LE GRAND MA­LAISE

L’af­faire Ben­ja­min Gri­veaux marque un vé­ri­table tournant dans la vie po­li­tique fran­çaise. La fron­tière entre la vie pri­vée et la vie pu­blique n’a ja­mais été aus­si floue.

Le Parisien (Val de Marne) - - LA UNE - PAR DA­VID DOUKHAN

Mu­ni­ci­pales à Pa­ris

A la suite de la dif­fu­sion sur les ré­seaux so­ciaux de vi­déos in­times à ca­rac­tère sexuel, le can­di­dat LREM s’est re­ti­ré de la course à la mai­rie de Pa­ris. La qua­si-to­ta­li­té de la classe po­li­tique a dé­non­cé le pro­cé­dé uti­li­sé pour dé­sta­bi­li­ser Ben­ja­min Gri­veaux. L’avo­cat de l’ex-can­di­dat a an­non­cé un dé­pôt de plainte.

C’EST UN NOU­VEAU monde, mais pas ce­lui qu’Em­ma­nuel Ma­cron ap­pe­lait de ses voeux. Une vie po­li­tique où dé­sor­mais tous les coups sont per­mis. Y com­pris per­son­nels, y com­pris sur la base de ru­meurs, sans au­cune vé­ri­fi­ca­tion ou en­quête. Cha­cun, en l’oc­cur­rence l’ac­ti­viste russe Pio­tr Pav­lens­ki (lire ci-contre), peut dé­sor­mais s’im­mis­cer via les ré­seaux so­ciaux dans une cam­pagne élec­to­rale et la faire bas­cu­ler. Ben­ja­min Gri­veaux l’a ap­pris à ses dé­pens hier. Contraint de re­non­cer à sa can­di­da­ture à Pa­ris à cause de la dif­fu­sion d’une vi­déo à ca­rac­tère sexuel.

De quoi don­ner des sueurs froides à l’en­semble de la clasles se po­li­tique fran­çaise. Tout l’échi­quier ou presque s’est ému à l’unis­son contre la di­vul­ga­tion d’échanges pri­vés pour des­cendre en flammes Ben­ja­min Gri­veaux. Les autres prin­ci­paux can­di­dats à Pa­ris sont pres­te­ment in­ter­ve­nus pour condam­ner les mé­thodes ayant en­traî­né le re­trait de leur ad­ver­saire en s’at­ta­quant à la sphère pri­vée.

Jean-Luc Mé­len­chon a fus­ti­gé sans ré­serve la pu­bli­ca­tion « odieuse » « d’images in­times pour dé­truire un ad­ver­saire […] Non, tous les coups ne sont pas per­mis », a-t-il ajou­té dans un mes­sage pu­blié sur Twit­ter, s’adres­sant à ses mi­li­tants : « In­sou­mis, ne par­ti­ci­pez d’au­cune fa­çon au rè­gle­ment de compte dont Ben­ja­min Gri­veaux fait l’ob­jet ». Seule Ma­rine Le Pen ap­porte une nuance en met­tant en cause la lé­gè­re­té de l’ex-can­di­dat LREM à Pa­ris. La pa­tronne du RN juge que Ben­ja­min Gri­veaux s’est « in­con­tes­ta­ble­ment com­por­té de ma­nière ir­res­pon­sable », mais elle s’est aus­si in­ter­ro­gée sur un pos­sible « coup mon­té ».

Pour­quoi une telle le­vée de bou­cliers de la qua­si-to­ta­li­té de la classe po­li­tique ? Parce que les élus de tous bords sentent bien que la France a chan­gé. Les ques­tions de vie pri­vée ne sont plus sanc­tua­ri­sées comme au temps de Fran­çois Mit­ter­rand.

La « rue du Cirque », et la ré­vé­la­tion de la liai­son de Fran­çois Hol­lande avec Ju­lie Gayet, était un aver­tis­se­ment, nous sommes pas­sés à la vi­tesse su­pé­rieure avec la dis­qua­li­fi­ca­tion de Gri­veaux. Mais était-il le seul vi­sé ? Un ha­bi­tué des coups pen­dables dans les cam­pagnes élec­to­raa­na­lyse la si­tua­tion : « En dé­gom­mant Gri­veaux, tu abîmes Ma­cron. Peut-être y a-til des ar­rière-pen­sées, oui. »

Em­ma­nuel Ma­cron ima­gi­nait des gros titres sur la baisse du chô­mage ou son plai­doyer éco­lo de­puis le mont Blanc. Las, il au­ra l’ex­plo­sion en vol de son cham­pion à Pa­ris. « Voi­là le pré­sident une fois de plus per­cu­té. Son agen­da est ba­layé par ce scan­dale », constate et se dé­sole un dé­pu­té de la ma­jo­ri­té. Iro­nie de l’his­toire, le chef de l’Etat a mis de longues se­maines avant d’ex­pri­mer pu­bli­que­ment un soutien à son an­cien lieu­te­nant. Il avait choi­si de lais­ser le dar­wi­nisme faire son of­fice entre Gri­veaux et Villa­ni. Sauf que, fin jan­vier, il a chan­gé d’avis et a clai­re­ment mon­tré sa pré­fé­rence. Un conseiller mi­nis­té­riel dé­crypte : « Le pro­blème c’est que, après avoir at­ten­du très long­temps, le pré­sident avait fini par, en­fin, ex­pri­mer son soutien à Ben­ja­min lors­qu’il avait re­çu Villa­ni pour lui de­man­der de se ral­lier. Donc main­te­nant, for­cé­ment, la dé­route donne le sen­ti­ment qu’il ne sait pas choi­sir les hommes. »

En dé­gom­mant Gri­veaux, tu abîmes Ma­cron. Peut-être y a-t-il des ar­rière-pen­sées, oui.

UN CONNAIS­SEUR DE LA VIE PO­LI­TIQUE

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