« Si j’avais pu, j’au­rais dan­sé »

Ali, 31 ans, spec­ta­teur rou­bai­sien du « Grand Bain »

Le Parisien (Seine et Marne) - - LOISIRS - DE NOTRE COR­RES­PON­DANTE HÉ­LÈNE HANNON À ROUBAIX (NORD)

TOUT EN S’EMMITOUFLANT dans son écharpe, Eno­ra, étu­diante de 19 ans, comme les deux amies qui l’ac­com­pagnent, af­fiche un large sou­rire en sor­tant du Du­plexe de Roubaix (Nord), jeu­di après­mi­di. « C’est une chouette le­çon d’ami­tié et de so­li­da­ri­té, sa­voure-t-elle. Même si elle est un tan­ti­net ca­ri­ca­tu­rale, c’est une his­toire qui donne de l’es­poir. Phi­lippe Ka­te­rine m’a beau­coup fait rire. Par contre, j’ai dé­tes­té Guillaume Ca­net ! »

« Le cas­ting est in­té­res­sant, ce sont de très bons ac­teurs, ren­ché­rit son amie Nour. J’ai beau­coup ai­mé l’al­ter­nance entre des mo­ments où rien ne va et les en­traî­ne­ments à la pis­cine. Plus l’his­toire avance, plus la si­tua­tion per­son­nelle des per­son­nages em­pire ! Pour au­tant, c’est ba­lan­cé par beau­coup d’hu­mour et cha­cun, avec son mal­heur, sert en quelque sorte de thé­ra­pie aux autres. »

« J’ai été épa­tée par le su­perbe tra­vail de lu­mière, de cou­leurs et de prises de vue », com­plète Re­bec­ca. Clé­ment et Mau­ri­cette, re­trai­tés du tex­tile, parlent d’une seule voix : « C’était très di­ver­tis­sant. Ce film nous prouve que, mal­gré les épreuves, on peut s’en sor­tir. C’est po­si­tif, ça donne du baume au coeur. »

Ali, 31 ans, ser­veur dans une piz­ze­ria, est tout aus­si en­thou­siaste : « Ça nous rap­pelle tout sim­ple­ment qu’il faut des amis pour vivre bien. Même si j’ai trou­vé le dé­but un peu long, j’ai en­suite bien ri et, si j’avais pu, je crois que j’au­rais dan­sé ! »

SO­CIO­LOGUE, AU­TEUR DE « TOUS EN SLIP !* »

« LES PER­SON­NAGES du Grand Bain, ce sont des créa­tures an­ti-com, aux­quelles on s’iden­ti­fie fa­ci­le­ment, dé­com­plexantes, qui font du bien. Le film met en avant im­per­fec­tions et né­vroses à une époque où on est las des ef­fets spé­ciaux, où l’on se rend compte que la so­cié­té a for­cé sur l’image de la per­fec­tion. Dans les mé­dias et sur les ré­seaux so­ciaux, on voit des ventres plats, des fesses par­faites, des gens qui donnent une image lis­sée d’eux-mêmes… tout ce que la so­cié­té de consom­ma­tion pro­meut. A la té­lé, on voit des ac­teurs ou des foot­bal­leurs qui s’ex­priment comme des ré­pon­deurs au­to­ma­tiques.

Le contre­coup de ces hy­per-corps et de cette in­ex­pres­si­vi­té, c’est un be­soin de na­tu­rel. On re­cherche une hu­ma­ni­té réelle, quelque chose de sin­cère, pas am­bi­gu. Les per­son­nages du Grand Bain se lâchent dans une so­cié­té d’hy­per­con­trôle. Et comme les pommes de terre ca­bos­sées ont au­jourd’hui l’air meilleures que celles qui sont par­fai­te­ment rondes, ils ont l’air plus au­then­tiques que les hommes bo­dy­buil­dés. Par ailleurs, le film pro­meut le col­lec­tif. Et on a vu cet été avec la Coupe du monde de foot­ball com­bien le col­lec­tif pou­vait

nous faire vi­brer. » *Ed. du Mo­ment.

PRO­POS RE­CUEILLIS PAR C. BA.

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