Re­cherche sous-ma­rin déses­pé­ré­ment

Cin­quante ans après le nau­frage de la « Mi­nerve » au large de Toulon (Var), les fa­milles des 52 vic­times se battent tou­jours pour faire lo­ca­li­ser l’épave.

Le Parisien (Seine et Marne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE DIANE ANDRÉSY À TOULON (VAR)

LE 27 NO­VEMBRE, la ville de Toulon (Var) ac­cueille­ra la Jour­née du sous-ma­rin. Dans toutes les têtes, un seul sou­ve­nir : ce­lui de la dis­pa­ri­tion, tou­jours in­ex­pli­quée, du sous-ma­rin « Mi­nerve », au large de la rade de Toulon, avec 52 hommes à bord, le 27 jan­vier 1968. Après la com­mé­mo­ra­tion des 50 ans du nau­frage, les fa­milles se re­trou­ve­ront pour de­man­der à l’Etat de lo­ca­li­ser en­fin l’épave.

« On veut sa­voir exac­te­ment où a cou­lé la Mi­nerve, ne se­raitce que pour pou­voir y dé­po­ser des gerbes de fleurs. Or, de­puis des dé­cen­nies, au­cune re­cherche sé­rieuse n’a été en­ga­gée », re­grette Pa­trick Meu­let, pré­sident de la sec­tion Ru­bis Toulon de l’As­so­cia­tion gé­né­rale des ami­cales de sous-ma­ri­niers : « On sait que la Mi­nerve se trouve au large du cap Si­cié et doit re­po­ser sous 2 000 m de fond. »

LE CONFI­DEN­TIEL-DÉ­FENSE LE­VÉ IL Y A QUELQUES MOIS

Dans cette re­cherche de la vé­ri­té, Hervé Fauve est en pre­mière ligne. Il est le fils d’An­dré Fauve, com­man­dant du sous­ma­rin fran­çais qui a som­bré en quelques mi­nutes seule­ment au cours d’un exer­cice. « Lors des der­nières ma­ni­fes­ta­tions de vie du bâ­ti­ment, il na­vi­guait à une vi­tesse de 8 noeuds. Puis, il y a eu une im­plo­sion. La Mi­nerve a cou­lé à en­vi­ron 22 km des côtes et doit se trou­ver dans un pé­ri­mètre d’une di­zaine de ki­lo­mètres car­rés. Avec les moyens mo­dernes d’au­jourd’hui, il se­rait beau­coup plus simple de la lo­ca­li­ser. Alors, qu’at­tend-on ? » Un élu de la ré­gion, Phi­lippe Vi­tel, a re­layé la de­mande des fa­milles au­près de la mi­nistre des Ar­mées, Flo­rence Par­ly, qui n’a pas en­core don­né suite.

« Le confi­den­tiel-dé­fense a en­fin été le­vé il y a quelques mois mais n’a pas ap­por­té d’élé­ment pro­bant pou­vant ex­pli­quer ce qui a conduit au drame », ajoute Pa­trick Meu­let. « Sou­ve­nons-nous aus­si que la ca­tas­trophe s’est pro­duite en jan­vier 1968. Quatre mois plus tard écla­tait Mai 68 et le sort de la Mi­nerve a quit­té l’ac­tua­li­té », re­marque Hervé Fauve. « Ce qui est aber­rant, c’est que, de­puis cin­quante ans, on n’a re­çu au­cune in­for­ma­tion nou­velle. On ne de­mande pas que l’épave soit re­mon­tée. C’est dé­sor­mais une tombe sous-ma­rine qui doit res­ter où elle est. On veut seule­ment sa­voir où pour pou­voir al­ler se re­cueillir. Car, pour beau­coup de fa­milles, le deuil est res­té im­pos­sible », sou­ligne Hervé Fauve.

A Toulon — où elle vit tou­jours — Thé­rèse Scheir­manDes­camps ne passe pas une jour­née sans pen­ser à son époux, Jules, em­bar­qué à bord de la « Mi­nerve ». « J’avais 25 ans et il a dis­pa­ru le jour de ses 29 ans. Nous avions deux en­fants de 3 et 5 ans et je me sou­viens avoir en­ten­du ce jour­là les si­rènes hur­ler dans Toulon. Au­jourd’hui en­core, je me bats pour que mes en­fants sachent où re­pose leur père. »

“C’EST DÉ­SOR­MAIS UNE TOMBE SOUS-MA­RINE QUI DOIT RES­TER

OÙ ELLE EST. ON VEUT SEULE­MENT SA­VOIR OÙ POUR POU­VOIR

” AL­LER SE RE­CUEILLIR HERVÉ FAUVE, LE FILS DU COM­MAN­DANT DU SOUS-MA­RIN ABέMÉ EN MER

Toulon (Var), di­manche. Thé­rèse Scheir­man-Des­camps montre la pho­to de l’équi­page du sous-ma­rin. Par­mi ces hommes, son ma­ri, Jules.

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