Entre-DEUX

Le dis­cret mu­sée des An­nées 1930 est une pé­pite mé­con­nue, mi­roir d’une époque, dans l’entre-deux­guerres, où la so­cié­té était en pleine mu­ta­tion.

Le Parisien (Seine Saint Denis) - - LOISIRS - PAR PAU­LINE CONRADSSON PHO­TOS : AR­NAUD JOURNOIS

Il n’y a pas que Pi­cas­so. Pas que les sur­réa­listes, les Cha­gall, Pol­lock, Du­champ et ces nom­breux ar­tistes ac­cro­chés dans les salles du centre Pom­pi­dou. Un autre art de l’entre-deux­guerres, moins avant-gar­diste, moins contes­ta­taire, existe. Plus clas­sique, poé­tique, mais tout aus­si ré­vé­la­teur de son époque. On peut le dé­cou­vrir au mu­sée des an­nées 1930, à Bou­logne-Billan­court. Un bi­jou, mé­con­nu du grand pu­blic, ché­ri par les spé­cia­listes.

L’éta­blis­se­ment mu­ni­ci­pal, à deux pas de l’hô­tel de ville, pos­sède une col­lec­tion unique en France, riche de 14 000 oeuvres. « Il se passe plein de choses pen­dant cette pé­riode, s’en­thou­siasme Ga­brielle Soullier -de Roincé, conser­va­trice des mu­sées de la ville. C’est le dé­but des congés payés, le temps des co­lo­nies, la crise éco­no­mique, les pré­mices de la guerre. La so­cié­té est en pleine trans­for­ma­tion. Avec nos col­lec­tions, on a plein de choses à dire ». Les ex­po­si­tions uni­ver­selles et co­lo­niales de 1925, 1931 et 1937 viennent aus­si por­ter leur lot d’ins­pi­ra­tion.

C’est en 1939 qu’est créé le mu­sée mu­ni­ci­pal de Bou­logne, au qua­trième étage de la mai­rie, à l’ini­tia­tive d’un ha­bi­tant, le doc­teur Al­bert Be­san­çon. La col­lec­tion s’en­ri­chit au fil des an­nées, et le mu­sée prend en 1989, son nom ac­tuel, avant d’être dé­pla­cé en 1998 dans le tout nou­vel es­pace Lan­dows­ki.

Pour­quoi Bou­logne est-elle au­tant mar­quée par les an­nées 1930 ? Parce que la ville a été un vé­ri­table la­bo­ra­toire ar­tis­tique à cette pé­riode. Avec la mon­tée des prix de l’im­mo­bi­lier pa­ri­sien, de nom­breux peintres, sculp­teurs et ar­chi­tectes n’ont plus les moyens de se lo­ger dans la ca­pi­tale. Ils élisent do­mi­cile dans cette com­mune, li­mi­trophe, en pleine ex­pan­sion, et y ins­tallent leurs ate­liers. Le mu­sée oc­cupe 3 000 m2 et est ré­par­ti sur trois étages. Dans les salles spa­cieuses, sou­vent dé­sertes, on dé­couvre de ma­gni­fiques pièces : por­traits mon­dains, vie quo­ti­dienne. Scènes de bai­gnades, jeux sur la plage, té­moins des pre­miers congés payés, comme cette vi­vi­fiante « Par­tie de pêche », de Jean Des­pu­jols, une des toiles phares du mu­sée. « Le temps des va­cances, une femme qui se baigne, en maillot de bain de sur­croît, c’est tout à fait nou­veau pour l’époque », sou­ligne la conser­va­trice. Les oeuvres de Georges Sab­bagh, Paul Jouve, Mau­rice De­nis, ou en­core Zad­kine, Lip­chitz et Ia­cov­leff ponc­tuent la vi­site. On s’ar­rête de­vant les scènes de fête et de danse, le Pa­ris des an­nées folles, les sculp­tures de nus aux lignes droites et épu­rées.

Ces lignes, on les re­trouve dans le mo­bi­lier art dé­co, qui se dé­voile au der­nier étage. Le mé­tal, le verre cô­toient de beaux bois exo­tiques. On trouve ici, de nom­breuses créa­tions de Jacques-Emile Ruhl­mann, sym­bole de l’art dé­co, mais aus­si Char­lotte Per­riand, Jules Le­leu ou Jean Prou­vé.

Faire connaître tous ces tré­sors au grand pu­blic ? Après une va­cance de di­rec­tion, la jeune conser­va­trice compte bien s’y at­te­ler et faire du mu­sée une ré­fé­rence dans sa spé­cia­li­té. L’es­pace et les pan­neaux ex­pli­ca­tifs de­vraient être bien­tôt re­pen­sés. Et un cycle d’ex­po­si­tions dé­mar­re­ra avec pour pre­mier thème, en oc­tobre 2019, le pa­que­bot trans­at­lan­tique « Ile-deF­rance », am­bas­sa­deur de l’art dé­co fran­çais.

Mu­sée des an­nées 1930,, 28, ave­nue An­dré-Mo­ri­zet. Ou­vert du mar­di au di­manche de 11 à 18 heures. De 5 à 7 €, gra­tuit - de 26 ans. Vi­sites gui­dées sur ren­dez­vous au 01.55.18.54.40 et ap­pli­ca­tion gra­tuite.

“AVEC NOS COL­LEC­TIONS, ON A PLEIN DE CHOSES À DIRE GA­BRIELLE SOULLIER DE ROINCÉ, CONSER­VA­TRICE

Le mu­sée oc­cupe 3 000 m2 et est ré­par­ti sur trois étages.

Dans les salles spa­cieuses on dé­couvre de ma­gni­fiques pièces : por­traits mon­dains, vie quo­ti­dienne. La col­lec­tion, riche de 14 000 oeuvres, est unique en France.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.