Du Ma­roc à Ma­cron, le com­bat de Béa­trice Gal­lay

Béa­trice Gal­lay, mère d’un dé­te­nu fran­çais au Ma­roc, a été re­çue sa­me­di par Em­ma­nuel Ma­cron dans la ré­si­dence d’été de la pré­si­dence de la Ré­pu­blique. Elle té­moigne de son com­bat pour le ra­pa­trie­ment de son fils.

Le Parisien (Val de Marne) - - LA UNE - PAR ERIC PEL­LE­TIER

sa­me­di ELLE S’EST PRÉ­SEN­TÉE ma­tin devant les grilles du fort de Bré­gan­çon (Var) avec une dé­ter­mi­na­tion en bé­ton et une pan­carte en car­ton sur la­quelle était ins­crit : « Se­cours pour Tho­mas otage au Ma­roc ». En fin d’après-mi­di, Béa­trice Gal­lay, mère d’un Fran­çais condam­né au Ma­roc, était re­çue par Em­ma­nuel Ma­cron qui passe ses va­cances dans cette ré­si­dence es­ti­vale de la pré­si­dence de la Ré­pu­blique.

La sexa­gé­naire vou­lait sen­si­bi­li­ser l’Ely­sée au sort de son fils Tho­mas, 37 ans, dé­te­nu près de Ra­bat, après sa condam­na­tion en ap­pel en 2017 à quatre ans de pri­son dans le cadre d’une pro­cé­dure an­ti­ter­ro­riste.

Béa­trice Gal­lay se dit au­jourd’hui ras­su­rée par la te­neur de l’en­tre­tien qui a du­ré une de­mi­heure et au­quel a as­sis­té son autre fils. « Je suis per­sua­dée que [le chef de l’Etat] va faire ce qu’il a à faire pour trou­ver une is­sue po­si­tive. Em­ma­nuel Ma­cron n’a pas fer­mé la porte, ré­pon­dant à l’ap­pel au se­cours d’une ci­toyenne, ce qui me donne confiance pour la suite, confie-t-elle à notre jour­nal. Puisque j’ha­bite dans le Var, à 45 km de Bré­gan­çon, je me suis dit que je ne pou­vais pas lais­ser pas­ser une telle oc­ca­sion de le ren­con­trer. J’ai fait les choses sans trop ré­flé­chir mais avec dé­ter­mi­na­tion. Jus­qu’en dé­cembre 2017, je sé­jour­nais ré­gu­liè­re­ment au Ma­roc où je pas­sais le plus de temps pos­sible pour voir Tho­mas, mais des sou­cis de san­té en dé­cembre m’en ont éloi­gnée. Dans ces condi­tions, res­ter chez soi me pa­raît ini­ma­gi­nable. Quand on en­tame un com­bat, on le mène jus­qu’au bout. »

Tho­mas Gal­lay, in­gé­nieur en mi­cro­tech­no­lo­gies, clame son in­no­cence. Il tra­vaillait pour le compte d’une so­cié­té gre­no­bloise à Es­saoui­ra, sur la côte at­lan­tique du Ma­roc lors­qu’il a été ar­rê­té en fé­vrier 2016.

Ses en­nuis ont dé­bu­té lors­qu’il s’est lié d’ami­tié avec un jeune Ma­ro­cain, in­ter­mé­diaire en im­mo­bi­lier. Le Fran­çais lui a no­tam­ment prê­té 70 €, somme cor­res­pon­dant à des frais mé­di­caux et au paie­ment d’une par­tie de son loyer se­lon la dé­fense. Se­lon la po­lice ju­di­ciaire ma­ro­caine, l’ar­gent a ser­vi à fi­nan­cer des ac­ti­vi­tés ter­ro­ristes. Un ser­ment d’al­lé­geance à Daech a été re­trou­vé dans l’or­di­na­teur de Tho­mas Gal­lay. Ce der­nier ré­torque que son ami avait libre ac­cès à sa connexion In­ter­net. En outre, l’in­gé­nieur fran­çais, dont le sort a sus­ci­té la mo­bi­li­sa­tion de l’or­ga­ni­sa­tion hu­ma­ni­taire Hu­man Rights Watch, a si­gné des aveux en arabe, langue qu’il as­sure ne pas com­prendre.

Mais ce n’est plus sur le fond du dos­sier que sa fa­mille et son co­mi­té de sou­tien font dé­sor­mais por­ter l’es­sen­tiel de leur com­bat. Ils évoquent le droit de pur­ger sa peine en France plu­tôt que dans une pri­son étran­gère. Le 20 mai, les proches de l’in­gé­nieur ont adres­sé une lettre au chef de l’Etat de­man­dant le ra­pa­trie­ment du dé­te­nu, sans ob­te­nir de ré­ponse, ex­plique Béa­trice Gal­lay.

“EM­MA­NUEL MA­CRON N’A PAS FER­MÉ LA PORTE, RÉ­PON­DANT À L’AP­PEL AU SE­COURS D’UNE CI­TOYENNE BÉA­TRICE GAL­LAY

RE­LA­TIONS FRANCOMAROCAINES TEN­DUES

« Le pas­sé ne peut être dé­fait, constate-t-elle, en fai­sant al­lu­sion au ver­dict. Nous sommes main­te­nant dans un cadre ad­mi­nis­tra­tif. Il s’agit d’ap­pli­quer la conven­tion entre deux Etats. Rien de plus. » Mais le dos­sier de trans­fè­re­ment (chan­ge­ment du lieu de dé­ten­tion) semble dans l’im­passe mal­gré la de­mande de la fa­mille et des avo­cats du jeune homme dé­po­sée en fé­vrier 2017 au­près des au­to­ri­tés ma­ro­caines.

Il faut dire que l’af­faire Gal­lay dé­passe lar­ge­ment le strict cadre de la pro­cé­dure pé­nale, tant les re­la­tions entre Ra­bat et Paris, par­te­naires dans la lutte an­ti­ter­ro­riste, sont mar­quées par de fortes tur­bu­lences ces der­nières an­nées. La ma­nière dont sont conduites plu­sieurs pro­cé­dures ju­di­ciaires ini­tiées en France, à com­men­cer par l’af­faire Ben Bar­ka (l’op­po­sant en­le­vé devant la bras­se­rie pa­ri­sienne Lipp en 1965) ou, plus ré­cem­ment, en 2015, la plainte pour tor­tures vi­sant le chef des ser­vices de ren­sei­gne­ment, ir­ritent au plus haut point le gou­ver­ne­ment ma­ro­cain et l’en­tou­rage du roi Mo­ham­med VI.

Béa­trice Gal­lay(ici au Ma­roc en 2017) a réus­si à ren­con­trer Em­ma­nuel Ma­cron sa­me­di pour de­man­der son sou­tien à sa de­mande de trans­fè­re­ment en France de son fils, Tho­mas (à droite), dé­te­nu au Ma­roc.

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