SAINT-VA­LEN­TIN TOUS AC­CROS

AUX SITES DE REN­CONTRES

Le Parisien (Seine et Marne) - - LA UNE - PAR CH­RIS­TINE MA­TEUS C.M.

Seize mil­lions de Fran­çais ont dé­jà tes­té des sites de ren­contres. Un phé­no­mène qui sé­duit no­tam­ment les femmes et les plus de 50 ans. Té­moi­gnages et sé­lec­tion de six ap­plis très pri­sées.

où cer­tains fe­ront la queue de­vant le fleuriste ou quand cer­taines sup­plie­ront un ca­viste de trouver une cu­vée saint-amour pour cé­lé­brer ce jour de Saint-Va­len­tin, d’autres « swi­pe­ront » pour la fête des amou­reux. S’il fal­lait ré­su­mer d’un geste l’im­pact des ap­pli­ca­tions de ren­contres dans notre so­cié­té, c’est bien ce­lui du « swip », qui s’est im­po­sé de fa­çon spec­ta­cu­laire. Soit ba­layer d’un doigt l’écran de son smart­phone pour va­li­der ou non le pro­fil pro­po­sé.

Se­lon la der­nière grande étude sur ce thème, l’ob­ser­va­toire 2018 de la rencontre en ligne (me­né par l’Ifop pour le com­pa­ra­teur de sites de ren­contres Lacse), 26 % des Fran­çais dé­clarent avoir com­plé­té au moins une fois l’ins­crip­tion à un site ou une ap­pli­ca­tion de ren­contres (33 % d’hommes, 21 % de femmes). Ils étaient 11 % en 2006 (une aug­men­ta­tion due à l’ex­plo­sion de l’usage des smart­phones). Les jeunes en sont par­ti­cu­liè­re­ment friands : les 18-34 ans re­pré­sentent 40 % des uti­li­sa­teurs.

Même Sha­ron Stone

Tout le monde y est et tout le monde en parle. C’est le cas no­tam­ment de l’ani­ma­teur ve­dette de NRJ, Cauet, qui évoque dans son spec­tacle in­ti­tu­lé « 100 % libre » son ex­pé­rience Tin­der après sa sé­pa­ra­tion avec la mère de ses en­fants. « Cet es­sor de la fré­quen­ta­tion des plates-formes de da­ting va de pair avec une dé­mo­cra­ti­sa­tion de leur clien­tèle. Alors qu’il y a une dou­zaine d’an­nées les usa­gers des sites de ren­contres pré­sen­taient un pro­fil beau­coup plus ai­sé que la moyenne, leur ex­pé­rience est dé­sor­mais aus­si ré­pan­due dans les ca­té­go­ries po­pu­laires (33 %) que chez les cadres et pro­fes­sions in­tel­lec­tuelles su­pé­rieures (34 %) », pré­cise l’étude de l’Ifop.

Mais ce qui change, c’est sur­tout l’in­té­rêt des plus de 50 ans, et en par­ti­cu­lier ce­lui des femmes. L’une d’elles a d’ailleurs mis su­per­be­ment en lu­mière cette dé­con­trac­tion : l’ac­trice amé­ri­caine Sha­ron Stone. Fin 2019, elle s’est plainte, sur Twit­ter, d’avoir été ex­clue de l’appli de ren­contres Bumble (où les femmes font le pre­mier pas) car «cer­tains uti­li­sa­teurs ont si­gna­lé que ce ne pou­vait pas être moi ». « Si même Sha­ron Stone s’ins­crit sur un site de ren­contres, ben, nous, on se sent un peu moins bêtes quand on le fait », iro­nise Eve­lyne, sur le même ré­seau so­cial que la star.

En 2020, ce su­jet-là est-il en­core ta­bou pour les femmes so­los de 50 ans et plus, qui re­pré­sentent 62 % des 9 mil­lions de cé­li­ba­taires dans cette classe d’âge ? « Ce n’est pas ta­bou mais nou­veau et ex­po­nen­tiel. Ce sont sou­vent les amis et les en­fants qui les in­citent à sau­ter le pas », ex­plique Hé­loïse des Mons­tiers, di­rec­trice France de Di­sons de­main, un site In­ter­net et une ap­pli­ca­tion de ren­contres en ligne créés en 2017 et ré­ser­vés aux quin­quas et plus (ap­par­te­nant à Mee­tic Group).

« Pas­sé 50 ans, on sait ce qu’on veut »

C’est que lorsque les sites de ren­contres sont ap­pa­rus, il y a plus de vingt ans, ces femmes étaient sou­vent en couple, par­fois avec de jeunes en­fants. Bref, pas concer­nées. Mais près de 45 % des ma­riages fi­nissent par un di­vorce et, en moyenne, les femmes ont 44 ans lors­qu’il in­ter­vient. En quinze ans, tous sta­tuts confon­dus (union libre, pacs…), les rup­tures ont bon­di de 63 %.

Les sites de ren­contres, eux, avaient dé­jà sé­duit les plus jeunes pour qui cette dé­marche est de­ve­nue ba­nale. A leur mère de s’y in­té­res­ser dé­sor­mais. « Lorsque Di­sons de­main a été lan­cé, il y a deux ans, elles étaient un peu hé­si­tantes. Au­jourd’hui, nous avons au­tant d’hommes que de femmes par­mi les ins­crits : 49 et 51 %. Pas­sé 50 ans, on sait ce qu’on veut. Contrai­re­ment aux plus jeunes, qui peuvent pas­ser des mois à re­gar­der des pro­fils, échan­ger… la rencontre est plus ra­pide », dé­crypte la res­pon­sable.

Lea­der sur cette cible, avec 1,3 mil­lion d’abon­nés en France, le ser­vice sé­duit en prio­ri­té les 50-55 ans (36 %), sui­vis des 55-59 ans (28 %). Mais at­ten­tion aux dé­cep­tions. Se­lon une étude eu­ro­péenne me­née en jan­vier par YouGov, pour l’ap­pli­ca­tion de ren­contres Once, 83 % des uti­li­sa­teurs de ces ap­plis sont in­sa­tis­faits de leur ex­pé­rience. Les pre­mières rai­sons ci­tées sont les at­ti­tudes dé­ce­vantes des uti­li­sa­teurs (ef­fet zap­ping, l’ar­rêt sou­dain des dis­cus­sions sans don­ner d’ex­pli­ca­tions…), l’agres­si­vi­té per­çue des échanges (mes­sages in­sis­tants, conte­nu ex­pli­cite…) et l’in­ef­fi­ca­ci­té de ces ser­vices. Pa­ra­doxe quand tu nous tiens…

« Eric, c’était mon der­nier ren­dez-vous » MARTINE, 57 ANS

QUATRE ANS que le pro­fil de Martine at­ten­dait ce­lui d’Eric. Quatre ans et une quin­zaine de ren­dez-vous dé­cou­ra­geants sont pas­sés de­puis son ins­crip­tion sur un site de ren­contres — Mee­tic d’abord, Di­sons de­main en­suite — avant de tom­ber, il y a quatre mois, sur cet « homme gé­né­reux, ai­mable et cour­tois ». Un homme avec qui elle passe ac­tuel­le­ment les va­cances d’hi­ver dans sa mai­son de campagne, en Seine-et-Marne.

Comme dans toutes les bonnes co­mé­dies ro­man­tiques, elle n’y croyait plus. Martine, 57 ans, l’as­sure : « Mon abon­ne­ment ar­ri­vait à échéance et je n’al­lais pas le re­nou­ve­ler. Eric, c’était mon der­nier ren­dez-vous. J’avais été trop dé­çue. Au dé­but, j’étais as­sez en­thou­siaste. Di­vor­cée, seule avec deux en­fants, c’était pour moi juste un moyen en plus pour ren­con

trer quel­qu’un. Mais je ne suis tom­bée que sur des hommes qui soit ne rap­pe­laient pas, soit étaient des gou­jats. »

« J’ai­me­rais qu’on m’em­mène dan­ser et faire de la mo­to »

Pas le même par­cours pour Eric. L’homme de 55 ans, di­vor­cé deux fois et père de 4 en­fants, s’était ins­crit sur Di­sons de­main en juillet. Une pre­mière pour lui. Ob­jec­tif ? Une re­la­tion sé­rieuse avec une femme de son âge. « Je ne me suis vrai­ment in­té­res­sé aux pro­fils pro­po­sés qu’en sep­tembre, après les va­cances d’été. Deux se­maines plus tard, je ren­con­trais Martine », confie-t-il. Pour­quoi avoir fait la dé­marche d’al­ler sur un site ? Il énu­mère. « Ma der­nière fille ve­nait d’avoir 13 ans et avait moins be­soin de moi, il n’y avait pas vrai­ment d’op­por­tu­ni­té au tra­vail pour faire une rencontre et puis, comme je suis as­sez ti­mide dans la

vraie vie, je me suis lan­cé. Lorsque Martine a li­ké mon pro­fil, ça m’a ai­dé à être plus en­ga­geant et à la con­tac­ter. »

« Je le trou­vais très mi­gnon, mal­gré sa pho­to torse nu. D’ha­bi­tude, je n’aime pas trop les hommes qui se pré­sentent comme ça sur leur pro­fil », iro­nise Martine. Sur le pa­pier, ou plu­tôt sur l’écran, ça « matche ». « Nous avions 21 centres d’in­té­rêt en com­mun ! L’amour des voyages, de la campagne, même si nous sommes pa­ri­siens tous les deux, les mêmes goûts mu­si­caux, on adore le vé­lo… Et puis, il m’a pro­po­sé un ren­dez­vous très vite. » Ce­la ras­sure la quin­qua. « J’avais dé­jà eu de bons contacts par té­lé­phone qui se sont ré­vé­lés trom­peurs. » Au­tant sa­voir vite si les deux font la paire. Même état d’es­prit pour Eric.

« Sur mon pro­fil, j’avais écrit : J’ai­me­rais qu’on m’em­mène dan­ser et faire de la mo­to. Il m’a ré­pon­du : C’est d’ac­cord pour la mo­to, mais pour dan­ser il fau­dra m’ap­prendre. Après le ren­dez­vous, j’ai su qu’il se pas­sait quelque chose. Il m’a tout de suite de­man­dé si on pou­vait se re­voir le ven­dre­di sui­vant », se re­mé­more Martine. « Comment ex­pli­quer l’ef­fet de ce pre­mier ren­dez­vous ? » in­ter­roge Eric. Après avoir ré­flé­chi un ins­tant, il évoque « le charme, le temps qu’on ne voit pas dé­fi­ler. Le cou­rant est pas­sé, tout sim­ple­ment ».

Ja­dis ter­rain de jeu des jeunes, les ap­pli­ca­tions de ren­contres sont de plus en plus fré­quen­tées par la gé­né­ra­tion de leurs pa­rents.

Eric et Martine.

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