Dé­mons­tra­tion de force de l’Otan en Nor­vège

L’or­ga­ni­sa­tion mi­li­taire lance, au­jourd’hui en Nor­vège, ses plus grandes ma­noeuvres mi­li­taires de­puis près de vingt ans. Mais se dé­fend de vi­ser la Rus­sie.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR NICOLAS BERROD @Ni­co­lasBer­rod

DÉ­MONS­TRA­TION DE FORCE at­ten­due. Cin­quante mille sol­dats is­sus de 31 pays (les 29 membres de l’Otan, plus la Fin­lande et la Suède) vont par­ti­ci­per dès au­jourd’hui et pen­dant deux se­maines à des exer­cices mi­li­taires gran­deur na­ture en Nor­vège. L’Or­ga­ni­sa­tion du trai­té de l’At­lan­tique nord (Otan) a beau se dé­fendre de vi­ser la Rus­sie voi­sine, dif­fi­cile de ne pas y voir un si­gnal en­voyé au pays de Vla­di­mir Pou­tine, qui a or­ga­ni­sé ses propres ma­noeuvres en sep­tembre avec… pas moins de 300 000 sol­dats ! D’au­tant que les opé­ra­tions de l’Otan se dé­rou­le­ront à quelques cen­taines de ki­lo­mètres à peine de la fron­tière rus­so-nor­vé­gienne. « C’est évi­dem­ment une ré­ponse à la Rus­sie. Si­non, ces ma­noeuvres n’au­raient pas eu lieu là où elles ont lieu et avec cette am­pleur », es­time Fran­çois Heisbourg, conseiller spé­cial à la Fon­da­tion pour la re­cherche stra­té­gique (FRS). De quoi at­ti­ser la co­lère de la Rus­sie, dont une porte-pa­role de la di­plo­ma­tie a dé­non­cé des « ac­tions ir­res­pon­sables ».

LA CRAINTE D’UNE NOU­VELLE COURSE À L’AR­ME­MENT

Il faut dire que le dis­po­si­tif dé­ployé, au nom de code Trident Junc­ture 18, est d’am­pleur. Les 50 000 sol­dats se­ront ac­com­pa­gnés de 10 000 vé­hi­cules, 250 avions ou hé­li­co­ptères et 60 ba­teaux, dont un por­tea­vions amé­ri­cain. Ce qui en fait l’exer­cice mi­li­taire de l’Otan le plus im­por­tant de­puis le dé­but des an­nées 2000. « Ce n’est pas sim­ple­ment une opé­ra­tion de force, il y a aus­si un but opé­ra­tion­nel pour voir si tous ces pays peuvent tra­vailler en­semble, au ni­veau des pro­cé­dures tac­tiques et des com­man­de­ments », pour­suit Heisbourg.

Pour­tant, l’op­po­si­tion entre Oc­ci­dent et bloc so­vié­tique, qui avait pré­va­lu à la créa­tion de l’Otan en 1949, a chan­gé de na­ture. Au sein de l’or­ga­ni­sa­tion co­ha­bitent aus­si bien les EtatsU­nis d’un Do­nald Trump à la po­li­tique uni­la­té­rale, la France et l’Al­le­magne qui tentent de res­sou­der l’Eu­rope, ou la Tur­quie aux prises avec les conflits voi­sins en Sy­rie et au Pro­cheO­rient. « L’Otan a une double jus­ti­fi­ca­tion au­jourd’hui : la Rus­sie est re­ve­nue sur le de vant de la scène et les Européens veulent s’assurer qu’ils ont tou­jours l’ap­pui mi­li­taire des Amé­ri­cains », ana­lyse Fran­çois Heisbourg. Les pays Baltes ou d’Eu­rope de l’Est craignent d’au­tant plus les bruits de bottes so­vié­tiques que per­sonne n’avait vu ve­nir l’an­nexion mi­li­taire de la Cri­mée en 2014.

Cette nou­velle dé­mons­tra­tion de force oc­ci­den­tale ra­vive aus­si les craintes d’une nou­velle course à l’ar­me­ment, d’au­tant que Trump a me­na­cé lun­di de se re­ti­rer d’un trai­té sur les mis­siles in­ter­mé­diaires si­gné avec la Rus­sie en 1987. Au mo­ment où dé­bu­te­ront les ma­noeuvres mi­li­taires, les re­pré­sen­tants des 29 pays membres de l’Otan se re­trou­ve­ront d’ailleurs à Bruxelles pour dis­cu­ter de ce nou­veau bras de fer rus­so-amé­ri­cain.

“LES EUROPÉENS VEULENT S’ASSURER QU’ILS ONT TOU­JOURS L’AP­PUI MI­LI­TAIRE ” DES AMÉ­RI­CAINS FRAN­ÇOIS HEISBOURG, CONSEILLER SPÉ­CIAL À LA FON­DA­TION POUR LA RE­CHERCHE STRA­TÉ­GIQUE

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