«Il ne faut pas que les aides de l’Etat soient si­phon­nées par les banques»

Phi­lippe Chas­saing, dé­pu­té LREM, les ap­pelle « à faire preuve de res­pon­sa­bi­li­té ».

Le Parisien (Paris) - - ÉCO­NO­MIE - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SO­LENNE DU­ROX

DÉ­PU­TÉ la Ré­pu­blique en marche de Dor­dogne, Phi­lippe Chas­saing a écrit un rap­port sur l’in­clu­sion ban­caire.

PHI­LIPPE CHAS­SAING A cause du Co­vid-19, beau­coup de Fran­çais sont dans une si­tua­tion fi­nan­cière dé­li­cate. Comment les pro­té­ger ?

Cer­tains voient leurs re­ve­nus di­mi­nuer, no­tam­ment ceux au chô­mage par­tiel qui ne touchent que 84 % de leur sa­laire. Le confi­ne­ment, lui, gé­nère des coûts sup­plé­men­taires pour les fa­milles mo­destes, que ce soit pour les re­pas ou l’achat d’un or­di­na­teur afin de faire les de­voirs à dis­tance. Le gou­ver­ne­ment a an­non­cé le ver­se­ment d’une aide ex­cep­tion­nelle de so­li­da­ri­té aux foyers les plus mo­destes, mais il ne fau­drait pas que ces sommes soient si­phon­nées par les banques. Elles ne doivent pas ser­vir à payer les frais d’in­ci­dents ban­caires qui se­ront de plus en plus nom­breux. Des as­so­cia­tions, par­mi les­quelles Banques-In­fos-Re­cours, en ont dé­jà re­cen­sé un cer­tain nombre pour des mon­tants as­sez éle­vés : 100, 200, 300 €… Le pro­blème se­ra en­core plus vi­sible fin avril. Même en ayant une ges­tion ri­gou­reuse, cer­taines fa­milles au bud­get très contraint au­ront du mal à y faire face.

Il existe pour­tant de­puis deux ans un pla­fon­ne­ment de ces frais pour les per­sonnes en fra­gi­li­té fi­nan­cière…

Suite aux alertes de par­le­men­taires, les banques ont en ef­fet pris cet en­ga­ge­ment fin 2018. En­vi­ron 1 mil­lion de per­sonnes ont pu bé­né­fi­cier du pla­fond de 25 € par mois des frais. Le dis­po­si­tif fonc­tionne, mais il n’est va­lable qu’à condi­tion d’avoir connu des in­ci­dents pen­dant trois mois consé­cu­tifs. Or, à cause de la vio­lence de la crise éco­no­mique, d’autres Fran­çais vont être concer­nés. On ne peut pas at­tendre le mois de juin pour les pro­té­ger ! Ils ris­que­raient d’être du­ra­ble­ment im­pac­tés, avec, au bout du compte, des pro­cé­dures de sur­en­det­te­ment dont on connaît les lourdes consé­quences so­ciales et psy­cho­lo­giques. J’ai aler­té le gou­ver­ne­ment et la Banque de France. J’ai écrit il y a quinze jours à la Fé­dé­ra­tion fran­çaise des banques, qui m’a dit qu’il n’y avait pas de sou­ci iden­ti­fié à ce stade. J’ai aus­si contac­té plu­sieurs banques, qui me disent qu’elles ré­flé­chissent au pro­blème.

Que de­man­dez-vous ?

J’ap­pelle les banques à faire preuve de res­pon­sa­bi­li­té. Il faut qu’elles s’en­gagent à ne pas tou­cher aux sommes ver­sées par l’Etat et à adap­ter le dis­po­si­tif exis­tant. Elles pour­raient, par exemple, se mettre d’ac­cord sur un mon­tant au­de­là du­quel elles dé­clen­che­raient le pla­fon­ne­ment des frais, et ce dès le pre­mier mois sui­vant les in­ci­dents. Ce­la passe par une dé­tec­tion plus pré­coce des clients confron­tés à des dif­fi­cul­tés. En juin, ce se­ra trop tard.

“Le confi­ne­ment gé­nère des coûts sup­plé­men­taires pour les fa­milles mo­destes PHI­LIPPE CHAS­SAING

Phi­lippe Chas­saing plaide pour l’ap­pli­ca­tion im­mé­diate du pla­fon­ne­ment des frais ban­caires aux per­sonnes en dif­fi­cul­té.

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