Des ma­lades du Co­vid-19 hé­ber­gés à l’hô­tel

Le groupe Ac­cor vient de mettre à dis­po­si­tion trois éta­blis­se­ments pa­ri­siens pour re­ce­voir des pa­tients at­teints d’une forme mo­dé­rée de la ma­la­die.

Le Parisien (Paris) - - ÉCONOMIE - PAR ÉTIENNE MAR­TIN

DÈS LE DÉ­BUT du confi­ne­ment, des hô­tels s’étaient por­tés vo­lon­taires pour ac­cueillir du per­son­nel soi­gnant, des sans-abri, des rou­tiers ou des per­sonnes vul­né­rables. Cer­tains vont dé­sor­mais al­ler plus loin et hé­ber­ger des ma­lades at­teints du Co­vid-19. L’ob­jec­tif : iso­ler des pa­tients pré­sen­tant des formes lé­gères de la ma­la­die, qui ne né­ces­sitent pas, ou plus, d’hos­pi­ta­li­sa­tion.

Cette so­lu­tion avait été pré­co­ni­sée par l’Aca­dé­mie de mé­de­cine dès le 10 avril. Pour évi­ter la trans­mis­sion du vi­rus, l’ins­ti­tu­tion a re­com­man­dé « que des éta­blis­se­ments hô­te­liers (ou autres lieux de ré­si­dence as­si­mi­lés) soient mis à la dis­po­si­tion des agences ré­gio­nales de san­té (ARS) pour ac­cueillir, jus­qu’à la gué­ri­son cli­nique et la né­ga­ti­va­tion des tests vi­raux, les pa­tients at­teints de formes simples ou mo­dé­rées de Co­vid, ou conva­les­cents de cette ma­la­die ».

La re­quête a été en­ten­due. Jus­qu’ici, seuls quelques hô­tels avaient ac­cep­té d’ac­cueillir des ma­lades, comme l’Ibis bud­get de Poi­tiers (Vienne) ou le Pre­mière Classe de Per­pi­gnan (Py­ré­nées-Orien­tales). Mais la col­la­bo­ra­tion entre le groupe Ac­cor, l’As­sis­tance pu­bli­queHô­pi­taux de Pa­ris (AP-HP) et les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales va don­ner un nou­vel es­sor au mou­ve­ment, du moins en Ilede-France. Un site pi­lote a d’ores et dé­jà été lan­cé, l’Ibis bud­get de la porte de la Cha­pelle (Pa­ris XVIIIe), qui a ac­cueilli ses pre­miers pa­tients lun­di soir. Deux autres éta­blis­se­ments sont prêts à en re­ce­voir : l’Ibis de la porte de Ba­gno­let (XXe) et ce­lui de la porte de Ber­cy (XIIe). Les hô­pi­taux concer­nés sont la Pi­tié-Sal­pê­trière (Pa­ris, XIIIe), Bi­chat (Xe), Louis-Mou­rier à Co­lombes (Hauts-de-Seine) et Avi­cenne à Bo­bi­gny (Seine-Saint-De­nis), ain­si que le centre mu­ni­ci­pal de san­té d’Au­ber­vil­liers (Sei­neSaint-De­nis).

Pas de chambres mé­di­ca­li­sées

Le pla­ce­ment en hô­tel est une des me­sures d’un pro­jet plus glo­bal, bap­ti­sé Co­vi­san, qui « vise à évi­ter une nou­velle vague de pa­tients graves et pou­voir sé­cu­ri­ser la pers­pec­tive du­dé­con­fi­ne­ment»se­lonl’APHP. Les chambres sont mises à dis­po­si­tion à prix coû­tant et l’ac­cueil se fait sur la base du vo­lon­ta­riat, « no­tam­ment s’il ap­pa­raît né­ces­saire de pro­po­ser des so­lu­tions d’hé­ber­ge­ment aux per­sonnes dont les condi­tions d’iso­le­ment à do­mi­cile ne per­met­traient pas de ga­ran­tir l’ab­sence de trans­mis­sion du vi­rus », pré­cise l’ARS d’Ile-de-France.

Il ne s’agit donc pas de chambres mé­di­ca­li­sées. Qui en paie­ra la note ? Mys­tère. Si l’AP-HP as­sure être « le don­neur d’ordres » de cette ex­pé­ri­men­ta­tion, il n’a pas ré­pon­du à nos sol­li­ci­ta­tions sur la ques­tion, tout comme l’ARS et la mai­rie de Pa­ris. De son cô­té, Sé­bas­tien Ba­zin, le PDG du groupe Ac­cor, as­su­rait la se­maine pas­sée sur l’an­tenne de France In­ter qu’il n’en sa­vait « fichtre rien ».

Ac­cor, qui a dé­jà pris une telle ini­tia­tive en Chine et en Es­pagne, et dont 75 % des hô­tels en France sont fer­més, ne compte pas s’ar­rê­ter là. Il a fait un tour d’ho­ri­zon des pro­prié­taires de ses éta­blis­se­ments pour sa­voir s’ils ac­cep­taient d’hé­ber­ger des ma­lades. Plus de 300 y ont ré­pond fa­vo­ra­ble­ment. Il fau­dra évi­dem­ment que ces pla­ce­ments ré­pondent à un be­soin no­table, toutes les ré­gions n’étant pas tou­chées de la­mê­me­ma­nière.

Com­pli­qué pour les hô­tels in­dé­pen­dants…

Le phé­no­mène risque donc de prendre de l’am­pleur, no­tam­ment à par­tir du 11 mai et le dé­but théo­rique du déconfinem­ent. « Les per­sonnes po­si­tives se­ront iso­lées à do­mi­cile, avec obli­ga­tion stricte pour soi et pour ses proches de ne pas sor­tir, ou à l’hô­tel », a ain­si dé­cla­ré le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, le 19 avril. Mais ce sont sur­tout les grands groupes hô­te­liers qui se­ront sur le pont. « Pour ac­cueillir des ma­lades, il y a des contrainte­s très lourdes, es­time Franck Del­vaux, pré­sident Ile-de-France de l’Union des mé­tiers de l’in­dus­trie hô­te­lière (Umih). Un in­dé­pen­dant ne peut pas faire ça… »

L’hô­tel est no­tam­ment pro­po­sé « aux per­sonnes dont les condi­tions d’iso­le­ment à do­mi­cile ne per­met­traient pas de ga­ran­tir l’ab­sence de trans­mis­sion du vi­rus », pré­cise l’Agence ré­gio­nale de san­té d’Ile-de-France.

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