Ly­cées : l’es­ca­lade de la vio­lence

La jour­née d’hier a été mar­quée par des heurts très in­tenses et 700 in­ter­pel­la­tions.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - FAIT DU JOUR - PAR RO­MAIN BAHEUX (AVEC J. P.-L.)

DES FEUX DE PA­LETTE de­vant les ly­céens. Des élèves bles­sés par des tirs de flash-ball des po­li­ciers. Des voi­tures ren­ver­sées, des forces de l’ordre caillas­sées et des in­ter­pel­la­tions qui se comptent par cen­taines. Moins d’une se­maine après son lan­ce­ment, le mou­ve­ment ly­céen a bas­cu­lé dans une vio­lence qui s’est en­core am­pli­fiée jeu­di. A Mantes-la-Jo­lie (Yve­lines), 151 jeunes ont été in­ter­pel­lés. Dans le Nord, ce sont 47 ly­céens qui ont été ar­rê­tés, tan­dis qu’à Tou­louse (Haute-Ga­ronne) des po­li­ciers ont été pris pour cible dans des vio­lents af­fron­te­ments avec les jeunes. En tout, 700 jeunes ont été in­ter­pel­lés hier.

« On se prend des gaz la­cry­mo­gènes pour un oui ou pour un non, lance Ro­main, 16 ans, sco­la­ri­sé au ly­cée Do­rian à Pa­ris. Sur les ré­seaux so­ciaux, on voit des vi­déos où des jeunes se font vi­ser sans rai­son par la po­lice. For­cé­ment, ça nous tend. » « Au dé­but, j’avais peur quand j’ai com­men­cé à voir que des ly- céens avaient été bles­sés, pour­suit Bas­tien, élève de ter­mi­nale dans le Val-de-Marne ve­nu ma­ni­fes­ter avec les étu­diants hier à Pa­ris. Main­te­nant, je suis sur­tout en co­lère. » Ces ten­sions n’étonnent pas la so­cio­logue Anne Muxel, co­au­teur de « la Ten­ta­tion ra­di­cale » (PUF). « Dans notre en­quête, près d’un ly­céen sur cinq se di­sait prêt à par­ti­ci­per à une ac­tion vio­lente pour dé­fendre ses idées, sou­ligne-t-elle. Au­jourd’hui, ils sont aus­si por­teurs du mé­con­ten­te­ment qu’ils voient dans leur fa­mille et dans la so­cié­té qui les en­toure. Et n’hé­sitent pas à dé­fier les forces de l’ordre. »

DES ÉTA­BLIS­SE­MENTS SCO­LAIRES ONT AN­NON­CÉ QU’ILS RES­TE­RAIENT FER­MÉS

Se­lon une note de la Di­rec­tion du ren­sei­gne­ment de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris (DRPP) que « le Pa­ri­sien » a pu consul­ter, « le mou­ve­ment [ly­céen] semble, à l’ins­tar de ce­lui des Gi­lets jaunes, éclip­sé par des actes de plus en plus vio­lents de gué­rilla ur­baine ». Dans les rangs des ma­ni­fes­tants, on re­jette la faute sur les forces de l’ordre et le gou­ver­ne­ment. « Il y a une ré­pres­sion po­li­cière ex­cep­tion­nelle. On avait de la co­lère ; mais, là, on va avoir la rage », lance le pré­sident de l’or­ga­ni­sa­tion ly­céenne l’UNL, Louis Boyard, qui re­doute « des morts » si la ten­sion ne re­tombe pas.

Son syn­di­cat ap­pelle à une marche ce ven­dre­di dans les rues de Pa­ris, de Sta­lin­grad à Ré­pu­blique, à par­tir de 11 h 30. En pa­ral­lèle, des éta­blis­se­ments sco­laires ont dé­jà an­non­cé qu’ils res­te­raient fer­més.

Dans l’Oise, la moi­tié des 34 ly­cées gar­de­ront leurs portes closes ven­dre­di et sa­me­di sur dé­ci­sion pré­fec­to­rale. « Pour l’ins­tant, on peut en­core gé­rer la mo­bi­li­sa­tion, es­time un syn­di­ca­liste po­li­cier. Mais ce qu’on re­doute, c’est une es­ca­lade avec d’autres groupes qui vien­draient les ren­for­cer comme on l’a vu lo­ca­le­ment. » Une en­vie ex­pri­mée par les étu­diants pa­ri­siens, dont le mou­ve­ment de blo­cage a ga­gné Nantes (Loire-At­lan­tique). Cer­tains ont pré­vu de ma­ni­fes­ter avec les Gi­lets jaunes sa­me­di à Pa­ris. « Ces vio­lences sur les ly­céens, ça nous mo­tive en­core plus », glisse Ro­mane, en troi­sième an­née de droit-éco­no­mie à Tol­biac.

A Mantes-la-Jo­lie (Yve­lines), les ly­céens ont brû­lé cette voi­ture.

Des af­fron­te­ments ont op­po­sé jeunes et po­li­ciers à Tou­louse (Haute-Ga­ronne).

A Ro­main­ville (Seine-Saint-De­nis), les ly­céens ont mis le feu de­vant le ly­cée Li­ber­té.

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