« Les ki­nés doivent être sur le pont »

Jean-Luc Corne in­vite ses confrères li­bé­raux, dont les ca­bi­nets sont fer­més, à se mo­bi­li­ser pour pour­suivre les soins à do­mi­cile. Deux pla­te­formes ont été créées.

Le Parisien (Paris) - - SPÉ­CIAL­CO­RO­NA­VI­RUS - PAR LAURENT MAURON

« SI ON LAISSE FAIRE, c’est une bombe à re­tar­de­ment. Moi, je pré­viens avant… » Ins­tal­lé de­puis en­vi­ron quinze ans au Ches­nay-Roc­quen­court (Yvelines), Jean-Luc Corne est for­mel : si la pro­fes­sion de ki­né­si­thé­ra­peute ne se mo­bi­lise pas tout de suite pour pour­suivre les soins à do­mi­cile, les len­de­mains de la crise sa­ni­taire se­ront dé­vas­ta­teurs.

Le confi­ne­ment a bou­le­ver­sé la donne. Les ki­né­si­thé­ra­peutes ont été in­vi­tés à fer­mer leur ca­bi­net à la suite des re­com­man­da­tions du mi­nis­tère de la San­té. Ce der­nier leur a de­man­dé de sa­tis­faire les soins à do­mi­cile pour les pa­tients Co­vid et non Co­vid. Dans la fou­lée, le con­seil de l’ordre ré­gio­nal de la pro­fes­sion, en par­te­na­riat avec la ré­gion Ile-de-France, a créé une pla­te­forme afin de se ré­fé­ren­cer. Ce site, mon­ki­neidf.fr dresse la liste (en­core en cours de consti­tu­tion) des pro­fes­sion­nels dis­po­nibles pour des soins à do­mi­cile et les types de pa­tho­lo­gies qu’ils peuvent prendre en charge.

Mettre en contact pro­fes­sion­nels et pa­tients

« Le pro­blème, ré­agit Jean­Luc Corne, c’est que ça ne suit pas du tout. Si je prends l’exemple du Ches­nay-Roc­quen­court, il y a 5 ins­crits, alors que nous sommes 54 ki­nés sur la ville, et, à Ver­sailles, ils sont 7 sur en­vi­ron 125 confrères. Quelque chose ne va pas. »

L’URPS (union ré­gio­nale des pro­fes­sion­nels de san­té) ki­né Ile-de-France, qui re­groupe les 10 000 ki­nés li­bé­raux de la ré­gion, a éten­du, de son cô­té, à ses adhé­rents (et leurs pa­tients) le site de prises de ren­dez-vous in­zee.care, avec comme consigne d’ac­cep­ter uni­que­ment les de­mandes de soins qui leur pa

Nous de­vons pen­ser aux per­sonnes âgées ou aux han­di­ca­pés qui ont be­soin de soins JEAN-LUC CORNE, KI­NÉ­SI­THÉ­RA­PEUTE

raissent ur­gentes et non­re­por­tables, « et uni­que­ment si vous avez le ma­té­riel de pro­tec­tion adé­quat ».

« C’est une pé­riode de crise. Il faut mettre de cô­té le fait que l’on soit li­bé­ral ou pas. Tout le monde doit être sur le pont. Si­non, on court à la ca­tas­trophe » reprend Jean-Luc Corne. Et le ki­né de 57 ans d’in­sis­ter : « il y a tou­jours des gens qui ont des AVC ou des ar­rêts car­diaques. Ils ne peuvent pas se re­le­ver sans nous.

En­suite, nous de­vons pen­ser aux per­sonnes âgées ou aux han­di­ca­pés, plus ou moins lourds, qui sont dé­pen­dants. Ils res­pectent par­fai­te­ment le confi­ne­ment, c’est évident, mais ils ont be­soin de soins. Et, bien en­ten­du, à do­mi­cile. »

Et que dire de l’après-crise… « Nous sa­vons très bien que les ser­vices de ré­ani­ma­tion uti­lisent des produits, comme le cu­rare, qui ont une in­ci­dence sur les muscles sque­let­tiques. Sans ki­né, dans ces cas-là, on ne re­fait pas sur­face et, pire en­core, si on traîne. Une fois la crise pas­sée, ces pa­tients pour­raient être contraints de re­tour­ner en mi­lieu hos­pi­ta­lier. Tout ce que je dis, c’est de la bien­veillance et du bon sens. Ni plus ni moins », mar­tèle le ki­né, res­pon­sable san­té de l’As­so­cia­tion pour la prise en compte du han­di­cap dans les po­li­tiques pu­bliques et pri­vées (APHPP).

A ce titre, Jean-Luc Corne est membre du con­seil na­tio­nal consul­ta­tif des per­sonnes han­di­ca­pées (CNCPH) au sein de la com­mis­sion san­té, bie­nêtre et mal­trai­tance, un or­ga­nisme di­rec­te­ment pla­cé sous la res­pon­sa­bi­li­té du Pre­mier mi­nistre qui a dé­lé­gué So­phie Clu­zel, se­cré­taire d’Etat, pour s’en char­ger.

Le Ches­nay-Roc­quen­court, ven­dre­di. Jean-Luc Corne, ki­né­si­thé­ra­peute, s’in­quiète que les pa­tients, ayant be­soin de soins à do­mi­cile, ne savent plus à qui s’adres­ser.

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