La jus­tice in­vite Bo­bi­gny à rou­vrir ses ma­ter­nelles

Sai­si en ur­gence par une élue d’op­po­si­tion de Bo­bi­gny, en Seine-Saint-De­nis, le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de­mande à la mai­rie de dé­fi­nir des « mo­da­li­tés d’ac­cueil » en grande sec­tion d’ici au 3 juin.

Le Parisien (Paris) - - ÎLE -DE- FRANCE & OISE - PAR GWENAEL BOUR­DON

QUE LES PA­RENTS d’élèves de Bo­bi­gny ne se pré­ci­pitent pas aux portes des écoles ma­ter­nelles ! Car même si la jus­tice es­time que la mai­rie a por­té une « at­teinte grave » au droit à l’édu­ca­tion et l’ins­truc­tion, en ne rou­vrant pas les classes des plus pe­tits, elle lui laisse quinze jours pour y tra­vailler.

A Bo­bi­gny comme dans la plu­part des villes de Sei­ne­Saint-De­nis, la ren­trée s’est faite à pe­tits pas. De­puis lun­di, les écoles de la ville-pré­fec­ture ac­cueillent une par­tie seule­ment de leurs élèves. Mar­di, ils étaient 318 en classe, es­sen­tiel­le­ment en élé­men­taire. Mais les ma­ter­nelles sont res­tées fer­mées, comme dans d’autres com­munes du dé­par­te­ment di­ri­gées par les cen­tristes de l’UDI. Seule une poi­gnée d’en­fants a été ac­cueillie, « pour des raisons ex­cep­tion­nelles », pré­cise-ton en mai­rie.

Dans une or­don­nance ren­due mer­cre­di, le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif de Mon­treuil es­time que la dé­ci­sion de main­te­nir les pe­tites écoles fer­mées porte « une at­teinte grave et ma­ni­fes­te­ment illé­gale au droit à l’édu­ca­tion et à l’ins­truc­tion ».

Dans sa cir­cu­laire du 4 mai, le mi­nistre de l’Edu­ca­tion pré­ci­sait no­tam­ment que l’ac­cueil des élèves en grande sec­tion de­vait être pri­vi­lé­gié. C’est d’ailleurs ce qui avait conduit Aline Charron, ha­bi­tante de Bo­bi­gny, mère d’une pe­tite fille en grande sec­tion et élue d’op­po­si­tion PCF, à sai­sir le tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif en ré­fé­ré li­ber­té. Elle lui de­man­dait d’or­don­ner à la mai­rie d’ou­vrir sous sept jours les ma­ter­nelles, sous as­treinte de 100 € par jour de re­tard.

La juge des ré­fé­rés s’est conten­té d’in­vi­ter la mu­ni­ci­pa­li­té à « dé­fi­nir pour le 3 juin les mo­da­li­tés d’ac­cueil dans les grandes sec­tions de ses écoles ma­ter­nelles, en pre­nant les me­sures stric­te­ment pro­por­tion­nées aux risques sa­ni­taires en­cou­rus » et dans le res­pect des pres­crip­tions sa­ni­taires émises par l’Edu­ca­tion na­tio­nale.

« Je suis très contente de cette dé­ci­sion, qui montre qu’on ne fait pas fi des li­ber­tés fon­da­men­tales, même en ces temps d’ur­gence sa­ni­taire, a ré­agi hier Aline Charron. Il ne s’agit pas de re­mettre en ques­tion les pou­voirs du maire, mais une dé­ci­sion prise à l’em­porte-pièce, sans la jus­ti­fier. Le gou­ver­ne­ment a par­lé de rou­vrir les écoles pour les en­fants dé­cro­cheurs : ce­la avait du sens par­ti­cu­liè­re­ment dans une ville comme Bo­bi­gny. »

Du cô­té de la mai­rie, l’or­don­nance du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif laisse plu­tôt de marbre .« L’ éga­li­té de­vant l’ins­truc­tion n’est pas moins as­su­rée à Bo­bi­gny que dans n’im­porte quelle ville de France, en ce mo­ment », ba­laie ain­si le pre­mier ad­joint (UDI) au maire, Ch­ris­tian Bar­thol­mé. La ville a fait ap­pel de cette dé­ci­sion, mais ce­lui-ci n’étant pas sus­pen­sif, elle an­nonce qu’elle « va tout mettre en oeuvre pour ré­pondre aux de­mandes du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif ».

« Im­pos­sible » dans cer­taines écoles se­lon la mai­rie

Or, in­siste Ch­ris­tian Bar­thol­mé, « à au­cun mo­ment le tri­bu­nal n’or­donne l’ou­ver­ture des ma­ter­nelles. On nous de­mande de dé­fi­nir des condi­tions d’ac­cueil, ce que nous al­lons faire, école par école. Ce­la im­plique de vé­ri­fier que les en­fants peuvent ne pas se croi­ser dans les cou­loirs, ne pas croi­ser les élèves d’élé­men­taire dans la cour, de dis­po­ser de classes as­sez grandes... Pre­nons l’exemple de l’école ma­ter­nelle Ro­bes­pierre dans le quar­tier de l’Abreu­voir, iden­ti­fiée comme un bâ­ti­ment à dé­mo­lir. Il est im­pos­sible d’y ap­pli­quer les condi­tions d’ac­cueil dé­fi­nies par le gou­ver­ne­ment. »

Aline Charron, elle, at­tend dé­sor­mais le 3 juin. « Si les écoles rouvrent et que les de­mandes sont trop nom­breuses, j’ac­cep­te­rai de gar­der ma fille si elle n’est pas ju­gée prio­ri­taire », pré­cise-t-elle. En Seine-Saint-De­nis, plu­sieurs villes comme Ville­pinte ou Au­ber­vil­liers ont re­pous­sé à sep­tembre la ré­ou­ver­ture de leurs écoles élé­men­taires.

“Le gou­ver­ne­ment a par­lé de rou­vrir les écoles pour les en­fants dé­cro­cheurs : ce­la avait du sens par­ti­cu­liè­re­ment à Bo­bi­gny ALINE CHARRON, ÉLUE (PCF) ET MÈRE D’UNE PE­TITE FILLE EN GRANDE SEC­TION

A Bo­bi­gny, comme dans d’autres com­munes de Seine-Saint-De­nis di­ri­gées par des maires UDI, les écoles ma­ter­nelles n’ont tou­jours pas rou­vert. La ville a fait ap­pel de la dé­ci­sion du tri­bu­nal ad­mi­nis­tra­tif.

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