«Si­mon a fait son de­voir jus­qu’au bout»

Le maire du vil­lage sa­voyard dont Si­mon Car­tan­naz était ori­gi­naire rend hom­mage à ce pom­pier de 28 ans, mort sa­me­di à Pa­ris avec un col­lègue, une tou­riste et une ri­ve­raine.

Le Parisien (Val de Marne) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIAL SERGE PUEYO À ENTREMONT-LE-VIEUX (SA­VOIE) ET NI­CO­LAS JAC­QUARD MAÏOR­GA, LA SOEUR DE NA­THA­NAËL JOS­SE­LIN, SUR FA­CE­BOOK

DES « HÉ­ROS », morts pour leur idéal, aux­quels leurs proches ont ren­du un vi­brant hom­mage. Si­mon Car­tan­naz, ca­po­ral­chef de 28 ans, et Na­tha­naël Jos­se­lin, pre­mière classe de 27 ans, sont les deux pom­piers de Pa­ris dé­cé­dés sa­me­di ma­tin dans l’ex­plo­sion de la rue de Tré­vise, dans le IXe ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

Le pre­mier était en tête, alors qu’ils s’ap­prê­taient à faire éva­cuer l’im­meuble où une fuite de gaz avait été dé­tec­tée. L’ex­plo­sion leur a été fa­tale. Un drame dont le bi­lan s’est alour­di hier après que le corps d’une ré­si­dente de l’im­meuble dé­vas­té a été re­trou­vé dans les dé­combres. Cette femme ha­bi­tait au 1er étage, au-des­sus de la bou­lan­ge­rie. Avec la tou­riste es­pa­gnole qui lo­geait dans l’hô­tel Mer­cure voi­sin, le nombre de morts s’élève dé­sor­mais à quatre, neuf bles­sés se trou­vant tou­jours dans un état grave. Alors que l’en­quête de po­lice pour dé­ter­mi­ner l’ori­gine de la fuite de gaz est en cours, on ignore d’ailleurs en­core si elle a été pro­duite par un pro­blème de ré­seau, une er­reur hu­maine liée à des tra­vaux ou par la dé­faillance d’un ap­pa­reil fonc­tion­nant au gaz. Dans tous les cas, ce type de si­nistres est l’une des han­tises des sa­peurs-pom­piers, quand bien même ils sont ex­pé­ri­men­tés, comme l’étaient Si­mon Car­tan­naz et Na­tha­naël Jos­se­lin. Quand il n’était pas de garde à Pa­ris, le pre­mier ré­si­dait à Entremont-le-Vieux, pe­tit bourg de Sa­voie si­tué au sud de Cham­bé­ry, où tous les ha­bi­tants le pleurent dé­sor­mais. « Si­mon était un exemple pour la jeu­nesse, en­cense le maire, Jean-Paul Cla­ret, les larmes aux yeux. Il a fait son de­voir jus­qu’au bout. »

Chez les Car­tan­naz, on est pom­pier de père en fils ou presque. Son père, Alain, l’a été, comme son oncle et sa tante, ain­si que sa soeur Pau­line, 25 ans, qui exerce au centre de se­cours lo­cal, où Si­mon était pom­pier vo­lon­taire sur ses jours de re­pos. C’est sou­vent le cas pour les pom­piers de Pa­ris ori­gi­naires de pro­vince. Et Na­tha­naël Jos­se­lin ne fai­sait pas ex­cep­tion à la règle. Ori­gi­naire de l’Yonne, il avait fait ses armes de pom­pier au centre de se­cours de Brie­non­sur-Ar­man­çon à par­tir de 2007, une ca­serne où il était éga­le­ment tou­jours vo­lon­taire.

Avec sa com­pagne, Océane, il était pa­pa d’un pe­tit Ké­lyan âgé de 4 ans. « Mon homme n’est plus, lui a ren­du pu­bli­que­ment hom­mage cette der­nière sur sa page Fa­ce­book. Notre hé­ros, le su­per­hé­ros de notre fils. Pre­nez soin de chaque per­sonne de votre en­tou­rage. Dites à vos proches com­bien vous les ai­mez car on ne sait ja­mais ce qu’il peut ar­ri­ver », at-elle ex­hor­té.

DES POM­PIERS EX­PÉ­RI­MEN­TÉS

« Au­jourd’hui est un jour hor­rible pour nous tous, un vide abys­sal a en­va­hi nos corps et nos coeurs, a confié de son cô­té Maïor­ga, la soeur de Na­tha­naël, tou­jours sur les ré­seaux so­ciaux. Cer­tains di­ront que tu es mort pour ton mé­tier, se­lon la de­vise Sau­ver ou périr (NDLR : celle des pom­piers de Pa­ris). Mal­gré toutes mes larmes, je reste persuadée que tu es par­ti en éclaireur. »

Tou­chés par le drame, près de 5 000 in­ter­nautes ont par­ti­ci­pé à une ca­gnotte en ligne pour les deux pom­piers, sur le site le Pot com­mun, abon­dée hier soir à plus de 150 000 €.

La troi­sième vic­time ré­per­to­riée, Lau­ra Sanz Nom­be­la, était, elle, ma­man de trois en­fants de 3, 5 et 10 ans, comme l’a rap­por­té la presse es­pa­gnole. Cais­sière dans un su­per­mar­ché de la ré­gion de To­lède, elle pro­fi­tait d’un week-end à Pa­ris « en amou­reux » avec son ma­ri. Griè­ve­ment bles­sé, ce der­nier a sur­vé­cu. « Nous sommes tous abat­tus », a ré­agi le maire de la pe­tite com­mune où la fa­mille ré­side, à une dou­zaine de ki­lo­mètres de To­lède. « Tou­jours sou­riante », elle était « très gen­tille, en per­ma­nence de bonne hu­meur », ont té­moi­gné cer­tains ha­bi­tués de son su­per­mar­ché.

Se­lon le mi­nistre de l’Edu­ca­tion es­pa­gnol, une cel­lule psy­cho­lo­gique va être mise en place dans l’éta­blis­se­ment où sont sco­la­ri­sés ses en­fants. De la même ma­nière, rue de Tré­vise et dans la mai­rie du IXe ar­ron­dis­se­ment, si­tuée à quelques cen­taines de mètres, un im­por­tant sou­tien aux vic­times et aux ha­bi­tants a été mis sur pied.

Hier, près de 12 im­meubles tou­chés par le si­nistre étaient tou­jours in­ac­ces­sibles. « Leur struc­ture a bou­gé, et cer­tains plan­chers se sont même ef­fon­drés », a dé­taillé la pré­fec­ture de po­lice, ex­pli­quant à leurs oc­cu­pants qu’il était hors de ques­tion de les ré­in­té­grer pour l’ins­tant, et même de re­tour­ner y cher­cher quelques af­faires per­son­nelles.

“CER­TAINS

DI­RONT QUE TU ES MORT POUR TON MÉ­TIER, SE­LON LA DE­VISE SAU­VER OU PÉRIR. […] JE RESTE PERSUADÉE QUE TU ES PAR­TI EN ÉCLAIREUR

UNE CA­GNOTTE DE SO­LI­DA­RI­TÉ

Si­mon Car­tan­naz était pom­pier, comme son père, son oncle et sa tante avant lui. Sa soeur, elle, exerce en Haute-Sa­voie, où ha­bite la fa­mille.

Na­tha­naël Jos­se­lin, 27 ans, était tou­jours pom­pier vo­lon­taire dans sa ca­serne de l’Yonne.

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