« On se de­mande quelle se­ra la pro­chaine ca­tas­trophe »

De l’in­cen­die de Notre-Dame au Covid-19, les coups durs s’en­chaînent pour ce gé­rant d’une bras­se­rie et les autres com­mer­çants de l’île de la Ci­té.

Le Parisien (Paris) - - SPECIAL CO­RO­NA­VI­RUS - PA­RIS | IVe PAR PHI­LIPPE BAVEREL

UN AN APRÈS L’IN­CEN­DIE

de Notre-Dame, un mois après la fer­me­ture de leurs échoppes pour cause d’épi­dé­mie de Covid-19, les com­mer­çants de l’île de la Ci­té (IVe) ont la ter­rible im­pres­sion de tom­ber de Cha­rybde en Scyl­la. Gi­lets jaunes, feu, grève contre la ré­forme des re­traites, confi­ne­ment… « On fi­nit par s’ha­bi­tuer aux ca­tas­trophes et à se de­man­der quelle se­ra la pro­chaine », iro­nise Ro­ger-Fré­dé­ric Riard, gé­rant de la bras­se­rie Es­me­ral­da, si­tuée rue du Cloître-Notre-Dame, et dont la di­zaine de sa­la­riés a été pla­cée en chô­mage par­tiel. « De­puis un an, en rai­son de cette suc­ces­sion de coups durs, la tré­so­re­rie de l’éta­blis­se­ment est mise à rude épreuve. Sans comp­ter qu’avec le chan­tier de la ca­thé­drale, on n’est pas sor­tis de l’au­berge ! », ob­serve le pa­tron d’Es­me­ral­da, qui éva­lue à 20 % la perte de chiffre d’af­faires en­re­gis­trée en 2019 par rap­port à 2018. « Et 2020 risque d’être pire en­core. On a fait - 20 % en fé­vrier. Et là, on est en perte sèche de­puis plus d’un mois », pour­suit-il. Alors que les beaux jours ar­rivent, vé­ri­table coup d’en­voi de la sai­son, le ca­fe­tier peine à i ma­gi­ner le monde d’après-épi­dé­mie : « Que vat-il se pas­ser lorsque nous rou­vri­rons ? Les clients vou­dront-ils à nou­veau pro­fi­ter de la vie pa­ri­sienne ? Ou vien­dront-ils en ter­rasse avec masque et gants en de­man­dant que les tables soient es­pa­cées ? Et com­bien de temps les tou­ristes, qui consti­tuent la moi­tié de notre clien­tèle, met­tront-ils pour re­ve­nir ? »

Au­tant d’in­ter­ro­ga­tions par­ta­gées par Xa­vier Goi­zet, gé­rant de la bou­tique de sou­ve­nirs Notre-Dame ca­deaux, rue d’Ar­cole, dont le chiffre d’af­faires a chu­té en 2019 par rap­port à 2018 de « pas loin de 50 %, et ça va être pire en 2020 ». Des quatre sa­la­riés qu’il em­ployait avant l’in­cen­die, il n’en reste plus qu’un à mi-temps, ac­tuel­le­ment en chô­mage par­tiel.

50 em­plois per­dus

Comme il avait sous­crit à la ga­ran­tie perte d’ex­ploi­ta­tion, son as­su­rance l’a in­dem­ni­sé pour la part du chiffre d’af­faires per­du à la suite du si­nistre de Notre-Dame. « J’ai tou­ché 11 000 €, mais il de­vrait y avoir un zé­ro de plus », dé­plore Xa­vier Goi­zet qui, après contre-ex­per­tise, a pris un avo­cat. Comme ses confrères, il a aus­si per­çu l’aide ex­cep­tion­nelle de 10 000 € dé­blo­quée l’été der­nier par le mi­nis­tère de l’Eco­no­mie.

Pré­sident de l’as­so­cia­tion des com­mer­çants du quar­tier de Notre-Dame — qui compte 35 adhé­rents re­pré­sen­tant 50 com­merces et 300 sa­la­riés —, Pa­trice Le Jeune es­time qu'« à cause de l’in­cen­die, nous avons per­du 50 em­plois ». Et confie : « Les com­mer­çants ne savent plus que faire. Avant le confi­ne­ment, trois ou quatre d’entre eux son­geaient à dé­po­ser le bi­lan. » Conva­les­cent après avoir été in­fec­té par le co­ro­na­vi­rus, Pa­trice Le Jeune ré­clame à Ber­cy « l’aban­don des charges so­ciales (part pa­tro­nale) et fis­cales dues pour 2019 et les pre­miers mois de 2020 ». Et de­mande aux so­cié­tés d’as­su­rance « l’ou­ver­ture de dis­cus­sions pour qu’elles ac­ceptent, compte te­nu du ca­rac­tère ex­cep­tion­nel de la crise sa­ni­taire, de prendre en charge la perte d’ex­ploi­ta­tion qui en dé­coule ».

’’ Les com­mer­çants ne savent plus que faire

PA­TRICE LE JEUNE, PRÉ­SIDENT DES COM­MER­ÇANTS DU QUAR­TIER DE NOTRE-DAME

Pa­ris (IVe). Ro­gerF­ré­dé­ric Riard, gé­rant de la bras­se­rie Es­me­ral­da, es­time à 20 % la baisse de son chiffre d’af­faires en 2019, par rap­port à 2018. « Et 2020 risque d’être pire en­core », avoue-t-il.

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