« Je me suis re­trou­vée seule »

Anne-Dia­na Clain, soeur de Fa­bien et Jean-Mi­chel, mise en exa­men pour un pro­jet de dé­part au dji­had ra­té, est la seule membre de la fa­mille in­car­cé­rée.

Le Parisien (Seine et Marne) - - FAITS DIVERS - J.-M.DÉ, É.P. ET J. P.-L

« TOUT LE MONDE ÉTAIT PAR­TI, il n’y avait plus per­sonne. Du jour au len­de­main, je me suis re­trou­vée seule et nous avons dé­ci­dé de par­tir. » De­vant les po­li­ciers an­ti­ter­ro­ristes, ce 21 sep­tembre 2016, Anne-Dia­na Clain, la soeur aî­née de Fa­bien et de JeanMi­chel Clain, ex­plique ain­si les rai­sons de son dé­part avor­té pour le dji­had. La qua­dra­gé­naire vient d’être in­ter­pel­lée à l’aé­ro­port de Rois­sy, après avoir été ex­pul­sée de Tur­quie, où elle a été in­ter­cep­tée, en com­pa­gnie de son ma­ri, Mo­ha­med Am­ri, et de quatre de ses en­fants.

Mise en exa­men pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs ter­ro­riste, la soeur des dji­ha­distes est de­puis in­car­cé­rée à Fleu­ry-Mé­ro­gis. Se­lon nos in­for­ma­tions, l’en­quête est en passe d’être bou­clée et Anne-Dia­na Clain d’être ren­voyée en pro­cès.

A ce jour, cette mère de six en­fants — nés de trois unions —, est la seule membre de la fa­mille Clain en pri­son. Ses deux filles, Jen­ni­fer et Fan­ny, leurs en­fants, tout comme ses deux frères et sa de­mi-soeur, se­raient tou­jours dans la zone ira­ko-sy­rienne. Con­trai­re­ment à eux, Anne-Dia­na Clain a échoué à re­joindre l’Etat is­la­mique. Se­lon cette qua­dra­gé­naire ori­gi­naire de la Réunion, elle dis­po­sait d’en­vi­ron 10 000 € pour le voyage, somme is­sue de la vente de meubles, d’une voi­ture et de co­ti­sa­tions du RSA. Son par- cours passe par l’Ita­lie, la Grèce, pour se heur­ter d’abord à un contrôle à la fron­tière sy­ro-turque, le 15 août 2015. La fa­mille est re­fou­lée. Anne-Dia­na se ré­fu­gie avec son com­pa­gnon et ses en­fants en Bul­ga­rie où elle se cache — fait rare — neuf mois : « Mon pe­tit frère Jean-Mi­chel [m’] avait de­man­dé d’at­tendre là-bas. » Le dé­part vers la Tur­quie a lieu en mai 2016.

Le 1er juillet, la fa­mille est de nou­veau contrô­lée à la fron­tière et in­ter­pel­lée avant d’être ex­pul­sée vers la France. Pour­quoi avoir vou­lu ga­gner Daech ? « Pour re­joindre un Etat mu­sul­man, vivre notre re­li­gion plei­ne­ment. Il n’y avait pas de haine contre la France, comme cer­tains peuvent le dire », ex­plique Anne-Dia­na Clain, au juge en fé­vrier 2017, ex­pli­quant s’être conver­tie à l’is­lam en 1999 en même temps que le reste de sa fa­mille. C’est Mo­ha­med Am­ri, avec le­quel elle est ma­riée re­li­gieu­se­ment, qui se­rait à l’ori­gine de cette conver­sion col­lec­tive : « Il est ve­nu au mo­ment où on se po­sait plein de ques­tions […], avec toutes les ré­ponses qui se trouvent dans l’is­lam. »

Tan­cée par la juge sur ses mo­ti­va­tions à re­joindre des frères qui ont « ma­ni­fes­té une haine contre la France », Anne-Dia­na Clain ré­pond : « La der­nière fois que j’ai eu un contact avec eux, c’était en dé­cembre 2015. On n’a pas par­lé d’at­ten­tats. »

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