« Il faut sau­ver les dis­co­thèques »

Pa­trick Mal­vaës, pré­sident du Syn­di­cat na­tio­nal des dis­co­thèques, re­doute la dis­pa­ri­tion du tiers des éta­blis­se­ments, fer­més de­puis mars pour cause d’épi­dé­mie. Il de­mande 500 mil­lions d’eu­ros.

Le Parisien (Paris) - - LOISIRS - PROPOSRECU­EILLISPAR GEOFFROY TOMASOVITC­H

DE­VE­NU PRÉ­SIDENT à 25 ans, Pa­trick Mal­vaës di­rige de­puis trente-huit ans le Syn­di­cat na­tio­nal des dis­co­thèques et lieux de loi­sirs (SNDLL). Dans trois ans, il pas­se­ra la main, pro­met-il. Mais com­bien res­te­ra-t-il de clubs sur les quelque 1 600 (si l’on compte les bars de nuit, ce nombre passe à en­vi­ron 3 000) qui existent au­jourd’hui en mé­tro­pole, Corse et outre-mer ? L’épi­dé­mie de Co­vid-19 a cou­pé le son dans un sec­teur dé­jà en crise. Pa­trick Mal­vaës, qui re­doute la dis­pa­ri­tion d’un tiers des dis­co­thèques, ré­clame un plan de re­lance d’au moins 500 mil­lions d’eu­ros. Joint en Thaï­lande, où il est res­té blo­qué pour rai­son sa­ni­taire, il évoque une pro­fes­sion qu’il en­tend dé­fendre de­main lors d’un en­tre­tien avec le se­cré­taire d’Etat au Tou­risme, Jean-Baptiste Le­moyne.

PA­TRICK MAL­VAËS Le gou­ver­ne­ment doit s’ex­pri­mer cette se­maine sur la ré­ou­ver­ture des ca­fés, res­tau­rants, hô­tels… Quid des dis­co­thèques ?

La ré­ou­ver­ture de nos éta­blis­se­ments n’est pas d’ac­tua­li­té. On a un double han­di­cap : une dis­co­thèque est un lieu confi­né par na­ture, et la ren­contre et le par­tage sont l’es­sence même de notre mé­tier.

Peut-on ima­gi­ner un club rou­vrir en res­pec­tant les gestes bar­rière ?

On a fait des si­mu­la­tions avec les 4 m2 obli­ga­toires, c’est un non-sens, ça ne peut pas être le bal mas­qué tous les soirs ! Nous ris­quons d’être par­mi les der­niers à rou­vrir, et cer­tai­ne­ment avec des mu­ta­tions, comme la fin de la piste de danse au pro­fit de plu­sieurs pe­tites, des verres à usage unique, le paie­ment seule­ment par carte… Rai­son­na­ble­ment, je n’en­vi­sage pas de ré­ou­ver­ture avant le dé­but de 2021. En at­ten­dant, il faut se mo­bi­li­ser parce que notre pro­fes­sion est en dan­ger.

C’est-à-dire ?

Un ré­cent son­dage in­terne au­près de 314 de nos adhé­rents in­dique que 31,2 % d’entre eux es­timent qu’ils ne s’en re­met­tront pas, et 10 à 11 % pensent même qu’ils ne re­par­ti­ront pas. Si rien n’est fait, on peut re­dou­ter que 35 à 40 % de nos dis­co­thèques ne dis­pa­raissent. Ce se­rait mons­trueux, avec un coût so­cial et hu­main très im­por­tant.

Comment évi­ter ce scé­na­rio ca­tas­trophe ?

Il nous faut un plan de re­lance, une sorte de fonds de so­li­da­ri­té que j’éva­lue entre 500 et 600 mil­lions d’eu­ros. Il pour­rait no­tam­ment être abon­dé par des com­pa­gnies d’as­su­rances, aux­quelles les dis­co­thèques versent des co­ti­sa­tions très éle­vées. Il y a des exemples à suivre à l’étran­ger. L’Al­le­magne va consa­crer 50 mil­liards pour l’événementi­el, et le monde de la nuit à Ber­lin doit bé­né­fi­cier de 900 mil­lions d’eu­ros.

D’autres me­sures sont-elles ur­gentes ?

Oui. Nous de­man­dons que les me­sures de chô­mage par­tiel, d’an­nu­la­tion de charges so­ciales et de gel des loyers com­mer­ciaux soient pro­lon­gées au-de­là du mois de juin. Notre syn­di­cat mi­lite en tout cas pour que la clause ré­so­lu­toire — qui per­met d’ex­pul­ser quel­qu’un s’il ne paye pas ses loyers — soit tem­po­rai­re­ment blo­quée. L’ac­cès au prêt ga­ran­ti par l’Etat et la prime de 1 500 € doivent être main­te­nus. Toutes ces me­sures sont ur­gentes.

On est pas­sés de 4000 à 5000 clubs dans les an­nées 1980 à 1600 au­jourd’hui

Le sec­teur était dé­jà fra­gi­li­sé ?

Oui. Avant le Co­vid, notre pro­fes­sion al­lait dé­jà très mal. En vingt ans, le nombre de dis­co­thèques a di­mi­nué d’en­vi­ron 45 %. Si l’on re­monte dans le temps, on est pas­sés de 4 000 à 5 000 clubs dans les an­nées 1980 à 1 600 au­jourd’hui. Il y a plein de rai­sons, mais la prin­ci­pale est liée au ré­gime fis­cal. Nous sommes sou­mis à une TVA à 20 % au mo­tif que l’on dé­livre des bois­sons. Ce n’est plus pos­sible !

Que re­pré­sentent les dis­co­thèques à vos yeux ?

Notre ac­ti­vi­té se si­tue au car­re­four des loi­sirs, de l’événementi­el et du cultu­rel, mais est aus­si un ac­teur éco­no­mique. Les dis­co­thèques re­pré­sentent entre 25000 et 30000 sa­la­riés di­rects, 55 000 si l’on ajoute les bars de nuit. Et il ne faut pas ou­blier les ar­tistes qui se pro­duisent, les droits d’au­teur que nous ver­sons… En­fin, n’ou­blions pas l’im­pact sur le tou­risme. L’at­trac­ti­vi­té du monde de la nuit, c’est im­por­tant. Quand le VIP Room ferme ses portes, c’est un coup dur pour Pa­ris.

Im­pos­sible de mettre en place les gestes bar­rière dans les dis­co­thèques, par es­sence convi­viales.

Pa­trick Mal­vaës.

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