Une po­tion dure à ava­ler pour Ma­ti­gnon et Ber­cy

Ar­dents dé­fen­seurs de l’or­tho­doxie bud­gé­taire, Edouard Phi­lippe d’un cô­té, Bru­no Le Maire et Gé­rald Dar­ma­nin de l’autre, n’ont pas été en­ten­dus.

Le Parisien (Seine et Marne) - - POLITIQUE - PAR VA­LÉ­RIE HACOT ET PAU­LINE THÉVENIAUD

“QUAND PHI­LIPPE A PAR­LÉ DE LA DETTE, J’AI EU L’IM­PRES­SION QUE MA­CRON PRE­NAIT SES SYN­DI­CA­LISTE” DIS­TANCES AVEC LUI

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« ON ÉTAIT GLO­BA­LE­MENT plu­tôt contents, on a tous pous­sé dans ce sens-là », sou­rit un cadre de la Ré­pu­blique en marche, quand un autre confie son « sou­la­ge­ment ». Lun­di soir, au QG du par­ti pré­si­den­tiel, les Mar­cheurs ont re­gar­dé l’al­lo­cu­tion d’Em­ma­nuel Ma­cron à l’is­sue du bu­reau exé­cu­tif, avant — pour cer­tains — de s’of­frir un verre. A la san­té de Ber­cy ? « Il y avait dans la ma­jo­ri­té l’af­fron­te­ment de deux lignes po­li­tiques, de deux ap­proches. Et c’est plu­tôt les gens de gauche qui ont in­fluen­cé le pré­sident », ré­sume un conseiller mi­nis­té­riel.

« C’est exac­te­ment ce que l’on avait de­man­dé de­puis des mois. La haute fonc­tion pu­blique a sou­vent blo­qué par le pas­sé. Mais là, c’est la vic­toire des par­le­men­taires », sa­voure le dé­pu­té LREM de la Vienne Sa­cha Hou­lié, qui y voit « un re­tour à la pro­messe ini­tiale ». « Ils ont des lo­gi­ciels so­cia­listes », sou­pire l’un de ses « amis », ve­nu… de la droite.

GUEULE DE BOIS

Hier ma­tin, la sen­sa­tion de gueule de bois était plu­tôt de ce cô­té-ci de l’échi­quier ma­jo­ri­taire, tant les an­nonces du pré­sident sonnent comme un désa­veu pour les trans­fuges de LR. Pre­mier mi­nistre en tête. Lun­di ma­tin en­core, il in­sis­tait sur la né­ces­si­té de te­nir les cor­dons de la bourse, de­vant élus et par­te­naires so­ciaux à l’Ely­sée. « Quand Phi­lippe a par­lé de la dette, j’ai eu l’im­pres­sion que Ma­cron pre­nait ses dis­tances avec lui », re­lève un syn­di­ca­liste. En fin de jour­née, au bu­reau exé­cu­tif de LREM, le chef du gou­ver­ne­ment in­sis­tait sur la né­ces­si­té de gar­der le cap, de te­nir bon dans la tem­pête. On connaît la suite. « C’est sûr qu’Edouard, il a été un peu… En­fin, voi­là… » ba­fouille un ami.

Vic­time ? Son or­tho­doxie bud­gé­taire, éga­le­ment dé­fen­due par Gé­rald Dar­ma­nin, le mi­nistre des Comptes pu­blics, et par Bru­no Le Maire. Le mi­nistre de l’Eco­no­mie qui re­pous­sait, d’ailleurs, toute idée de lâ­cher du lest sur la CSG des re­trai­tés… Mais il ne fal­lait pas s’ex­pri­mer avant l’ar­bi­trage fi­nal, tranchent les proches du pré­sident. Hier ma­tin, lors du pe­tit dé­jeu­ner de la ma­jo­ri­té à Ma­ti­gnon, Le Maire n’a pas ca­ché son in­quié­tude, sur le thème : « Les mar­chés vont nous étran­gler, on va de­voir se jus­ti­fier au­près de la Com­mis­sion eu­ro­péenne… » Avec en tête l’exemple ita­lien. « On est là pour te­nir les dé­penses. Mais on a aus­si tou­jours dé­fen­du l’idée que le tra­vail doit payer. Il n’y a pas de conflit », tem­père l’un de ses proches.

En cou­lisses, cer­tains n’hé­sitent — tou­te­fois — pas à ren­voyer la pierre dans le jar­din du pré­sident. « Quand Ma­cron touche à la CSG, il touche à sa cam­pagne. Il s’est fait élire avec un pro­gramme proeu­ro­péen, a dé­fen­du mor­di­cus les 3 % pour gar­der notre cré­di­bi­li­té. L’ADN de Ma­cron est beau­coup plus li­bé­ral que ce­lui de ses mi­nistres de droite », sou­tient un conseiller. Des pro­pos que ne re­nie­rait pas un an­cien sou­tien du chef de l’Etat, ve­nu de la gauche, qui dé­plore l’ab­sence de vi­rage so­cial. « Il n’a pas ré­pon­du à la de­mande d’équi­té qui était : Faites payer vos amis. Il va à l’en­contre de la tra­jec­toire bud­gé­taire, mais il est res­té dans son cou­loir de nage », sou­pire-t-il.

Du cô­té de Ma­ti­gnon, on mi­ni­mise les dis­sen­sions qui tra­versent la ma­jo­ri­té. « Ce n’est pas la vic­toire des uns sur les autres. Il n’y a pas à voir des luttes in­tes­tines », ba­laie-t-on Rue de Va­renne, où l’on se veut phi­lo­sophe : « For­cé­ment, dans les mo­ments de ten­sions so­ciales, il y a des mo­ments de ten­sions po­li­tiques. » Reste à sa­voir si ce­la peut te­nir. « C’est une vraie ques­tion, ad­met un Mar­cheur. Mais s’ils signent uni­que­ment quand la po­li­tique est conforme à leurs idées d’an­tan, c’est qu’il y a un loup. » A bon en­ten­deur.

Pa­lais de l’Ely­sée (Pa­ris VIIIe), hier. Em­ma­nuel Ma­cron, en­tou­ré d’Edouard Phi­lippe et de Bru­no Le Maire, re­ce­vait des re­pré­sen­tants du sec­teur ban­caire. Pour beau­coup, le dis­cours de lun­di soir sonne comme un désa­veu des mi­nistres de droite.

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