« Nous sa­vons que des armes à feu peuvent cir­cu­ler »

Ben­ja­min Gri­veaux, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment

Le Parisien (Val de Marne) - - FAIT DU JOUR - PROPOS RE­CUEILLIS PAR ÉRIC PEL­LE­TIER ET PAU­LINE THÉVENIAUD

À L’ÉLY­SÉE, on as­sure que cer­tains ma­ni­fes­tants viennent à Pa­ris avec l’in­ten­tion « de cas­ser et de tuer ».

Sur quoi vous fon­dez-vous pour te­nir un tel dis­cours ?

BEN­JA­MIN GRI­VEAUX. D’abord sur ce qu’il s’est pas­sé sa­me­di der­nier à Pa­ris. Des per­sonnes sont ve­nues avec des barres de fer, des mar­teaux, des haches, et même, à la suite d’un pillage, une tron­çon­neuse. Quand on a ce type de ma­té­riel, on ne vient pas pour ma­ni­fes­ter. On vient pour cas­ser, brû­ler, piller, frap­per avec la vo­lon­té de tuer des re­pré­sen­tants de l’ordre public.

La justice n’a pas re­te­nu de telles qua­li­fi­ca­tions…

Vous par­lez des 378 per­sonnes pla­cées en garde à vue. Des in­ves­ti­ga­tions sont en cours sur d’autres faits.

Les ser­vices de ren­sei­gne­ment craignent-ils la pré­sence d’armes à feu ?

Oui, nous sa­vons que de telles armes peuvent cir­cu­ler. De­puis le dé­but de ces évé­ne­ments, nous dé­plo­rons quatre morts et des cen­taines de bles­sés, y com­pris des ly­céens. Les Gi­lets jaunes sin­cères ne peuvent pas ser­vir de bou­cliers hu­mains. Ceux qui se trouvent dans ces ma­ni­fes­ta­tions ne per­met­tront pas aux forces de l’ordre de pro­cé­der aux in­ter­pel­la­tions. Nous en ap­pe­lons donc à la res­pon­sa­bi­li­té de cha­cun.

… C’est-à-dire à ne pas se rendre à Pa­ris ?

C’est le con­seil que je don­ne­rais.

Avez-vous re­vu le dis­po­si­tif après l’échec du main­tien de l’ordre la se­maine der­nière ?

Nos forces ont souf­fert, elles ont été cou­ra­geuses, elles ont mis un terme à la vio­lence et au désordre. L’ob­jec­tif nu­mé­ro 1 reste de pré­ser­ver des vies hu­maines. Nous au­rons des forces plus nom­breuses et plus mo­biles pour que les cas­seurs n’aient pas le temps d’in­ter­ve­nir.

Plus de mo­bi­li­té sup­pose plus de contacts, donc plus de risques…

A des at­taques vio­lentes, il y au­ra une ré­ponse pro­por­tion­née et dé­ter­mi­née. J’ap­pelle en outre à la res­pon­sa­bi­li­té des té­lé­vi­sions sur la dif­fu­sion des images en di­rect afin de ne pas don­ner la po­si­tion des forces de l’ordre.

Les points de ras­sem­ble­ments se concentrent au­tour de l’Ely­sée. voyez-vous une stra­té­gie ?

Evi­dem­ment, c’est or­ga­ni­sé. Des élé­ments po­li­ti­sés et ra­di­ca­li­sés es­saient d’ins­tru­men­ta­li­ser le mou­ve­ment. Ceux-là veulent ren­ver­ser le pou­voir.

En se­rait-on là si vous aviez pris plus tôt la me­sure du mou­ve­ment ?

Je crains que la co­lère ne date pas d’il y a trois se­maines.

Ne re­gret­tez-vous pas d’avoir mar­te­lé « on main­tient le cap » ? Ce­la a contri­bué à tendre la si­tua­tion…

On a fait une er­reur dans la ma­nière dont cette hausse de la fis­ca­li­té éco­lo­gique a été vé­cue, dans un contexte où la po­li­tique même du gou­ver­ne­ment est de bais­ser les im­pôts. Sans doute avait-on mal me­su­ré à la fois le ras-le-bol fis­cal et le sen­ti­ment d’aban­don dans cer­tains ter­ri­toires.

Beau­coup vous per­çoivent comme ar­ro­gants…

Des mots ont bles­sé. On en a par­fai­te­ment conscience.

Mar­lène Schiap­pa et vous évo­quiez mer­cre­di ma­tin la pos­si­bi­li­té de re­ve­nir, après exa­men, sur la ré­forme de l’ISF. Le gou­ver­ne­ment est-il ga­gné par la fé­bri­li­té ?

Non. Et ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai sim­ple­ment rap­pe­lé, mot pour mot, le texte vo­té il y a un an. Il est nor­mal que l’on veuille éva­luer ce qu’on fait.

Pour­quoi avoir par­lé de « sus­pen­sion » puis « d’annulation » de la hausse des taxes sur le car­bu­rant ?

Le bon mot, c’est « annulation ». Et c’est ce­lui-là que les Fran­çais doivent re­te­nir : il n’y au­ra pas de hausse des taxes au 1er jan­vier.

Est-ce le signe d’un désac­cord entre Ma­ti­gnon et l’Ely­sée ?

Ceux qui pro­pagent ce genre de ru­meurs au­jourd’hui ne sont pas à la hau­teur du mo­ment his­to­rique que l’on est en train de vivre.

Dans pa­reil mo­ment, il est im­por­tant de sa­voir si le couple exé­cu­tif est as­sez so­lide et sou­dé…

La ré­ponse est évi­dem­ment oui. Et ce­la s’est tra­duit au Par­le­ment. Le Pre­mier mi­nistre a eu, mer­cre­di, un sou­tien clair et mas­sif de la ma­jo­ri­té. Pas une seule voix n’a man­qué.

Al­lez-vous pou­voir conti­nuer à ré­for­mer avec cette équipe gou­ver­ne­men­tale ?

Cette équipe est éprou­vée de­puis le pre­mier jour, car il y a une at­tente très forte du pays. On sa­vait que ce se­rait dif­fi­cile.

Pour­quoi le pré­sident de la Ré­pu­blique reste-t-il muet ?

Il de­vrait s’ex­pri­mer pro­chai­ne­ment.

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