«Nous sommes dans une ex­trême dé­pen­dance»

Vé­ro­nique Trillet Le­noir, dé­pu­tée eu­ro­péenne LREM, pro­pose une ré­so­lu­tion pour faire re­ve­nir la pro­duc­tion.

Le Parisien (Paris) - - LE FAIT­DU JOUR -

AU­JOURD’HUI, l’eu­ro­dé­pu­tée LREM Vé­ro­nique Trillet­Le­noir por­te­ra, avec son groupe, une pro­po­si­tion de ré­so­lu­tion vi­sant à créer une « force eu­ro­péenne pour la san­té » afin de ré­pondre à la pan­dé­mie. Pour cette can­cé­ro­logue exer­çant à Lyon, au­cun doute : il y a ur­gence à faire re­ve­nir sur le Vieux Conti­nent la pro­duc­tion de mé­di­ca­ments mas­si­ve­ment dé­lo­ca­li­sée en Asie ces trente der­nières an­nées.

VÉ­RO­NIQUE TRILLET-LE­NOIR Les hô­pi­taux peinent à re­ce­voir des mé­di­ca­ments, dont cer­tains sont es­sen­tiels en ré­ani­ma­tion. Ces ten­sions vous étonnent-elles ?

Pas du tout ! La crise du Co­vid19 nous pro­jette de ma­nière bru­tale dans toutes les fai­blesses eu­ro­péennes de notre ap­pro­vi­sion­ne­ment : 80 % des sub­stances ac­tives — la ma­tière pre­mière des mé­di­ca­ments — sont pro­duites hors de l’UE. Ce pour­cen­tage passe à 40 % lors­qu’il s’agit du pro­duit fi­ni, com­mer­cia­li­sé sur le conti­nent. Mo­rale : l’Eu­rope est plus un as­sem­bleur de mé­di­ca­ments qu’un fa­bri­cant !

En quoi ce­la pose pro­blème ?

Les dé­lo­ca­li­sa­tions mas­sives nous main­tiennent dans une si­tua­tion d’ex­trême dé­pen­dance sa­ni­taire vis-à-vis de la Chine, dont les usines ont été mises à l’ar­rêt du­rant deux mois, ou l’Inde, tou­chée de plein fouet par l’épi­dé­mie. De plus, notre fonc­tion­ne­ment ac­tuel, « just in time » (« juste à temps »), nous éclate à la fi­gure : nous fonc­tion­nons avec des stocks trop faibles. L’exemple était frap­pant avec les masques, il vaut aus­si pour les mé­di­ca­ments : il existe peu de ré­serves. On voit ap­pa­raître dans les hô­pi­taux de grosses ten­sions sur les sé­da­tifs ou les an­tal­giques. Nous pou­vons re­dou­ter de nou­velles rup­tures, à court et moyen terme.

Pour quels mé­di­ca­ments ?

Tous ceux qui de­vien­dront spé­ci­fiques dans la lutte contre le vi­rus ou contre l’hy­per-in­flam­ma­tion pul­mo­naire qu’il pro­voque chez des pa­tients. Ou pour les fu­turs vac­cins. Il va y avoir une hausse sans pré­cé­dent de la de­mande mon­diale, avec un risque de pra­tiques spé­cu­la­tives, voire de mar­ché pa­ral­lèle. Quelque 4,4 mil­lions de faux mé­di­ca­ments ont dé­jà été sai­sis dans le monde de­puis le dé­but de la pan­dé­mie ! Le phé­no­mène de pé­nu­rie n’est pas nou­veau, il existe dé­jà, mais je crains une ag­gra­va­tion. Jeu­di der­nier, mon hôpital, le CHU de Lyon (Rhône), nous a an­non­cé des rup­tures de Fu­ra­dan­tine, un an­ti­bio­tique très uti­li­sé contre cer­taines in­fec­tions uri­naires. On m’a éga­le­ment rap­por­té des in­quié­tudes con­cer­nant le pa­ra­cé­ta­mol, ma­jo­ri­tai­re­ment fa­bri­qué en Inde.

Que pré­co­ni­sez-vous ?

Re­lo­ca­li­ser la pro­duc­tion. Il faut ra­pa­trier en Eu­rope la fa­bri­ca­tion des sub­stances ac­tives et des mé­di­ca­ments dans leur en­semble. Ce­la concerne la France et tout le conti­nent. La re­lo­ca­li­sa­tion est longue et com­pli­quée. Je pré­co­nise donc de lis­ter les trai­te­ments d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur et de com­men­cer par eux.

Re­lo­ca­li­sa­tion si­gni­fie hausse des prix des mé­di­ca­ments. La France peut l’ab­sor­ber ?

Les pays eu­ro­péens ont une dé­pen­dance forte en­vers l’in­dus­trie phar­ma­ceu­tique, à la­quelle ils per­mettent de né­go­cier en bi­la­té­ral ses ta­rifs. Nous de­vons al­ler vers plus de co­hé­rence. Nous se­rions plus ma­lins à né­go­cier les prix à cinq ou six Etats membres que tout seul ! Les sur­coûts pour­raient être at­té­nués par des achats grou­pés. Dans tous les cas, la pan­dé­mie nous fait la dé­mons­tra­tion d’une né­ces­saire sou­ve­rai­ne­té eu­ro­péenne en ma­tière de san­té.

L’Eu­rope joue-t-elle sa sur­vie ?

Pour moi, cette crise est son crash test ! Il y a un mois, nous avons vu une Eu­rope si­dé­rée : guerre des masques, ré­ten­tion de ma­té­riel, manque d’as­sis­tance mu­tuelle. Dou­ce­ment, elle s’est re­le­vée. Une so­li­da­ri­té s’est mise en place avec le trans­fert de pa­tients d’un pays à l’autre, l’ac­ti­va­tion du corps mé­di­cal eu­ro­péen, le fi­nan­ce­ment de la re­cherche… Au­jourd’hui, l’Eu­rope doit al­ler plus loin en­core. J’appelle de mes voeux une ré­flexion com­mune sur le dé­con­fi­ne­ment et sur la lutte contre les pé­nu­ries de mé­di­ca­ments. Al­lons vers une Eu­rope de la san­té, avec une gou­ver­nance et un bud­get propres. Nous ne sommes pas à l’abri d’autres crises, in­fec­tieuses mais aus­si ali­men­taires ou en­vi­ron­ne­men­tales. Ne gar­dons pas le nez dans le gui­don, créons des mé­ca­nismes utiles pour toutes les si­tua­tions. Il y a ur­gence !

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La re­lo­ca­li­sa­tion est longue et com­pli­quée. Je pré­co­nise de com­men­cer par les trai­te­ments d’in­té­rêt thé­ra­peu­tique ma­jeur.

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