MÉ­TÉO L’été se­ra chaud… et sec !

La France a en­re­gis­tré, cette se­maine, ses pre­mières tem­pé­ra­tures au-des­sus de la nor­male. Cet été, comme l’an pas­sé, pour­rait être ca­ni­cu­laire.

Le Parisien (Paris) - - LA UNE - PAR ÉMI­LIE TORGEMEN PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FRÉ­DÉ­RIC MOUCHON

30 o C DÉPASSÉS à Mont­pel­lier dès mar­di, une pre­mière si tôt dans l’an­née. Puis les tem­pé­ra­tures ont pour­sui­vi leur as­cen­sion jeu­di : 30,1 °C à Niort ou à An­gers ; 30,5 °C à Pa­ris ; 31,8 °C à Bé­ziers. Sans doute un avant-goût de ce qui nous at­tend. Après le prin­temps très es­ti­val que l’on connaît, il faut s’at­tendre à un nou­vel été tor­ride.

Mé­téo France, qui a pu­blié ses pré­vi­sions sai­son­nières, an­ti­cipe sur trois mois, de juin à août, des tem­pé­ra­tures plus éle­vées que la nor­male et un temps pro­ba­ble­ment bien plus sec aus­si. « C’est un phé­no­mène très ré­gu­lier ces der­nières an­nées, signe du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique », re­lève Mi­chèle Blan­chard, climatolog­ue à Mé­téo France. Comme les trois der­niers étés, re­tour à l’anor­mal donc.

Concer­nant les ni­veaux de pluie, les mo­dèles n’ar­rivent pas à dé­ga­ger de scé­na­rio pour le sud du pays. En re­vanche, dans le nord, de­puis la Cha­rente j usque dans le Grand-Est, Mé­téo France pré­dit un dé­fi­cit « en rai­son des fortes pres­sions et l’an­ti­cy­clone sur la zone bri­tan­nique », ex­plique l’ex­perte, qui in­vite à la vi­gi­lance.

Les ré­serves d’eau in­quiètent

« De fé­vrier à mi-avril, on n’a pas vu une goutte, dé­taille An­toine Pa­ri­set, ma­raî­cher à Or­lié­nas (Rhône). Les quelques jours de pluie de­puis ont per­mis de souf­fler un peu, mais avec l’été qu’on nous an­nonce… » Le pay­san laisse sa phrase en sus­pens. Dans son dé­par­te­ment, la pré­fec­ture a pla­cé plu­sieurs zones en vi­gi­lance sé­che­resse des mois avant l’été, comme dans l’Ain ou en Ar­dèche.

Autre culture, mêmes an­goisses, de­puis les plaines cé­réa­lières du Loi­ret, Sé­bas­tien Mé­ry dé­crit : « La sé­che­resse prin­ta­nière est tom­bée au pire mo­ment, quand les cé­réales ré­clament de l’eau. Le comble, c’est qu’à l’au­tomne l’im­plan­ta­tion du col­za a été très dif­fi­cile à cause des ex­cès de pluie. » L’agri­cul­teur de Che­vannes rit jaune alors qu’on re­doute pour l’été 2020 un re­make de l’été 2019.

L’an­née der­nière, le manque d’eau avait ame­né des si­tua­tions ca­tas­tro­phiques : pois­sons morts, prai­ries sans herbe, des la­vandes qui grillent sur pied… Ce qui in­quiète, ce n’est pas tant l’ab­sence de pluie que l’état des ré­serves, dans les nappes, le sol ou les ri­vières. D’au­tant plus qu’avec la cha­leur de ce prin­temps, la vé­gé­ta­tion s’est ré­veillée plus tôt qu’à l’ac­cou­tu­mée, « vi­dan­geant » le pré­cieux li­quide.

Alors qu’en Outre-mer les An­tilles font face à des pé­nu­ries d’eau po­table, la se­cré­taire d’Etat à la Tran­si­tion éco­lo­gique, Em­ma­nuelle War­gon, vient pour la pre­mière fois de pu­blier une carte des zones à risque : la sé­che­resse pour­rait tou­cher cet été 58 dé­par­te­ments en mé­tro­pole. Dans le Grand-Est et en Bour­gogne, l’Au­vergne - Rhône-Alpes, le Centre-Val de Loire et la Nou­velle-Aqui­taine, il va peut-être fal­loir faire la chasse à l’eau.

La ten­sion monte chez les agri­cul­teurs

Pour­tant au ni­veau na­tio­nal, les fortes pluies de l’hi­ver ont lar­ge­ment re­char­gé les ré­serves en eau en sous-sol, se­lon le BRGM (Bu­reau de re­cherches géo­lo­giques et mi­nières), qui aus­culte l’état de nos res­sources sou­ter­raines. « Tout dé­pend aus­si du type de la nappe, pré­cise Vio­laine Bault, hy­dro­géo­logue au BRGM. Un sol en sable par exemple per­met à l’eau de s’in­fil­trer, la nappe se re­char­ge­ra ra­pi­de­ment. Ce n’est pas le cas des nappes du Mas­sif cen­tral, en roches an­ciennes, dîtes iner­tielles, où les ni­veaux sont bas, voire très bas de­puis plu­sieurs an­nées. »

A me­sure que le ni­veau de l’eau dis­po­nible baisse, la ten­sion grimpe. Dans le Rhône, An­toine Pa­ri­set craint pour ses fruits et lé­gumes. « Jusque-là, tout va bien car nous sommes rac­cor­dés à un ré­seau d’eau agri­cole du Rhône, mais co­lère et frus­tra­tion montent dé­jà car, si le pré­fet ferme le ro­bi­net, nous stop­pe­rons tout, alors que nos voi­sins, eux, conti­nue­ront à sau­ter dans leur pis­cine. »

Sé­bas­tien Mé­ry, lui, au­rait trou­vé ju­di­cieux de créer des re­te­nues d’eau cet hi­ver. « Ça coule de source que nous ne pou­vons pas maî­tri­ser la mé­téo, mais peut-être pou­vons­nous sto­cker une par­tie de l’eau pen­dant les pé­riodes d’ex­cé­dent », avance-t-il pru­dem­ment. Ce que re­fusent ca­té­go­ri­que­ment les as­so­cia­tions de dé­fense de l’en­vi­ron­ne­ment. Pay­sans mo­bi­li­sés contre les bas­sins des par­ti­cu­liers, ONG éco­los in­quiètes des pom­pages et des re­te­nues d’eau mis en place par ces mêmes agri­cul­teurs… Avec la sé­che­resse, la bonne en­tente lo­cale peut cra­que­ler.

“C’est un phé­no­mène très ré­gu­lier ces der­nières an­nées, signe du ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique MI­CHÈLE BLAN­CHARD, CLIMATOLOG­UE À MÉ­TÉO FRANCE

AU­TEUR DU LIVRE « Mé­téo ex­trême » (Ed. Hugo Image), le mé­téo­ro­logue Guillaume Sé­chet constate un « em­bal­le­ment » des tem­pé­ra­tures. Au point que mai se­ra le 12e mois de suite plus chaud que la nor­male. Du ja­mais-vu de­puis cent vingt ans !

GUILLAUME SÉ­CHET Ce prin­temps 2020 res­te­ra-t-il dans les an­nales de la mé­téo ?

Nous avons connu en avril des re­cords d’en­so­leille­ment et de cha­leur. A Gre­noble, par exemple, il y a eu 43 jour­nées consé­cu­tives de temps sec, ce que la ville n’avait pas connu de­puis 1953. Et à Pa­ris, entre le 8 et le 12 avril, il a fait plus de 25 °C. La ca­pi­tale n’avait pas connu ça de­puis la créa­tion de la sta­tion mé­téo, en 1873.

Et le mois de mai est sur la même ten­dance ?

Mai 2020 va sans doute de­ve­nir le 12e mois d’af­fi­lée plus chaud que la nor­male en France. C’est une sé­rie in­édite de­puis que cet in­di­ca­teur existe. Du ja­mais-vu en plus de cent vingt ans de me­sures ! L’an­cien re­cord était de dix mois consé­cu­tifs au-des­sus des nor­males, entre sep­tembre 2006 et juin 2007. La lo­gique sta­tis­tique vou­drait donc qu’elle prenne fin pro­chai­ne­ment, d’au­tant que nous avons en­chaî­né plu­sieurs étés chauds et mar­qués par des ca­ni­cules. Mais cette lo­gique ne s’ap­plique plus vrai­ment à une époque où le ré­chauf­fe­ment s’af­firme et où battre des re­cords de tem­pé­ra­tures éle­vées est de­ve­nu ha­bi­tuel.

Ce­la si­gni­fie-t-il qu’on connaî­tra cet été une nou­velle ca­ni­cule, comme l’an der­nier ?

Par dé­fi­ni­tion, une ca­ni­cule n’est pré­vi­sible qu’à courte échéance. Mais comme les pré­vi­sions sai­son­nières tablent sur un été plus chaud et sec que la nor­male, le risque de connaître un épi­sode ca­ni­cu­laire est bien pré­sent. L’an der­nier, il avait fait 43 °C à Pa­ris en juillet. Dé­pas­ser ce re­cord se­rait vrai­ment dingue. Mais des jour­nées à 40 °C ? C’est pos­sible. Les cli­ma­to­logues du Giec es­timent d’ailleurs que des étés ca­ni­cu­laires comme ce­lui de 2003 se­ront qua­si­ment nor­maux d’ici à la fin du siècle. Et, de­puis quelques an­nées, on a l’im­pres­sion d’être pas­sé à un stade su­pé­rieur en termes de ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique. Comme si l’on vi­vait une sorte d’em­bal­le­ment.

Toute l’Eu­rope est concer­née ?

A l’échelle de l’Eu­rope, il faut re­mon­ter à la fin 2010 pour re­trou­ver un mois plus froid que la nor­male sur le con­tinent et les ano­ma­lies po­si­tives sont par­ti­cu­liè­re­ment pro­non­cées de­puis 2014. L’al­ter­nance des pé­riodes chaudes et froides est en­rayée et les séries chaudes peuvent s’éter­ni­ser. Nous ne sommes qu’à la mi­mai et il a dé­jà fait 40 °C près de Pa­lerme et jus­qu’à 45 °C en Al­gé­rie. Les plages grecques ont su­bi un coup de cha­lu­meau en pro­ve­nance du Sa­ha­ra. Ces très fortes cha­leurs peuvent aus­si tou­cher la France. Car avec ce ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, c’est comme si la France était en train de chan­ger de la­ti­tude et de su­bir un cli­mat sub­tro­pi­cal.

Du ja­mais-vu “en 120 ans GUILLAUME SÉ­CHET MÉ­TÉO­RO­LOGUE

L’Ain, l’Ar­dèche ou en­core le Rhône ont dé­jà pla­cé plu­sieurs zones de leurs dé­par­te­ments en vi­gi­lance sé­che­resse.

Une nou­velle fois, les Pa­ri­siens s’ap­prêtent à vivre un été par­ti­cu­liè­re­ment chaud.

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