« C’est une vio­lence pour moi mais aus­si pour ma fa­mille »

Sa­mia Maa­zi, 43 ans, in­fir­mière dans un hô­pi­tal de Rive-de-Gier (Loire), a dé­ci­dé de por­ter plainte après avoir re­çu une lettre de me­nace ano­nyme d’un ha­bi­tant de son im­meuble.

Le Parisien (Paris) - - FAITS DI­VERS - DENOTRECOR­RESPONDANT CYRIL MI­CHAUD À RIVE-DE-GIER (LOIRE)

S’ILS SONT SOU­TE­NUS tous les soirs à 20 heures, par­tout en France, par de cha­leu­reux ap­plau­dis­se­ments éma­nant des bal­cons des im­meubles des centres-villes, les soi­gnants sont aus­si la cible de nom­breuses me­naces et in­ci­vi­li­tés : voi­tures en­dom­ma­gées, ca­du­cées vo­lés, ma­té­riels dé­ro­bés dans les ca­bi­nets, lettres d’in­sultes et me­naces. In­fir­mière li­bé­rale et à mi-temps dans un hô­pi­tal à Rive-de-Gier, dans la Loire, Sa­mia Maa­zi (43 ans) a eu la désa­gréable sur­prise de découvrir la se­maine der­nière, dans sa boîte aux lettres, une lettre de me­naces lui de­man­dant de quit­ter son lo­ge­ment. Un cour­rier ano­nyme qui a pous­sé la soi­gnante à dé­po­ser plainte pour vio­lence sur pro­fes­sion­nel de san­té car « les propos te­nus dans cette lettre ano­nyme sont de nature à oc­ca­sion­ner des bles­sures psy­cho­lo­giques », pré­cise David Char­matz, pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Saint-Etienne. L’au­teur du cour­rier risque jus­qu’à trois ans d’em­pri­son­ne­ment.

SA­MIA MAA­ZI Comment al­lez-vous de­puis la dé­cou­verte, mer­cre­di der­nier, de ce cour­rier ano­nyme me­na­çant dans votre boîte aux lettres ?

Je vis avec. Je n’ai pas le choix de toute fa­çon. Il faut que j’avance, et ma fa­mille avec. Je ne sais pas qui a osé écrire cette lettre dans l’im­meuble, alors, je suis sur mes gardes. Mais il est clair que je ne me sens pas en sé­cu­ri­té. Qui sait ce que cette per­sonne peut être ca­pable de faire ? De­main, elle pour­rait très bien s’en prendre à ma voi­ture, mon lo­ge­ment et, en­suite, mes en­fants ?

Quelle a été votre pre­mière ré­ac­tion lorsque vous avez lu cette lettre ?

J’étais cho­quée. Ce­la fai­sait plu­sieurs jours que je n’avais

pas ou­vert ma boîte. Je n’y croyais pas. J’ai es­sayé de dor­mir, mais je n’y suis pas ar­ri­vée. Alors je suis al­lée frap­per à la porte de tous les voi­sins, un par un, pour es­sayer de sa­voir qui avait en­voyé la lettre et pour leur dire que nous sommes tous sur le même ba­teau face au Co­vid-19.

Vous ont-ils té­moi­gné du sou­tien ?

Oui, j’ai eu trois-quatre mots de sou­tien dé­po­sés par des voi­sins dans le hall de l’im­meuble. Ce­la m’a fait évi­dem­ment très plai­sir. La plu­part des voi­sins ont eu la même ré­ac­tion que moi, une ré­ac­tion de stu­pé­fac­tion.

Com­pre­nez-vous un tel geste ?

Ce que je com­prends, c’est la peur que peuvent res­sen­tir les gens. Ils vivent dans une psy­chose qui peut les pous­ser à écrire ce genre de lettres. C’est une peur collective, mon­diale. Moi-même, lorsque je fais mes courses, je peux la res­sen­tir. Mais ce n’est pas pour ce­la que je vais faire éva­cuer le ma­ga­sin. Je ne peux cau­tion­ner un tel geste. Re­ce­voir un cour­rier de cette nature, c’est d’une rare vio­lence, à la fois pour moi mais aus­si pour ma fa­mille, qui est très in­quiète.

Vous avez dé­po­sé plainte et une en­quête est en cours. Qu’at­ten­dez-vous de la jus­tice ?

Que l’on re­trouve l’au­teur de la lettre. Cette per­sonne sem­blait dé­ter­mi­née quand elle a écrit le mot. Elle m’a même trai­tée « d’ar­ro­gante ». Mon fils va au ly­cée, ma fille est étu­diante à la fac. Pour ma part, je tra­vaille dur chaque jour comme tout per­son­nel de san­té pour es­sayer de soi­gner les gens. Nous sommes une fa­mille sans bruit de Rive-de-Gier. C’est ce­la être ar­ro­gant ? Ce­la fait dix ans que j’ha­bite l’im­meuble et nous n’avions ja­mais eu de pro­blème.

Dans quel état psy­cho­lo­gique êtes-vous ?

Je me mé­fie de tout le monde. Ce se­rait un sou­la­ge­ment de sa­voir qui a en­voyé cette lettre parce que, dans ce genre de si­tua­tion, on soup­çonne tout le monde.

Avez-vous son­gé à quit­ter votre lo­ge­ment ?

Non. On m’a de­man­dé de par­tir mais je n’ai pas son­gé à le faire. En tant qu’in­fir­mière, je connais les gestes bar­rière et j’es­time que je ne suis pas plus à risque que n’im­porte quelle autre per­sonne qui vit dans cet im­meuble.

Vous avez sou­te­nu le maire sor­tant de Rive-de-Gier lors des élec­tions mu­ni­ci­pales. Peut-il y avoir un lien entre cet en­ga­ge­ment po­li­tique et le cour­rier de me­naces re­çu ?

Je me suis ra­jou­tée à la liste du maire M. Char­vin en tant que simple co­lis­tière, un peu en der­nière mi­nute, pour faire plai­sir à une amie. La po­li­tique, ce n’est pas mon do­maine. Je suis trop in­ves­tie dans mon tra­vail d’in­fir­mière.

Rive-de-Gier (Loire), hier. L’in­fir­mière a eu la désa­gréable sur­prise de trou­ver mer­cre­di der­nier dans sa boîte aux lettres un cour­rier ano­nyme lui en­joi­gnant de quit­ter son do­mi­cile.

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