Les Es­poirs ont joué pour Ni­co­las Chau­vin

L’équipe des es­poirs du Stade Fran­çais a dis­pu­té, hier, à Pau son pre­mier match de­puis le tra­gique ac­ci­dent qui a coû­té la vie, en dé­cembre, à son jeune joueur de 18 ans. Re­por­tage.

Le Parisien (Val de Marne) - - SPORTS - DE NOTRE EN­VOYÉ SPÉ­CIALE DA­VID OPOCZYNSKI À PAU (PY­RÉ­NÉES-ATLANTIQUES)

RUG­BY. L’équipe des Es­poirs du Stade Fran­çais a dis­pu­té, hier à Pau, son pre­mier match de­puis le tra­gique ac­ci­dent qui a coû­té la vie, en dé­cembre, à son joueur de 18 ans. Nous y étions.

ve­nu du coeur, des tripes, presque de l’âme. « Pa­ris ! » hurlent les es­poirs du Stade Fran­çais au terme d’un échange in­tense, en cercle, pour écou­ter les mots de Pas­cal Pa­pé, leur res­pon­sable. Un peu plus d’un mois après le ter­rible pla­quage et la frac­ture d’une ver­tèbre cer­vi­cale qui ont coû­té la vie à Ni­co­las Chau­vin, leur par­te­naire de 18 ans, sur la pe­louse de Bègles (Gi­ronde), les Pa­ri­siens re­trouvent la com­pé­ti­tion. Peu im­porte la dé­faite concé­dée, hier, à Pau, lea­der de la poule (24-10). L’es­sen­tiel est évi­dem­ment ailleurs.

« Notre but au­jourd’hui, c’était de re­trou­ver le ter­rain, de se re­trou­ver en tant qu’équipe, de re­jouer au rug­by et de re­prendre du plai­sir, confie Pas­cal Pa­pé, juste après la ren­contre. Là-des­sus, l’ob­jec­tif est at­teint. » Loin de la crise qui se­coue ac­tuel­le­ment l’équipe pre­mière*, l’émo­tion est forte du cô­té de Pau. Dès l’échauf­fe­ment, cer­tains Pa­ri­siens ar­borent en ef­fet le tee-shirt avec le vi­sage de Ni­co­las Chau­vin. C’est avec un maillot sans flo­cage que Louis Suaud évo­lue. Le nu­mé­ro 6, du jeune joueur dé­cé­dé à Bor­deaux, n’ap­pa­raî­tra plus d’ici la fin de sai­son. « C’est aus­si par­ti­cu­lier, même dans l’ap­proche du match, té­moigne Théo Ri­chard, le ca­pi­taine pa­ri­sien. Il y a des mots qu’on ne peut plus en­vi­sa­min. ger. Il y a aus­si des joueurs qu’il a fal­lu plus ou moins prendre sous son aile… Ce n’est quand même pas évident. J’ai 21 ans et ce sont des choses aux­quelles on ne de­vrait pas être con­fron­té. C’était as­sez dé­rou­tant. » Ai­dés par les psy­cho­logues mis à leur dis­po­si­tion par le club, les Pa­ri­siens mettent aus­si en avant le rôle tout par­ti­cu­lier te­nu par Phi­lippe Chau­vin, le père de Ni­co­las. « Le mo­ment le plus fort, c’est quand il est ve­nu dans le ves­tiaire à Jean-Bouin, à la fin du match où un hom­mage a été ren­du à Ni­co­las, re­prend Théo Ri­chard. C’était poi­gnant et bluf­fant de la part des pa­rents de voir l’image qu’ils vou­laient qu’on garde de leur fils : ne pas être ran­cu­nier, ne pas en vou­loir à la terre en­tière. Ni­co­las est par­ti en pra­ti­quant sa pas­sion et il faut qu’on garde de lui une image très po­si­tive. Son pa­pa l’a dit sans avoir la voix qui tremble, sûr de ses mots. Son dis­cours a ai­dé toute l’équipe à re­par­tir de l’avant. »

UNE ÉPREUVE QUI LES LIE À JA­MAIS

Une se­maine plus tard, à la veille des va­cances de Noël, Phi­lippe Chau­vin a re­pris la pa­role lors d’un dî­ner avec le groupe des es­poirs. « Il nous a beau­coup ai­dés dans la com­mu­ni­ca­tion, sou­ligne Pa­pé. Et je le re­mer­cie. Ça a per­mis à cer­tains joueurs de sor­tir le truc en se di­sant : si le pa­pa est comme ça, moi je ne peux pas avoir la tête au fond du seau. » Il n’a mal­gré tout pas été simple de re­prendre le che­min de l’en­traî­ne­ment la se­maine pas­sée.

« Il y avait une cer­taine ap­pré­hen­sion du contact, sou­ligne Pa­pé. La pre­mière séance de contact qu’on a faite, c’était du hand, pour ré­ap­prendre à ai­mer un peu la di­men­sion phy­sique. » Mais, très vite, les joueurs ont ré­pon­du pré­sent. « Ils se sont vrai­ment re­trou­vés sur le lien de l’équipe, re­marque Pa­pé. On les a main­te­nus dans un cli­mat de fra­ter­ni­té. Et ça se voyait la se­maine der­nière que les ga­mins avaient vrai­ment en­vie de re­jouer au rug­by. »

A Pau, Théo Ri­chard et ses par­te­naires sont par­ve­nus à « pas­ser à autre chose, avec tout le res­pect qu’on a pour Ni­co­las ». Et Pa­pé, qui se voit comme un « grand frère » de ses troupes, conclut, ému : « Main­te­nant, il faut les ai­der à re­prendre une vie de jeunes hommes. Mais ce qui est cer­tain, c’est que tout ça est une épreuve de vie, ter­rible, mais qui nous lie à ja­mais. »

*Se­lon RMC , Fa­brice Lan­dreau, un an­cien du Stade Fran­çais, pour­rait ar­ri­ver dans le club de la ca­pi­tale pour oc­cu­per un poste à res­pon­sa­bi­li­té.

Pau (Py­ré­nées-Atlantiques), hier. A l’is­sue de leur pre­mier match sans leur co­pain Ni­co­las Chau­vin, les jeunes Pa­ri­siens se sont re­grou­pés au­tour de Pas­cal Pa­pé, leur res­pon­sable.

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