Arrêts ma­la­die : la co­lère du nu­mé­ro 2 du Me­def

Le gou­ver­ne­ment veut faire sup­por­ter une par­tie de l’in­dem­ni­sa­tion des arrêts ma­la­die aux en­tre­prises. Pas ques­tion pour le nou­veau nu­mé­ro 2 du Me­def, Pa­trick Mar­tin, de ré­gler cette note es­ti­mée à 900 M€.

Le Parisien (Val de Marne) - - LA UNE - PRO­POS RECUEILLIS PAR BÉRANGÈRE LEPETIT

lan­cée au beau mi­lieu LA PISTE, de l’été, a chauf­fé les es­prits. Pour ré­duire les dé­penses de l’As­su­rance ma­la­die, le gou­ver­ne­ment en­vi­sage de mettre à contri­bu­tion les en­tre­prises pour in­dem­ni­ser les arrêts ma­la­die de courte du­rée. Au­jourd’hui, pas­sé les trois jours de ca­rence, la Sé­cu­ri­té so­ciale verse la moi­tié du sa­laire quo­ti­dien par jour d’ar­rêt. L’idée se­rait de faire pas­ser quatre jours à la charge des en­tre­prises pour les arrêts de moins de huit jours. Une me­sure qui fait bon­dir le pa­tro­nat. Nou­veau nu­mé­ro 2 du Me­def, Pa­trick Mar­tin monte au cré­neau.

Le gou­ver­ne­ment en­vi­sage de trans­fé­rer aux en­tre­prises la charge des in­dem­ni­tés jour­na­lières pour les arrêts ma­la­die de courte du­rée, au­jourd’hui sup­por­tée par la Sé­cu­ri­té so­ciale. Que vous ins­pire cette piste ?

PA­TRICK MAR­TIN. C’est la double peine ! Les ab­sences de courte du­rée sont ex­trê­me­ment per­tur­bantes pour l’en­tre­prise et re­pré­sentent un coût. On ne peut bien sou­vent pas rem­pla­cer la per­sonne ab­sente en re­cou­rant à un CDD ou à un in­té­ri­maire car on ne sait pas com­bien de temps le sa­la­rié res­te­ra ab­sent. Si, en plus, l’en­tre­prise doit prendre en charge l’in­dem­ni­sa­tion de ces ab­sences, ce­la re­pré­sente une en­ve­loppe de 900 M€.

Dans une lettre au gou­ver­ne­ment, vous poin­tez du doigt « la ques­tion des pra­tiques de pres­crip­tions mé­di­cales » ou en­core

« la res­pon­sa­bi­li­sa­tion du sa­la­rié ». Vous dites que c’est au mé­de­cin ou au sa­la­rié de chan­ger d’at­ti­tude plu­tôt qu’à l’en­tre­pre­neur...

En toile de fond du pro­jet du gou­ver­ne­ment, il y a ce rai­son­ne­ment contes­table, à sa­voir que les en­tre­prises el­les­mêmes se­raient res­pon­sables de cet ab­sen­téisme de courte du­rée. On ne peut pas être res­pon­sable d’un phé­no­mène qui nous pé­na­lise. L’idée n’est pas de stig­ma­ti­ser les sa­la­riés et le corps mé­di­cal. Il n’en de­meure pas moins que les arrêts ma­la­die aug­mentent de­puis 2014 et qu’il peut y avoir des abus. Nous ap­pe­lons de nos voeux un contrôle plus strict des pres­crip­tions de la part de cer­tains mé­de­cins. Reste que cette piste est une mau­vaise ré­ponse à une bonne ques­tion…

Une bonne ques­tion, c’est-à-dire ?

L’idée du gou­ver­ne­ment est de mieux maî­tri­ser les fi­nances pu­bliques de ma­nière gé­né­rale et les dé­penses so­ciales en par­ti­cu­lier. Nous sommes d’ac­cord. Mais en me­nant à terme ce pro­jet, le gou­ver­ne­ment pé­na­li­se­rait notre per­for­mance. Le dé­fi­cit com­mer­cial des en­tre­prises fran­çaises est un bon in­di­ca­teur. Il reste ex­trê­me­ment im­por­tant et ce n’est pas le mo­ment de ve­nir alour­dir les charges des en­tre­prises fran­çaises. Ce­la enverrait un mes­sage contradictoire de la part de ce gou­ver­ne­ment pro-bu­si­ness et pro-en­tre­prises.

Les en­tre­prises ont du mal à re­cru­ter. Que pen­sez-vous du ré­cent coup de gueule des res­tau­ra­teurs qui veulent sim­pli­fier les dé­marches pour em­bau­cher des mi­grants ?

C’est une so­lu­tion. Mais au Me­def, nous res­tons convain­cus que la vraie so­lu­tion se­rait d’in­ci­ter les chô­meurs de longue du­rée au re­tour à l’em­ploi. Nous sommes dans une si­tua­tion où il y a 400 000 à 500 000 em­plois à pour­voir en France. En face, nous res­tons scot­chés à un taux de chô­mage à 9 %.

Le gou­ver­ne­ment va ou­vrir en sep­tembre des né­go­cia­tions sur l’as­su­rance chô­mage. Il veut ins­tau­rer un sys­tème de bo­nus-ma­lus sur les contrats courts. Que comp­tez-vous lui dire ?

Nous al­lons res­ter fermes. Jus­qu’en 2014, un sys­tème de bo­nus-ma­lus avait été mis en place en France. Il n’a pas por­té ses fruits. Il y a ac­tuel­le­ment une forme de fé­bri­li­té de la part du gou­ver­ne­ment. Nous en­ten­dons une pe­tite mu­sique qui n’est pas de notre goût : le bo­nus-ma­lus, le trans­fert des in­dem­ni­tés jour­na­lières. Il ne fau­drait pas que ces an­nonces viennent cas­ser le cli­mat de confiance des en­tre­pre­neurs.

“CE­LA ENVERRAIT UN MES­SAGE CONTRADICTOIRE DE LA PART DE CE GOU­VER­NE­MENT PRO-BU­SI­NESS ET PRO-EN­TRE­PRISES

Pour Pa­trick Mar­tin et le Me­def, faire prendre en charge par les en­tre­prises quatre jours pour les arrêts ma­la­die de moins de huit jours grè­ve­rait sé­rieu­se­ment la com­pé­ti­ti­vi­té fran­çaise.

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