Jé­ré­my Fré­rot se lance tout seul

L’ex-Fré­ro De­la­ve­ga a sor­ti ven­dre­di der­nier son pre­mier al­bum so­lo, « Ma­trio­ch­ka ». Il nous ra­conte sa nou­velle vie.

Le Parisien (Seine et Marne) - - LOISIRS - PAR ÉRIC BU­REAU

U n an et de­mi après la sé­pa­ra­tion de Fré­ro De­la­ve­ga, en juin 2017 lors d’un con­cert à Bor­deaux, re­voi­là Fré­rot sans De­la­ve­ga. Jé­ré­my en so­lo. Après cinq ans de vie com­mune, Flo­rian De­la­ve­ga a dé­ci­dé de quit­ter ce tour­billon — deux mil­lions d’al­bums et un mil­lion de spec­ta­teurs — pour ré­flé­chir à son ave­nir. Son ami a conti­nué seul et a sor­ti ven­dre­di son pre­mier al­bum, « Ma­trio­ch­ka ».

C’est une ex­cel­lente sur­prise. « Re­voir », son pre­mier single, ac­tuel­le­ment plé­bis­ci­té par les ra­dios, est une ha­bile transition vers « l’Homme nou­veau » qu’est de­ve­nu Fré­rot. A 28 ans, le ma­ri de Laure Ma­nau­dou (de­puis mai), père d’un pe­tit Lou (de­puis juillet 2017), danse tou­jours sur le sable, mais vol­ca­nique, sombre, plus is­lan­dais que cap Fer­ret.

Comme un Vian­ney en­re­gis­trant chez Björk, Jé­ré­my Fré­rot ex­plore de nou­velles contrées so­nores sans se cou­per de ce qui a fait son suc­cès po­pu­laire, dra­pant sa voix sa­bleuse et sa gui­tare acous­tique dans des nappes syn­thé­tiques et des ryth­miques élec­tro­niques qui font ri­mer puis­sance et élé­gance. Nous l’avons ren­con­tré et pris aux mots.

« Quand Flo m’a an­non­cé qu’il ar­rê­tait, j’ai d’abord pris peur. Je n’aime pas être seul, je peux avoir de grands mo­ments d’an­goisse si ça dure trop long­temps. J’ai dû faire le deuil de notre duo. Mes pre­mières in­ter­views seul, je ne sa­vais pas quoi dire. Alors qu’avec Flo, on se com­plé­tait. Mais Ma­trio­ch­ka est en­core un tra­vail d’équipe, avec Laurent La­mar­ca et Ben Ma­zué, dé­jà pré­sents dans l’aven­ture de Fré­ro. Mes pre­mières chan­sons ne par­laient que de fa­mille et de ré­volte. Avec Laurent, on les a brû­lées. Il m’a ai­dé à m’af­fir­mer et à gar­der un cap ar­tis­tique. »

« Ce­la si­gni­fie pou­pée russe en russe. C’est un clin d’oeil à ma mère, qui a des ori­gines russes. Et à tous les films et livres qui m’ont nour­ri de­puis un an et de­mi. Je me suis aper­çu que cette no­tion de pou­pée russe re­ve­nait sou­vent, soit pour creu­ser de plus en plus pro­fond ou al­ler de plus en plus loin. Le do­cu­men­taire Der­nières Nou­velles du cos­mos (NDLR : sur Hé­lène Nicolas, une jeune femme au­tiste douée de ca­pa­ci­tés lit­té­raires im­menses) m’a beau­coup fait ré­flé­chir. Au dé­part, j’étais par­ti dans un concept dé­jan­té sur le cos­mos. Mais plus j’écri­vais et plus je par­lais des gens. C’est ce qui m’in­té­resse le plus. Je suis ca­pable de foutre Six et Sept/Be­lieve, 14 €. en l’air un dî­ner en amou­reux parce que je suis cap­ti­vé par ce qui se passe au­tour. »

« On voit Flo, comme d’ailleurs toute ma fa­mille, dans le clip de Re­voir. J’avais écrit cette chan­son pour le re­mer­cier des cinq for­mi­dables an­nées qu’on a vé­cues en­semble et je lui ai chan­té lors de notre der­nier con­cert à Bor­deaux. J’ai gar­dé cette chan­son en chan­geant juste les pa­roles, pour les rendre moins per­son­nelles. On reste évi­dem­ment potes, avec Flo. On s’est vus cet été, lui aus­si a eu un pe­tit, on a pas­sé des mo­ments en­semble. On ne va pas se lâ­cher comme ça. Il a d’ailleurs écou­té quelques chan­sons, j’ai es­sayé de prendre quelques con­seils. »

« Il y a une chan­son sur Laure (NDLR : Ma­nau­dou), Elle plonge. Je n’ai plus peur d’en par­ler. Avant, j’avais beau­coup de mal à par­ler d’amour en gé­né­ral. Je suis as­sez pu­dique. Dans les al­bums des Fré­ro, je n’ai écrit que sur des rup­tures. J’ai mis quatre ans à y ar­ri­ver, alors que j’étais très amou­reux dès le dé­but. Notre no­to­rié­té, à Laure et moi, me pous­sait à nous pro­té­ger. Mais main­te­nant je suis très à l’aise avec ça. Le fait d’être ma­ri et père m’aide à avoir les pieds sur terre et à me dire : Je suis fort. J’ai eu une édu­ca­tion où la fa­mille était le centre de l’af­faire. Si je n’ai pas cette sta­bi­li­té-là, je ne suis pas bien. »

« J’ai pen­sé re­dé­mar­rer seul sur scène mais je n’ai pas en­core les armes. Je vais faire 11 dates pour ap­prendre à être seul au mi­cro. Dans le duo, j’étais le plus ré­ser­vé des deux, Flo di­ri­geait et par­lait et je van­nais der­rière. Là, je vais de­voir assurer tout seul, même si je suis ac­com­pa­gné sur scène par Ro­main Jou­tard et Ju­lien Gre­nier, les deux réa­li­sa­teurs de mon al­bum. Outre mes nou­velles chan­sons, je joue­rai évi­dem­ment celles de Fré­ro pour faire plai­sir au pu­blic et me faire un plai­sir énorme. Elles m’ont construit, j’ai be­soin de les chan­ter aus­si. »

Jé­ré­my Fré­rot « Ma­trio­ch­ka »,

Pa­ris, le 8 oc­tobre. Après la sé­pa­ra­tion du duo, Jé­ré­my Fré­rot n’est pas res­té sur la touche.

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