« On se met en mode guerre »

Georges Dem­mer, di­rec­teur gé­né­ral d’Ac­tor Sé­cu­ri­té

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - FAIT DU JOUR - PAR NI­CO­LAS SCHEFFER

IL FAUT TA­PER deux codes d’en­trée et mon­ter trois étages pour en­trer dans les lo­caux dis­crets d’Ac­tor Sé­cu­ri­té à Bou­logne-Billan­court, une en­tre­prise de sé­cu­ri­té spé­cia­li­sée dans la pro­tec­tion. A l’in­té­rieur, c’est le branle-bas de com­bat : une réunion de crise est pré­vue ce jeu­di pour dé­ci­der des der­niers pré­pa­ra­tifs avant la jour­née de mo­bi­li­sa­tion sa­me­di.

Plus de 12 000 CRS et gen­darmes sont mo­bi­li­sés, mais l’en­tre­prise de sé­cu­ri­té s’ap­prête à dis­per­ser 500 de ses 700 agents sur la plu­part des lieux sen­sibles de la ca­pi­tale : ma­ga­sins de luxe, grandes en­tre­prises, am­bas­sades. Le di­rec­teur gé­né­ral d’Ac­tor Sé­cu­ri­té, Georges Dem­mer, ré­sume : « On se met en mode guerre. »

DES PAR­TI­CU­LIERS DES BEAUX QUAR­TIERS ONT RÉ­CLA­MÉ UN VI­GILE

Ici, on ne lé­sine pas sur les moyens fi­nan­ciers, hu­mains et tech­no­lo­giques en pré­vi­sion d’une in­ten­si­té de conflit ra­re­ment éga­lée. « Ma­dame Dem­mer, vous vou­drez bien me si­gner le de­vis pour les cinq scoo­ters ? », de­mande Fa­rid Joui­ni, le di­rec­teur d’ex­ploi­ta­tion. La gé­rante ac­quiesce. En l’oc­cur­rence, il a fal­lu louer des scoo­ters ba­na­li­sés pour que des agents mo­biles puissent être en­voyés ra­pi­de­ment en ren­fort, sans être la cible de po­ten­tiels cas­seurs. Et dans la malle, sous le siège… un gi­let jaune, au cas où. Dans ce même coffre, les agents qui font des rondes entre les dif­fé­rents points sen­sibles trou­ve­ront une va­lise avec les pro­to­coles à suivre en fonc­tion de quatre ni­veaux de si­tua­tion : du vert au rouge écar­late, de la si­tua­tion calme à l’in­sur­rec­tion. « Dans cette va­lise, il y a même les codes nu­cléaires », plaisante Pas­cal Bi­tot-Pa­nel­li, di­rec­teur des ef­fec­tifs.

Dans le pe­tit bu­reau, sur un ta­bleau pa­pier, Pa­ris est des­si­né puis dé­cou­pé en quatre zones : Al­pha, Bra­vo, Char­lie et Del­ta, se­lon la ty­po­lo­gie uti­li­sée no­tam­ment par les po­li­ciers et les mi­li­taires. En poste, les vi­giles de­vront aler­ter, éva­cuer ou em­me­ner les per­sonnes sur place en zone de confi­ne­ment. Et, s’il le faut, dans les lieux les plus sen­sibles, dé­bran­cher les ser­veurs pour pro­té­ger des do­cu­ments confi­den­tiels.

Pas­cal Bi­tot-Pa­nel­li est ra­pi­de­ment cou­pé par son té­lé­phone. Un client veut vé­ri­fier une fois de plus que tout est prêt. Ici, on a l’ha­bi­tude de tra­vailler avec les bi­jou­tiers de la place Ven­dôme, les grandes en­tre­prises de La Dé­fense ou des sites sen­sibles comme des am­bas­sades. Mais en pré­vi­sion de sa­me­di, des par­ti­cu­liers ont ré­cla­mé la pré­sence d’un vi­gile. Par­ti­cu­la­ri­té : tous ha­bitent les beaux quar­tiers de la ca­pi­tale, no­tam­ment dans le « Tri­angle d’or » dé­li­mi­té par les ave­nues des Champs-Ely­sées, Mon­taigne et George-V. Un quar­tier pris pour cible par des émeu­tiers la se­maine der­nière.

Fa­rid Joui­ni, di­rec­teur d’ex­ploi­ta­tion, et Pas­cal Bi­tot-Pa­nel­li, di­rec­teur des ef­fec­tifs d’Ac­tor Sé­cu­ri­té.

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