Jo­na­thann Daval face à sa belle-fa­mille

Jo­na­thann Daval, mis en exa­men pour le meurtre de sa femme, Alexia, ac­cuse les membres de sa bel­le­fa­mille de com­plot. Il est confron­té au­jourd’hui à cha­cun d’entre eux.

Le Parisien (Val de Marne) - - LA UNE - PAR LOUISE COLCOMBET (AVEC GEOF­FROY TOMASOVITCH)

IL Y A EU LE TEMPS de la mise en scène, ce­lui des aveux et en­fin ce re­vi­re­ment spec­ta­cu­laire, fin juin : non, Jo­na­thann Daval ne se­rait pas le meur­trier de sa femme, se­lon ses dires, mais un simple exé­cu­tant au ser­vice de sa belle-fa­mille. Celle-ci se­rait sou­dée par un pacte dia­bo­lique vi­sant à pro­té­ger Gré­go­ry Gay, l’autre gendre des pa­rents d’Alexia et vé­ri­table au­teur de l’étran­gle­ment, sur­ve­nu lors d’un dî­ner à Gray (Haute-Saône) le 27 oc­tobre 2017.

Jean-Pierre Fouillot, lui, au­rait vé­hi­cu­lé le ca­davre de sa propre fille avant que Jo­na­thann ne le trans­porte do­ci­le­ment le len­de­main ma­tin dans un bois. Stéphanie, soeur de la vic­time, au­rait fait pres­sion sur lui, no­tam­ment pour mettre en scène la dis­pa­ri­tion… Une ver­sion « gro­tesque », ré­pètent de­puis des mois les par­ties ci­viles, mais à la­quelle s’ac­croche le mis en exa­men.

di­ra-t-il au­jourd’hui, confron­té, un par un, à ceux qu’il ac­cuse du pire ? Au­ra-t-il l’au­dace de ré­ité­rer ses at­taques en les re­gar­dant l’un après l’autre « dans le blanc des yeux », se­lon l’ex­pres­sion de Me Gilles-Jean Portejoie, avo­cat d’une des par­ties ci­viles ? Tous les ac­teurs de ce dossier s’ac­cordent à le dire : cette ma­ti­née s’an­nonce cru­ciale. « C’est un mo­ment clé et nous n’ex­cluons rien », dit le propre avo­cat de Daval, Me Ran­dall Sch­wer­dorf­fer. « Ce­la va être très violent d’un point de vue émo­tion­nel car ils étaient ex­trê­me­ment proches de lui, dé­taille Me Jean-Marc Flo­rand, avo­cat d’Isa­belle et JeanPierre Fouillot, les pa­rents d’Alexia. Mais si cet élec­tro­choc ne fonc­tionne pas, sa ver­sion risque de se cris­tal­li­ser. » Son confrère, Me Portejoie, qui en­ta­me­ra la ma­ti­née en ac­com­pa­gnant Gré­go­ry Gay, puis Stéphanie, l’épouse de ce der­nier, abonde : « Si nous ne parvenons pas à faire bou­ger les lignes main­te­nant, je crains fort qu’on n’ar­rive aux assises avec une ver­sion figée. »

Convo­qué le 29 no­vembre par le juge, l’in­for­ma­ti­cien de 34 ans était pour­tant res­té cam­pé sur ses po­si­tions. En­vers et contre tout. Se­lon nos in­for­ma­tions, non seule­ment au­cun élé­ment n’étaye sa ver­sion, mais des vé­ri­fi­ca­tions tech­niques ef­fec­tuées ré­cem­ment la contre­disent. Face

“SI

NOUS NE PARVENONS PAS À FAIRE BOU­GER LES LIGNES MAIN­TE­NANT, JE CRAINS FORT QU’ON N’AR­RIVE AUX ASSISES AVEC UNE VER­SION FIGÉE Me GILLES-JEAN PORTEJOIE, AVO­CAT DE GRÉ­GO­RY ET STÉPHANIE GAY

EX­PLO­RER LA PISTE D’UNE COM­PLI­CI­TÉ

aux ques­tions du juge, Jo­na­thann Daval se­rait res­té éva­sif.

Di­rec­te­ment mis en cause, Gré­go­ry Gay, qui a éplu­ché le dossier, a lis­té avec son avo­cat de nom­breux points à éclair­cir : quid de cet aé­ro­sol qui a vrai­sem­bla­ble­ment ser­vi à brû­ler le corps d’Alexia, dont le ca­pu­chon a été re­trou­vé près du ca­davre, et la bombe, en­ta­mée, chez Jo­na­thann ? Pour­quoi avoir consi­gné dans son or­di­na­teur, plus d’une se­maine après les faits, un dé­rou­lé pré­cis de la ma­ti­née — une fable des­ti­née à faire croire à une dis­pa­ri­tion ? Pour­quoi Alexia avait-elle in­gé­ré dans les mois pré­cé­dents des mo­lé­cules dan­ge­reuses, l’une in­ter­dite de­puis 2013, et une autre (Tra­maQue dol) qui ne lui a ja­mais été pres­crite ? Que fai­sait un che­veu de Mar­tine Hen­ry, mère de Jo­na­thann, dans le coffre de la voi­ture où a sé­jour­né le ca­davre ?

« Nos clients sont à la fois meur­tris et ex­trê­me­ment dé­ter­mi­nés, ils n’ac­cep­te­ront pas que le dossier se re­ferme sans pur­ger la piste d’une com­pli­ci­té ou d’une pré­mé­di­ta­tion », pré­vient Me Portejoie. Une thèse qui n’est pas sans sé­duire Me Flo­rand. « Jo­na­thann Daval tient au­jourd’hui une po­si­tion éton­nante pour quel­qu’un qui en­court la per­pé­tui­té… Il est le seul à connaître l’en­tière vé­ri­té mais ne la donne pas. Pour­quoi ? Cherche-t-il à pro­té­ger quel­qu’un ? »

Face à tant de scep­ti­cisme, l’en­tou­rage fa­mi­lial de Jo­na­thann a choi­si de faire bloc. Cédric, son grand frère, se­ra pré­sent au pa­lais de justice ce ma­tin, « pour lui mon­trer qu’on le sou­tient. Ceux qui le jugent au­jourd’hui ne le connaissent pas », répète ce­lui qui « croit à 100 % » à sa ver­sion. Mais ses aveux du 31 jan­vier ? Cédric Daval les conçoit : « Après qua­rante-huit heures de garde à vue, on peut cra­quer … » com­mente-t-il, per­sua­dé que son pe­tit frère a pu su­bir l’em­prise de sa belle-fa­mille. « Au par­loir, il m’a dit un jour qu’il com­pre­nait com­ment les gens pou­vaient se faire en­rô­ler par Daech », lâche ain­si Cédric Daval, qui conclut : « On ne bais­se­ra pas les bras. »

Gray (Haute-Saône) , le 8 no­vembre 2017. Les pa­rents d’Alexia, Jean-Pierre et Isa­belle Fouillot, sa soeur, Stéphanie, et son beau-frère, Gré­go­ry Gay, en­tourent Jo­na­thann Daval le jour de l’en­ter­re­ment de la jeune femme.

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