Un dis­po­si­tif po­li­cier hors norme pour la « ba­taille de Pa­ris »

Le gou­ver­ne­ment a an­non­cé avoir mo­bi­li­sé 89 000 agents des forces de l’ordre au­jourd’hui face aux Gi­lets jaunes.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - FAIT DU JOUR - PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS, ÉRIC PEL­LE­TIER ET JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ (AVEC T.B.)

AVANT la ba­taille de Pa­ris, la ba­taille des chiffres et de la com­mu­ni­ca­tion. Depuis quelques jours, l’exé­cu­tif tient un dis­cours vo­lon­tai­re­ment an­xio­gène pour dis­sua­der les « sin­cères » de se dé­pla­cer. A l’Ely­sée, on évoque des per­sonnes prêtes à « tuer ». Le mou­ve­ment des Gi­lets jaunes est, se­lon Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, le mi­nistre de l’In­té­rieur, « un monstre qui a échap­pé à ses gé­ni­teurs ».

L’acte 4 des Gi­lets jaunes, au­jourd’hui, di­ra si ces pré­dic­tions dra­ma- tiques se vé­ri­fient. Mais, d’ores et dé­jà, au mi­nis­tère de l’In­té­rieur, on as­sume avoir te­nu ce dis­cours alar­mant pour « sen­si­bi­li­ser aux risques ». Un haut fonc­tion­naire ré­sume : « La ba­taille, il fal­lait la ga­gner à 75 % en amont. Il fal­lait res­pon­sa­bi­li­ser les gens car on ne plai­sante pas avec la sé­cu­ri­té. Il reste la ba­taille sur le ter­rain et là, nous avons mis de gros moyens. Les po­li­ciers se­ront plus of­fen­sifs et plus mo­biles. Des consignes très pré­cises ont été don­nées en amont pour évi­ter qu’il y ait une dé­per­di­tion de temps entre l’ordre don­né et son ap­pli­ca­tion. » Toute per­sonne qui se dis­si­mule le vi­sage se­ra consi­dé­rée comme hos­tile. Tout port de ca­goule pas­se­ra comme une « dé­cla­ra­tion de mau­vaise in­ten­tion », se­lon la même source sé­cu­ri­taire.

UNE FA­ÇON DIF­FÉ­RENTE DE COMP­TER LES EF­FEC­TIFS

Jeu­di soir, après de mul­tiples im­pré­ci­sions sur le su­jet, le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, fixait à 89 000 le nombre de po­li­ciers et de gen­darmes mo­bi­li­sés, dont 8 000 à Pa­ris. Hier, le mi­nistre de l’In­té­rieur, Ch­ris­tophe Cas­ta­ner, re­fu­sait de don­ner de plus amples dé­tails. Se­lon nos in­for­ma­tions, la mé­thode de cal­cul du Pre­mier mi­nistre in­tègre les ef­fec­tifs dé­diés spé­ci­fi­que­ment au main­tien de l’ordre, es­ca­drons de gen­dar­me­rie mo­bile et CRS (po­li­ciers), com­pa­gnies dé­par­te­men­tales d’in­ter­ven­tion, BAC, mais aus­si les ef­fec­tifs des ser­vices de ren­sei­ma­ni­fes­tants gne­ment. Hier ma­tin, le di­rec­teur gé­né­ral de la gen­dar­me­rie, Ri­chard Li­zu­rey, avan­çait ses propres chiffres : « plus de 60 000 » gen­darmes pour « l’en­semble des uni­tés mo­bi­li­sées ». Ren­sei­gne­ment pris, la mé­thode de comp­tage n’est pas celle de Ma­ti­gnon : il s’agit en fait des per­son­nels qui tra­vaille­ront ce jour-là sur l’en­semble du ter­ri­toire. Quoi qu’il en soit, ce sa­me­di an­non­cé noir sur le plan de l’ordre pu­blic re­pré­sente un réel ef­fort pour des forces de l’ordre dé­jà éprou­vées. De sur­croît, le pôle ju­di­ciaire a été mis en place pour pou­voir ab­sor­ber plus de mille in­ter­pel­la­tions.

Signe de cette mon­tée en puis­sance, 14 vé­hi­cules blin­dés de la gen­dar­me­rie se­ront pré­po­si­tion­nés dans Pa­ris, pour la pre­mière fois depuis 1974. Ces en­gins, ré­cem­ment en­ga­gés à Notre-Dame-desLandes, sont beau­coup uti­li­sés outre-mer.

Ver­sailles (Yve­lines), hier. 14 vé­hi­cules de ce type, pré­sen­tés ici au mi­nistre de l’In­té­rieur, se­ront pré­po­si­tion­nés dans la ca­pi­tale au­jourd’hui.

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