Le père de l’en­fant sau­vé par Gas­sa­ma au tri­bu­nal

Cet homme de 37 ans avait lais­sé son fils de 4 ans seul le temps d’al­ler faire des courses, le 26 mai, à Pa­ris. Sus­pen­du dans le vide, le gar­çon avait été se­cou­ru par Ma­mou­dou Gas­sa­ma au terme d’une épous­tou­flante es­ca­lade.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR TIMOTHÉE BOUTRY

IL Y A LE HÉ­ROS et puis il y a lui, ce­lui qui tient le mau­vais rôle. Au­jourd’hui com­pa­raît de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Pa­ris le père de l’en­fant sau­vé par Ma­mou­dou Gas­sa­ma. Le 26 mai, cet homme de 37 ans avait lais­sé son fils de 4 ans seul dans leur ap­par­te­ment du XVIIIe ar­ron­dis­se­ment pour al­ler faire des courses. Le gar­çon­net en avait pro­fi­té pour se fau­fi­ler sur le bal­con qu’il avait en­suite es­ca­la­dé. Sus­pen­du dans le vide à une ram­barde, il avait dû sa sur­vie au geste hé­roïque du sans-pa­piers ma­lien dont les images de l’in­croyable sau­ve­tage ont fait le tour du monde.

Ju­gé pour sous­trac­tion pa­ren­tale à ses obli­ga­tions lé­gales, le père, qui re­con­naît avoir fait une grosse bê­tise, en­court une peine théo­rique de deux ans de pri­son.

Le jour des faits, père et fils ont pas­sé la jour­née à Dis­ney­land Pa­ris. La mère se trouve à la Réunion avec le se­cond en­fant du couple, sé­pa­ré géo­gra­phi­que­ment pour des rai­sons pro­fes­sion­nelles. « De re­tour du parc d’at­trac­tions, mon client com­mence à pré­pa­rer le re­pas mais réa­lise qu’il lui manque des pro­vi­sions, ex­plique Me Ro­main Ruiz, l’avo­cat du père. Avant de par­tir faire les courses, il prend des pré­cau­tions, ins­talle son fils sur une chaise haute et le met de­vant un des­sin ani­mé. »

Des pré­cau­tions qui se ré­vé­le­ront in­suf­fi­santes. C’est pen­dant son ab­sence — entre qua­rante-cinq mi­nutes et une heure — que le sort bas­cule. Et que Ma­mou­dou Gas­sa­ma hé­rite du sur­nom de Spi­der­man et d’une in­croyable no­to­rié­té. Re­çu à l’Ely­sée, le jeune Ma­lien ob­tient sa ré­gu­la­ri­sa­tion.

LES PA­RENTS ONT TEN­TÉ DE JOINDRE LE SAU­VEUR DE LEUR FILS

Dans un pre­mier temps, se­lon son avo­cat, le père ne réa­lise pas ce qui vient de se pro­duire quand il rentre chez lui. « En dé­cou­vrant que son fils n’est pas dans l’ap­par­te­ment, très in­quiet, il part à sa re­cherche dans les étages, dé­taille Me Ruiz. C’est en ar­ri­vant dans la cour qu’il dé­couvre l’at­trou­pe­ment. Son fils est pris en charge par les pom­piers. Il a à peine le temps de re­mer­cier Ma­mou­dou Gas­sa­ma qu’il est mis en garde à vue. » L’en­fant est, lui, très briè­ve­ment pla­cé avant que sa mère ne re­vienne en ur­gence en mé­tro­pole. De­puis, la fa­mille vit à nou­veau réunie.

Le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique de Pa­ris, Fran­çois Mo­lins, a ex­pli­qué que le papa avait re­tar­dé son re­tour des courses car il avait joué à Po­ké­mon Go. « C’est anec­do­tique, conteste Me Ruiz. Même s’il a ef­fec­ti­ve­ment ou­vert l’ap­pli­ca­tion sur son té­lé­phone, le jeu ne l’a pas re­tar­dé. Il n’a pas non plus mo­di­fié son tra­jet ex­près. C’est un mau­vais ar­gu­ment uti­li­sé pour jus­ti­fier les pour­suites. »

Me Ro­main Ruiz dé­crit son client comme un homme « ron­gé par la culpa­bi­li­té et par l’an­goisse que les choses aient pu beau­coup plus mal tour­ner », mais en­tend mal­gré ce­la plai­der la re­laxe. « L’in­frac­tion n’est pas consti­tuée, sou­tient l’avo­cat. La ju­ris­pru­dence montre que les sous­trac­tions aux obli­ga­tions doivent être conti­nues ou ré­pé­tées, ce qui n’est ab­so­lu­ment pas le cas ici. Le père a fait une bê­tise une heure, une fois dans sa vie. La loi pé­nale ne doit pas s’im­mis­cer par­tout. C’est un ac­ci­dent et non un dé­lit. »

Ma­mou­dou Gas­sa­ma, qui a ob­te­nu un em­ploi chez les pom­piers de Pa­ris après son ex­ploit, et qui est fran­çais de­puis la confir­ma­tion de sa na­tu­ra­li­sa­tion le 12 sep­tembre, ne de­vrait pas être pré­sent au pro­cès. Aux der­nières nou­velles, le jeune gar­çon mi­ra­cu­lé se por­te­rait bien. « Il ne fait pas de cau­che­mars et n’en parle qua­si­ment ja­mais », avance Me Ruiz. Ses pa­rents ont à plu­sieurs re­prises ten­té de joindre le sau­veur de leur fils mais en vain. « Ils lui sont ex­trê­me­ment re­con­nais­sants et lui re­nou­vellent leurs plus cha­leu­reux re­mer­cie­ments », in­siste Me Ro­main Ruiz.

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PÈRE A FAIT UNE BÊ­TISE UNE HEURE, UNE FOIS DANS SA VIE. C’EST UN AC­CI­DENT ET NON UN DÉ­LIT. ME RO­MAIN RUIZ, AVO­CAT DU PÈRE DE L’EN­FANT

Pa­ris (XVIIIe), le 26 mai. A gauche : les images du sau­ve­tage du gar­çon ont fait le tour du monde. Le sau­veur, Ma­mou­dou Gas­sa­ma (ci-des­sus), sans-pa­piers, avait été re­çu deux jours plus tard à l’Ely­sée et na­tu­ra­li­sé.

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