Dé­con­fi­ne­ment : « Une op­por­tu­ni­té his­to­rique pour le vé­lo »

Dominique Riou, in­gé­nieur et spé­cia­liste des transports en Ile-de-France, est per­sua­dé que le deux-roues se­ra au coeur de la mo­bi­li­té post-Co­vid.

Le Parisien (Paris) - - TRANSPORTS­IDF - PAR STÉPHANE CORBY

LA ROUE s’est mise à tour­ner elle ne semble plus de­voir s’ar­rê­ter. Mar­di, l’en­ga­ge­ment de la ré­gion Ile-de-France de fi­nan­cer le RER vé­lo a rap­pe­lé que le deux-roues consti­tue­rait plus que ja­mais une alte r n a t ive cré­dible aux transports en com­mun (ou à la voi­ture) au mo­ment du dé­con­fi­ne­ment le 11 mai. En pleine épi­dé­mie de Co­vid-19, plu­sieurs villes du monde ont mis en place des pistes cy­clables pro­vi­soires pour fa­ci­li­ter les dé­pla­ce­ments. Ce se­ra le cas à Pa­ris et sa ban­lieue où un ré­seau tem­po­raire, sur­nom­mé « Tem­poRER vé­lo », se­ra dé­li­mi­té avec plots et mar­quages au sol.

Dès le 11 mai, cer­tains bou­le­vards ou même des voies ra­pides, pour­raient ac­cueillir des pistes sé­pa­rées, ré­ser­vées aux vé­los, mais aus­si ou­vertes aux en­gins de dé­pla­ce­ments per­son­nels, tels que les trot­ti­nettes. Quatre axes sur­char­gés (ligne 13 du mé­tro, RER A, B et D sud) ont ain­si été prio­ri­sés.

La voi­rie peut ac­cueillir 4 fois plus de vé­los que de voi­tures

« Très clai­re­ment, le vé­lo se pré­sente comme la so­lu­tion pou­vant ai­der notre sys­tème de trans­port à ré­pondre glo­ba­le­ment au nou­veau contexte post-Co­vid, ré­sume Dominique Riou, chargé d’études au dé­par­te­ment Mo­bi­li­té Trans­port de l’Ins­ti­tut Pa­ris Ré­gion de­puis 1999. Le vé­lo offre une uti­li­sa­tion plus ra­tion­nelle et com­pacte du ré­seau de voi­rie. Si une voie ur­baine a une ca­pa­ci­té de l’ordre de 800 voi­tures par heure, une piste cy­clable de même di­men­sion (3,5 - 4 m) va pou­voir ac­cueillir quatre à cinq fois plus de vé­los. Boos­ter le vé­lo en sor­tie de confi­ne­ment ap­pa­raît donc comme une des so­lu­tions prag­ma­tiques pour que le sys­tème de trans­port col­lec­tif se re­mette en route sans se grip­per. »

Avant la crise, le spé­cia­liste rap­pelle que 840 000 Fran­ci­liens à vé­lo (30 % de plus de­puis 2010) se par­ta­geaient la voi­rie avec 17,2 mil­lions de pié­tons, 15 mil­lions d’au­to­mo­bi­listes, 4 mil­lions de voya­geurs en bus, 420 000 deux­roues mo­to­ri­sés, 180 000 en taxis et VTC et 130 000 usa­gers à trot­ti­nette.

Des iti­né­raires cy­clables de bout en bout

Et en sor­tie de confi­ne­ment, il s’agit de pro­fi­ter au maxi­mum d’une voi­rie en­core très peu chargée. « Car une fois que l’on dit qu’il faut don­ner de la place au vé­lo, rien n’est en­core fait, as­sure Dominique Riou. Et pour­tant, il faut al­ler vite et bien. Bref, il faut être tac­tique, ef­fi­cace et prag­ma­tique. Cette sor­tie de confi­ne­ment re­pré­sente même une op­por­tu­ni­té his­to­rique, pour faire en quelques mois ce qui, en temps nor­mal, au­rait pris des an­nées ou n’au­rait ja­mais peut-être pu être en­vi­sa­gé. Si la fré­quen­ta­tion de ces pistes cy­clables pro­vi­soires est au rendez-vous, elles pour­ront alors être pé­ren­ni­sées. »

Les neuf lignes in­ter­con­nec­tées re­liant les grands pôles ré­gio­naux que compte le tra­cé du RER Vé­lo, pen­sé par le col­lec­tif Vé­lo Ile-de-France, ont été des­si­nées pour op­ti­mi­ser à terme les dé­pla­ce­ments à deux-roues. Là où les an­ciens scé­na­rios af­fi­chaient une vi­sion étri­quée, le RER Vé­lo (long de 400 km dans sa ver­sion pre­mière) voit cette fois plus loin et plus large. L’ar­chi­tec­ture gé­né­rale re­prend deux prin­cipes : deux tra­cés cir­cu­laires cal­qués sur les bou­le­vards des ma­ré­chaux et l’A86 et un pro­lon­ge­ment des lignes en grande ban­lieue.

Deux tiers des dé­pla­ce­ments font moins de 3 km

« De­puis notre pre­mier plan de cir­cu­la­tion douce da­tant de 1995, la lo­gique a beau­coup évo­lué, constate en­core Dominique Riou. On est pas­sé d’un maillage épar­pillé par ter­ri­toires à de vé­ri­tables lignes liées de bout en bout. Les pistes sont dé­sor­mais des­si­nées comme un vé­ri­table iti­né­raire pou­vant me­ner à la ca­pi­tale et in­ver­se­ment. En pé­da­lant bien, un cy­cliste peut par exemple ral­lier la Villette à Rois­sy-Charles de Gaulle en 40 mi­nutes ».

Mais le spé­cia­liste rap­pelle aus­si que « les deux tiers des dé­pla­ce­ments des Fran­ci­liens font moins de 3 km, et que le vé­lo a un po­ten­tiel fort en Îlede-France pour ré­pondre à ces nom­breux dé­pla­ce­ments courts. »

Dans ce but, suivre les lignes de mé­tro a du sens, comme dé­ve­lop­per les cou­lées vertes et les berges des ca­naux fran­ci­liens. « Ces axes bé­né­fi­cient dé­jà d’amé­na­ge­ments ré­créa­tifs mais ce n’est pas in­com­pa­tible avec les uti­li­sa­teurs du vé­lo­taf », conclut Dominique Riou qui cite no­tam­ment comme exemples le ca­nal de l’Ourcq au nord et la cou­lée verte de la ligne TGV à Mas­sy-Palaiseau au sud.

Si la fré­quen­ta­tion de ces pistes cy­clables pro­vi­soires est au rendez-vous, elles pour­ront alors être pé­ren­ni­sées. DOMINIQUE RIOU, CHARGÉ D’ÉTUDES DE L’INS­TI­TUT PA­RIS RÉ­GION

Pa­ris, en 2019. 840 000 Pa­ri­siens uti­lisent chaque jour leur vé­lo comme moyen de transports.

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