aux dons de masques lan­cé par cer­tains hô­pi­taux, ils sont nom­breux, pro­fes­sion­nels ou non, à faire tour­ner leur ma­chine à coudre.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT­DU JOUR - PAR FRÉ­DÉ­RIC MOU­CHON NA­THA­LIE SCHUCK

EN TEMPS NOR­MAL, Vincent ma­nie le fer à sou­der dans la mé­tal­lur­gie. De­puis deux se­maines, il l’a tro­qué contre un fer à re­pas­ser. Confi­né avec sa femme et ses en­fants, il passe ses jour­nées à confec­tion­ner des masques qu’il re­dis­tri­bue à ceux qui en ont be­soin. « Je coupe le tis­su puis je le re­passe, et ma femme s’oc­cupe de coudre. » Vincent et Bé­ren­gère font par­tie du groupe Fa­ce­book les Pe­tits Masques so­li­daires 53, qui re­ven­dique près de 200 membres.

Ils ont dé­jà four­ni plus de 1 000 masques res­pec­tant la norme Af­nor au per­son­nel soi­gnant ain­si qu’à des li­vreurs, des bou­lan­gers, des per­sonnes âgées… « Je livre les per­sonnes les plus vul­né­rables de mon sec­teur, ex­plique le jeune sou­deur. En contre­par­tie, cer­tains nous font des dons ou nous donnent du fil, des ai­guilles, du tis­su. » « Tous les jours, notre groupe s’étoffe, se ré­jouit Sé­ve­rine, ta­pis­sière dé­co­ra­trice. Au lieu de res­ter les bras croi­sés, on tente de pal­lier le manque de masques. »

Les tu­tos fleu­rissent sur In­ter­net. « J’en ai choi­si un sans cou­ture, à par­tir de ser­viettes de table. Je glisse une feuille d’es­suie-tout entre deux épais­seurs, dé­taille Jo­ce­lyne, 71 ans, qui vit en Mo­selle, un dé­par­te­ment très tou­ché par l’épi­dé­mie. Le pre­mier masque se­ra pour sa fille, qui lui fait ses courses, « afin de li­mi­ter les risques de trans­mis­sion, même si je sais que ce n’est pas fiable à 100 % ».

Plus ori­gi­nale, la so­lu­tion de Chris­tine, une qua­dra du Valde-Marne, à par­tir d’un sac d’as­pi­ra­teur et de deux élas­tiques à che­veux. « Je suis tom­bée sur une étude qui montre que ce­la pro­tège plus qu’une écharpe, et comme les masques en phar­ma­cie ne sont pas dis­po­nibles, c’est la seule so­lu­tion pour me pro­té­ger. »

Des en­tre­prises se « re­con­ver­tissent »

Créatrice d’ac­ces­soires de mode, Ca­the­rine at­tend un kit de l’en­tre­prise Fil­tra­tion. Cette so­cié­té lyon­naise (Rhône) four­nit ha­bi­tuel­le­ment l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, agroa­li­men­taire ou nu­cléaire, mais dis­tri­bue dé­sor­mais des masques au corps mé­di­cal. « Notre ate­lier est ca­pable d’en pro­duire 20 000 par se­maine en po­ly­pro­py­lène et de type chi­rur­gi­cal, ex­plique le PDG, Loïc Vans­teen­keste. Pour ac­cé­lé­rer la ca­dence, nous avons sol­li­ci­té des ate­liers de con­fec­tion au chô­mage par­tiel et réus­si à mo­bi­li­ser 1 900 par­ti­cu­liers afin d’en four­nir en­vi­ron 150 000 par se­maine. »

« Je me sens utile »

Créatrice dans une mai­son de haute cou­ture, Anne-Lise n’a pas hé­si­té quand son en­tre­prise l’a sol­li­ci­tée pour confec­tion­ner bé­né­vo­le­ment des exem­plaires pour les pom­piers ou le Sa­mu. « J’en ai fa­bri­qué 100 la se­maine der­nière, je dois en­core en faire 100 », ex­plique cette Pa­ri­sienne dont le ma­ri, gé­riatre, tra­vaille mas­qué au che­vet de pa­tients at­teints du Co­vid-19. « Je me sens utile, j’ai l’im­pres­sion de par­ti­ci­per à une opé­ra­tion com­mune d’en­traide. » Cette en­traide, la ma­ter­ni­té pa­ri­sienne des Dia­co­nesses (XIIe) en a bé­né­fi­cié aus­si. Elle re­ce­vra au­jourd’hui 650 masques cou­sus main par une tren­taine de cou­tu­rières de l’Opé­ra de Pa­ris et des­ti­nés aux ma­mans qui sortent de l’hô­pi­tal.

« Jus­qu’ici, pour ne pas af­fo­ler la po­pu­la­tion, car la France n’en avait pas as­sez, le gou­ver­ne­ment nous di­sait que l’on n’avait pas be­soin de masques, mais ils se­ront bien­tôt obli­ga­toires, se per­suade Vincent. Et j’es­père bien que mon dé­par­te­ment, la Mayenne, se­ra le pre­mier en France à équi­per tous ses ha­bi­tants. » quer des masques ho­mo­lo­gués. Nous avons aus­si trou­vé du tis­su et des élas­tiques, grâce à une as­so­cia­tion de Meaux. On en ap­pelle aux bé­né­voles pour ve­nir coudre », dé­taille l’an­cien mi­nistre du Bud­get, fé­ru d’his­toire et au­teur du livre « la Ba­taille de la Marne » (Ed. Tal­lan­dier, 2013).

L’ini­tia­tive, me­née avec l’ex­di­rec­trice du musée de la Grande Guerre, un mé­de­cin et une créatrice tex­tile, ren­voie à une page glo­rieuse de la Pre­mière Guerre mon­diale quand, en septembre 1914, le gé­né­ral Gal­lie­ni, gou­ver­neur mi­li­taire de Pa­ris, avait ré­qui­si­tion­né 600 taxis de la ca­pi­tale. Ras­sem­blés sur l’es­pla­nade des In­va­lides, ils avaient ache­mi­né plu­sieurs mil­liers de sol­dats vers le front pour contrer l’avan­cée des troupes al­le­mandes aux portes de Pa­ris. Si les taxis de la Marne n’ont pu in­ver­ser la donne mi­li­taire, ils sont res­tés comme un sym­bole d’uni­té na­tio­nale.

Des kits et du ma­té­riel mis à dis­po­si­tion

Le maire veut lan­cer les grandes ma­noeuvres dès ven­dre­di. Un ate­lier est en cours d’ins­tal­la­tion dans un ly­cée pro­fes­sion­nel, « avec un pro­to­cole sa­ni­taire ri­gou­reux » pour évi­ter toute conta­mi­na­tion, pré­cise le maire LR, réé­lu au 1er tour le 15 mars. Un pro­fes­seur for­me­ra les cou­tu­rières et cou­tu­riers sur un ou­til pro­fes­sion­nel, plus ra­pide que les ma­chines fa­mi­liales. Les masques se­ront des­ti­nés aux com­mer­çants, ou­vriers des chan­tiers, etc., et des sur­blouses confec­tion­nées pour l’hô­pi­tal de Meaux.

L’ex-pré­sident de l’UMP a dé­jà fait dis­tri­buer des masques aux po­li­ciers et per­son­nels de la pro­pre­té. Quant aux bé­né­voles qui sou­haitent coudre à do­mi­cile, des kits et du ma­té­riel se­ront mis à dis­po­si­tion. « C’est un pe­tit bout du gé­nie fran­çais. Un mé­lange de sys­tème D et de grande gé­né­ro­si­té dont notre peuple est ca­pable. » A ce stade, il ne se fixe pas d’ob­jec­tif chif­fré, mais en es­père « le plus pos­sible ».

Des mil­liers de per­sonnes à tra­vers le pays fa­briquent des masques « ar­ti­sa­naux » chaque jour, par­ti­ci­pant à une énorme opé­ra­tion d’en­traide col­lec­tive.

Le maire LR de Meaux (Seine-et-Marne), Jean-Fran­çois Co­pé, sol­li­cite les pe­tites mains de sa ville, pro­fes­sion­nelles et ama­trices.

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