« Je croise les doigts pour Ca­mille »

Ma­rianne Lo­pez tremble pour son fils Ca­mille Lo­pez, le de­mi d’ou­ver­ture de Cler­mont, de re­tour chez les Bleus après une grave bles­sure.

Le Parisien (Seine et Marne) - - RUGBY - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR OLI­VIER FRAN­ÇOIS

CE SOIR, elle se­ra de­vant sa té­lé­vi­sion dans sa mai­son de Ché­raute, pe­tit vil­lage tout près de Mau­léon, aux confins du Pays basque. Et elle au­ra peur. Comme une ma­man. Ma­rianne Lo­pez, la mère de Ca­mille, l’ou­vreur de Cler­mont et du XV de France qui af­fronte les Spring­boks à Saint-De­nis, si fière du re­tour de son fils sous le maillot bleu, tremble de­puis son ac­ci­dent (frac­ture ou­verte de la mal­léole gauche le 21 oc­tobre 2017 lors d’un match de Coupe d’Eu­rope), au­quel elle a as­sis­té en di­rect de­vant son écran. Aide-soi­gnante à la re­traite de­puis peu, elle nous a confié ses es­poirs mê­lés d’ap­pré­hen­sion et son re­gard sur un sport où les trau­ma­tismes sont de plus en plus nom­breux. Quel sen­ti­ment avez-vous alors que votre fils ef­fec­tue son re­tour par­mi les Bleus ?

MA­RIANNE LO­PEZ. Je suis fière, bien sûr. Je me­sure le che­min par­cou­ru de­puis sa bles­sure. Il a vrai­ment tra­vaillé dur pour re­ve­nir. Je suis an­xieuse aus­si, car Ca­mille veut tel­le­ment dis­pu­ter la pro­chaine Coupe du monde (NDLR : du 20 sep­tembre au 2 no­vembre 2019). Il n’avait pas été sé­lec­tion­né pour la pré­cé­dente en An­gle­terre, il l’avait très mal vé­cu, et nous aus­si. Et puis, for­cé­ment, j’ai peur main­te­nant. A cause de sa bles­sure ? Oui. Il a souf­fert énor­mé­ment. Nous sommes al­lés ré­gu­liè­re­ment à Cler­mont, avec mon ma­ri, pour le voir. C’était dur. Il n’avait ja­mais res­sen­ti une telle dou­leur avant. Il avait eu une rup­ture des li­ga­ments croi­sés quand il était à Per­pi­gnan (NDLR : du­rant la sai­son 2013-2014) mais ce­la n’avait rien à voir. Vous sou­ve­nez-vous de son ac­ci­dent ? J’étais de­vant la té­lé quand c’est ar­ri­vé. Je l’ai en­ten­du hur­ler. Je n’ai pas te­nu. Je suis sor­tie de la mai­son. J’étais très mal. Ma belle-fille Ma­ri­na m’a vite don­né des nou­velles avant qu’il soit éva­cué à l’hô­pi­tal de Cler­mont. Après, je me suis dit que je n’arriverais plus ja­mais à re­gar­der un match. Et, fi­na­le­ment, je re­com­mence. Je sais que c’est son mé­tier ; d’ailleurs, il n’ar­rête pas de me le dire. En par­lez-vous sou­vent avec lui ? Non. Il ne veut pas. Il me dit qu’il sait ce que je pense. Je lui ré- ponds qu’il ver­ra quand ses deux gar­çons, qui ont 3 et 4 ans, joue­ront au rug­by. Ils sont dé­jà avec un bal­lon dans les mains. Vous avez pour­tant tou­jours con­nu ça, avec un ma­ri puis deux fils joueurs de rug­by… Oui. Mais j’ai l’im­pres­sion qu’avant ce n’était pas pa­reil. Les contacts sont de plus en plus vio­lents. J’ai as­sis­té à la fi­nale du Top 14 entre Cler­mont et Tou­lon au Stade de France (NDLR : en

2017) et, de mon siège, j’en­ten­dais les chocs, mal­gré le bruit des 80 000 spec­ta­teurs. C’était ter­rible, fou. Ces épaules lan­cées en avant sur les tho­rax. Ces pla­quages hauts. Je n’avais ja­mais con­nu ça. Le rug­by a chan­gé. La mul­ti­pli­ca­tion des com­mo­tions cé­ré­brales est-elle in­quié­tante pour vous ? Oui. Je re­vois en­core ce jeune ai­lier de Cler­mont se­cou­ru sur la pe­louse du Ra­cing (NDLR : Sa­muel Ezea­la est sor­ti après un KO lors d’un match de Top 14 à la Pa­ris La Dé­fense Are­na le 7 jan­vier 2018), entre des draps blancs. Ce­la m’a gla­cée. J’ai pen­sé aux pa­rents. C’est trau­ma­ti­sant. Bien sûr que l’on trans­pose. Il y a aus­si eu la mort de ce jeune (NDLR : Louis Fa­j­frows­ki, joueur d’Au­rillac, dé­cé­dé d’une com­mo­tion car­diaque consé­cu­tive à un trau­ma­tisme tho­ra­cique après un pla­quage en août der­nier). Je com­prends que ce­la ef­fraie les ma­mans dont les en­fants veulent jouer au rug­by. Qu’en pense votre ma­ri, an­cien ar­rière et édu­ca­teur au club de Mau­léon dans les Py­ré­nées-At­lan­tiques ? Il me dit que c’est comme ça, qu’il y a tou­jours eu des bles­sures dans ce sport. Mais il re­con­naît qu’il y a un pro­blème car l’école de rug­by de Mau­léon a per­du des li­cen­ciés. Elle ac­cueille 100 ga­mins cette an­née contre 130 la sai­son pré­cé­dente. Moi, je re­garde beau­coup de matchs et je trouve que ça tape dur, de plus en plus. Alors je croise les doigts pour Ca­mille.

“APRÈS (SA BLES­SURE), JE ME SUIS DIT QUE JE N’ARRIVERAIS PLUS JA­MAIS À RE­GAR­DER UN MATCH. ET FI­NA­LE­MENT JE RE­COM­MENCE ”

Les pa­rents de Ca­mille Lo­pez, Ma­rianne et Chris­tian.

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