Une ville dé­jà ci­blée

De­puis plu­sieurs an­nées, la ca­pi­tale de l’Al­sace est ré­gu­liè­re­ment l‘ob­jet de me­naces d’at­ten­tats.

Le Parisien (Seine et Marne) - - FAIT DU JOUR - PARBORIS CASSEL ET VINCENT VÉRIER

CA­PI­TALE DE L’EU­ROPE, sym­bole de la ré­con­ci­lia­tion fran­coal­le­mande, ville mul­ti­cul­tu­relle, connue pour sa ca­thé­drale et son mar­ché de Noël, Stras­bourg a ré­gu­liè­re­ment été ci­blée par les ter­ro­ristes is­la­mistes. Le 23 no­vembre, Laurent Nu­nez, le se­cré­taire d’Etat au­près du mi­nistre de l’In­té­rieur, s’était ren­du sur le mar­ché de Noël pour pas­ser en re­vue le dis­po­si­tif de sé­cu­ri­té mis en place ré­gu­liè­re­ment de­puis 2015. Et se­lon une source proche du ren­sei­gne­ment in­té­rieur, la ca­pi­tale du Grand-Est « res­tait une cible pri­vi­lé­giée par les ter­ro­ristes ».

UNE VI­DÉO GLA­ÇANTE

La ten­ta­tive la plus connue, re­monte à l’hi­ver 2000, un pro­jet d’at­ten­tat vi­sait dé­jà le mar­ché de Noël. Quatre is­la­mistes, trois Al­gé­riens et un Fran­co-Al­gé­rien, membres du Groupe sa­la­fiste pour la pré­di­ca­tion et le com­bat (GSPC), avaient ef­fec­tué des re­pé­rages. Grâce à des in­for­ma­tions four­nies par le MI5, les ser­vices se­crets an­glais, les sus­pects avaient été ar­rê­tés quelques jours avant de pas­ser à l’acte dans deux ap­par­te­ments de Franc­fort (Al­le­magne). Des armes et des ma­té­riaux pou­vant ser­vir à la fa­bri­ca­tion de bombes ar­ti­sa­nales avaient été sai­sis. Une vi­déo avait été ré­cu­pé­rée. Ses images ré­vé­laient que plu­sieurs sites de la ville, comme la ca­thé­drale ou le mar­ché de Noël, avaient été fil­més. Dans ce do­cu­ment, on pou­vait en­tendre : « Voi­ci la ca­thé­drale des en­ne­mis de Dieu. »

Puis, la ca­mé­ra s’ar­rê­tait sur les cha­lets du mar­ché de Noël, sui­vait les pas­sants. En fond so­nore, le brou­ha­ha de la foule. « Voi­là les en­ne­mis de Dieu en train de flâ­ner », ajou­tait cette même voix. La ca­mé­ra poin­tait en­fin la place Gu­ten­berg, elle s’at­tar­dait sur le ma­nège pour en­fants, les vi­trines de ma­ga­sins, avant de s’ar­rê­ter sur la place Klé­ber, lieu où s’est dé­rou­lée l’at­taque d’hier soir, au pied du grand sa­pin. « Voi­ci les en­ne­mis de Dieu. Ils dansent et semblent heu­reux. Si Dieu veut, ils rô­ti­ront en en­fer. » Les membres de ce groupe im­pli­qués dans ce pro­jet d’at­taque avaient été condam­nés à dix et douze ans de pri­son. Lors du pro­cès à Franc­fort, le juge al­le­mand re­con­nu qu’on avait évi­té un « bain de sang ».

UN DES MEMBRES DU COM­MAN­DO DU BA­TA­CLAN ORI­GI­NAIRE DU BAS-RHIN

Plus glo­ba­le­ment, le nom de la ca­pi­tale al­sa­cienne a ré­gu­liè­re­ment été ci­té soit comme cible mais aus­si comme la ville d’ori­gine de plu­sieurs ter­ro­ristes. En 2015, lors des at­ten­tats du Ba­ta­clan, un des membres du com­man­do, Foued Mo­ha­med Ag­gad, était ori­gi­naire de Wis­sem­bourg (Bas-Rhin), à une soixan­taine au Nord de Stras­bourg. Quelques an­nées au­pa­ra­vant, il s’était ren­du en Sy­rie avec une quin­zaine de jeunes, pour la plu­part ori­gi­naire du quar­tier de la Mei­nau. Ré­cem­ment, en sep­tembre, un Fran­coRusse d’ori­gine tchét­chène âgé de 18 ans avait été ar­rê­té chez ses pa­rents, à Stras­bourg, soup­çon­né de vou­loir com­mettre un at­ten­tat. Les lieux ci­blés n’avaient pas été iden­ti­fiés.

Stras­bourg (Bas-Rhin). Le marche de Noël était vi­sé par un pro­jet d’at­ten­tat en 2000.

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