«Nous avons le de­voir de re­prendre»

Ah­met Schae­fer, le pré­sident et pro­prié­taire de Cler­mont Foot (Ligue 2), es­time qu’un ar­rêt de la sai­son, stop­pée de­puis le 13 mars, est in­en­vi­sa­geable.

Le Parisien (Paris) - - FOOT­BALL - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR DO­MI­NIQUE SÉ­VÉ­RAC

AH­MET SCHAE­FER

A com­bien chif­frez-vous l’im­pact de la crise pour Cler­mont Foot ?

Nous avons pra­ti­que­ment en­cais­sé tous les trans­ferts des mer­ca­tos pré­cé­dents. L’im­pact est as­sez li­mi­té. Nous avons re­pris un club sain. A mon ar­ri­vée, j’ai ren­for­cé les ca­pi­taux propres du club. Même en cas de non-paie­ment de Ca­nal + et BeIN, nous par­vien­drons à équi­li­brer les comptes. Nous es­ti­mons les pertes ac­tuelles à 915 000 €.

Avez-vous pris des me­sures au sein du club pour af­fron­ter la tem­pête éco­no­mique ?

Nous avons ver­sé tous les sa­laires de mars. Nous dis­cu­tons dé­sor­mais du chô­mage par­tiel. Nous pren­drons une dé­ci­sion dans quelques jours. Un em­prunt au­près de la BPI (NDLR : Banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment) n’est pas né­ces­saire. Mais nous res­tons at­ten­tifs. Si la crise dure, si nous ne pou­vons comp­ter sur les pre­miers ver­se­ments de Me­dia­pro (nou­veau dif­fu­seur) pour la sai­son pro­chaine, ce­la com­men­ce­rait à être com­pli­qué.

Sou­hai­tez-vous une re­prise de la L 1 et de la L 2 ?

Ab­so­lu­ment ! La san­té des joueurs est la prio­ri­té ab­so­lue. C’est mieux de re­prendre à huis clos que de ne pas re­prendre du tout. Les bou­lan­ge­ries, Air­bus, tous sont obli­gés de re­tra­vailler le 11 mai et de prendre le risque d’être ex­po­sés au vi­rus. Pour­quoi le foot­ball ne re­pren­drait pas ? Nous aus­si, nous de­vons re­tour­ner au tra­vail, dans les condi­tions d’iso­la­tion sa­ni­taire les plus pous­sées pos­sible. Je ne com­prends pas la France, quand je vois ce qui se passe en Al­le­magne, en Ita­lie ou en Au­triche, qui re­prend les en­traî­ne­ments au­jourd’hui. On a le sen­ti­ment qu’il y a une honte parce qu’il s’agit d’ar­gent. Je suis en­tre­pre­neur. J’ai in­ves­ti mon propre ar­gent. C’est une PME. Pour nous, si d’autres [pro­fes­sions] re­prennent, nous aus­si nous re­pre­nons.

Quelques clubs comme Brest ou Di­jon, en L 1, ne par­tagent pas votre opi­nion.

Les com­pre­nez-vous ?

Il y a un mou­ve­ment chez cer­tains pré­si­dents dont le club a une si­tua­tion un peu ten­due spor­ti­ve­ment et qui pré­fèrent ar­rê­ter.

Les joueurs craignent pour leur san­té, à cause du vi­rus et des bles­sures après une longue pé­riode d’in­ac­ti­vi­té. Les en­ten­dez-vous ?

Ef­fec­ti­ve­ment, si nous en­chaî­nons tous les trois jours, ce se­ra dif­fi­cile. Nous de­vons trou­ver une so­lu­tion plus adap­tée. J’ai vu que cer­tains joueurs s’in­ter­ro­geaient, mais comme une mère qui doit ac­com­pa­gner son fils à l’école le 11 mai se pose des ques­tions. Elle es­père qu’il n’y au­ra plus de vi­rus et qu’il y au­ra 100 % de ga­ran­ties. Ce ne se­ra pas le cas. Les sou­cis sont là, mais nous avons le de­voir de re­prendre. Avec notre po­pu­la­ri­té, nous avons une res­pon­sa­bi­li­té so­ciale, édu­ca­tive et cultu­relle. Le foot­ball pos­sède une place im­por­tante dans nos so­cié­tés.

Comment ima­gi­nez-vous la re­prise des en­traî­ne­ments ?

Je m’oriente vers ce qui se pra­tique en Al­le­magne ou en Au­triche, et bien­tôt en Suisse. Les joueurs re­prennent l’en­traî­ne­ment d’abord sans contact. Ils prennent leur douche à la mai­son. Ils touchent le bal­lon et peuvent se ré­ath­lé­ti­ser. Ils doivent prendre leur tem­pé­ra­ture chaque jour. Nous de­vons les gar­der le plus long­temps pos­sible au club. Il faut aug­men­ter le nombre d’heures où les joueurs res­tent en­semble. Et faire des tests.

Il n’y au­ra pas as­sez de tests pour tous les spor­tifs pro­fes­sion­nels en France…

J’ai écou­té le pré­sident de la Ré­pu­blique. Il est as­sez dé­ter­mi­né à four­nir en­core plus de tests et à mettre à dis­po­si­tion en­core plus de moyens né­ces­saires pour la re­cherche d’un vac­cin. J’es­père qu’ils se­ront mis à dis­po­si­tion du foot­ball pro­fes­sion­nel, où il y a for­cé­ment des contacts qui sont évi­tés dans d’autres ac­ti­vi­tés.

Em­ma­nuel Ma­cron a par­lé de tes­ter uni­que­ment

« toute per­sonne pré­sen­tant des symp­tômes ». Exac­te­ment. Mais il a aus­si dit qu’il met­trait à dis­po­si­tion plus de tests et plus de moyens.

Ne vaut-il pas mieux at­tendre et dé­mar­rer la sai­son pro­chaine dans de meilleures condi­tions plu­tôt que de tout

faire pour bou­cler celle-ci ?

L’un ne s’op­pose pas à l’autre. Ce qui me dé­range, c’est cette date de re­prise du 23 août pour la sai­son 2020-2021. Ce­la crée une pa­nique chez cer­tains qui se disent que, si nous ne re­pre­nons pas le 23 août, nous met­trons en dan­ger le pro­chain contrat de Me­dia­pro. Ce n’est pas le cas. Si vous dites à Me­dia­pro que nous re­pre­nons le 10 ou le 15 sep­tembre, ce­la ne les dé­ran­ge­ra pro­ba­ble­ment pas. Il faut ar­rê­ter de mettre le 23 août comme une date ab­so­lue de re­prise. Cer­tains, qui ne veulent pas ter­mi­ner la sai­son, s’en servent pour ser­vir leurs propres in­té­rêts.

Pen­sez-vous que les dif­fu­seurs paie­ront si les cham­pion­nats ne re­dé­marrent pas ?

Si on re­prend dans un for­mat dif­fé­rent avec des matchs qui s’en­chaînent, le pro­duit n’est plus le même, donc ils de­man­de­ront une ré­duc­tion. Si on ne re­prend pas, il y a des sommes dues pour des matchs dé­jà joués. S’ils ne paient pas du tout, ce­la se fi­ni­ra avec des avo­cats, et ce­la pren­dra beau­coup de temps.

Comment ima­gi­nez-vous le foot­ball après le Co­vid-19 ?

Il y au­ra un im­pact éco­no­mique sur le long terme. Les clubs vont ar­rê­ter de dé­pen­ser l’hi­ver l’ar­gent qu’ils vont éven­tuel­le­ment tou­cher l’été d’après. Ils vont dé­ve­lop­per des ca­pi­taux propres pour ab­sor­ber ce genre de choc. La crise va so­li­di­fier le bi­lan des clubs. Les prix au mer­ca­to vont bais­ser et les clubs qui équi­librent leurs comptes avec les trans­ferts vont être en­core plus dé­pen­dants. Ce­la si­gni­fie qu’ils vont de­voir ga­gner en ef­fi­ca­ci­té.

J’ai in­ves­ti mon propre ar­gent. C’est une PME. Pour nous, si d’autres [pro­fes­sions] re­prennent, nous aus­si nous re­pre­nons.

Le Cler­mont Foot d’Ah­met Schae­fer (ici l’at­ta­quant Da­vid Go­mis face à Cham­bly) poin­tait à la 5 place de Ligue 2 avant l’in­ter­rup­tion des cham­pion­nats.

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