«Ro­na­né­tai­tu­né­lè­ve­com­meo­naime tan­te­na­voir»

Ex-prin­ci­pale du col­lège de Con­ner­ré (Sarthe), où la vic­time de l’at­ten­tat de l’Opé­ra a pas­sé sa jeu­nesse, évoque avec émo­tion ses sou­ve­nirs de Ro­nan Gos­net.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAITSAITS DIVERS - DENOTREENVOYÉSPÉCIAL JEANMARCDUCOSÀCONNERRÉ(SARTHE)

«UNENFANTSAGE qui s’in­té­res­sait à tout et avait un bon es­prit. » C’est ain­si que Su­zanne Ja­li­nier, 84 ans, an­cienne prin­ci­pale du col­lège Fran­çois-Gru­dé et ex­maire du bourg de Con­ner­ré, ber­ceau de la course au­to­mo­bile et des rillettes, dé­crit Ro­nan Gos­net, 29 ans. Cet in­gé­nieur in­for­ma­ti­cien, un en­fant du pays sar­thois entre bo­cage et bonne pâ­ture, a été tué sa­me­di dans l’at­taque ter­ro­riste me­née parK­ham­zatA­zi­mov,20ans,entre les rues Mon­si­gny et Mar­sol­lier à Pa­ris (II e).

« Il était at­ten­tif à tout. C’était un élève comme on aime tant en avoir. Un en­fant gé­né­reux qui sa­vait don­ner et re­ce­voir », se sou­vient Su­zanne, ex-pro­fes­seur de ma­thé­ma­tiques dont la mé­moire est in­tacte. Et elle s’en sou­vient d’au­tant mieux que Ro­nan avait eu les fa­veurs de la com­mune en 2003 lors­qu’elle était pre­mier ma­gis­trat de Con­ner­ré. « Il avait ob­te­nu un deuxième prix au concours na­tio­nal de la Ré­sis­tance au ni­veau dé­par­te­men­tal et nous avions or­ga­ni­sé une cé­ré­mo­nie avec les an­ciens com­bat- tants », té­moigne la vieille dame. Elle se sou­vient que Ro­nan avait fait une dis­ser­ta­tion sur un ré­seau de ré­sis­tance ins­tal­lé à Con­ner­ré, ga­gnant, grâce à son tra­vail, une sé­rie de livres d’his­toire, dont un consa­cré à la Ré­sis­tance dans la Sarthe.

« Ro­nan avait de l’in­té­rêt pour l’his­toire, ça se voyait. Il po­sait les bonnes ques­tions. Je garde le sou­ve­nir d’un ado­les­cent agréable, doux et qui ne se met­tait pas en avant, presque trop dis­cret. Il n’était pas dans l’os­ten­ta­toire. Mais ce gar­çon avait une qua­li­té in­dé­niable : il sa­vait écou­ter », té­moigne l’ex-en­sei­gnante qui a même eu ses pa­rents, Jo­ce­lyne et Pa­trick, en classe en­semble. Eux aus­si des en­fants du pays.

Long­temps, la mère de Ro­nan a tra­vaillé dans une cé­lèbre conser­ve­rie du bourg tra­ver­sé par la pai­sible ri­vière du Dué. Un temps, le gar­çon et sa mère ont vé­cu rue de la Jat­te­rie, dans l’an­cienne mai­son d’un vieux mé­de­cin à la re­traite. « Ro­nan, c’est le fils que tout le monde veut avoir un jour. Gen­til, po­li, ser­viable, dé­voué et bon ca­ma­rade avec tout le monde », se rap­pelle le voi­sin d’en face. Ro­nan avait une soeur ca­dette, ré­pu­tée ex­cel­lente mu­si­cienne. Puis Jo­ce­lyne et Pa­trick ont di­vor­cé. Le père, tech­ni­cien, est par­ti vivre au Mans. Et la mère est res­tée à Con­ner­ré.

C’est au col­lège, en classe de sixième, que Ro­nan dé­couvre le hand­ball, la se­conde spé­cia­li­té lo­cale après les rillettes, avec un club de très bon ni­veau qui a un temps évo­lué en Na­tio­nale 3. « Comme tous les en­fants des cam­pagnes, on fait du sport pour res­ter avec ses co­pains. Après, si on est doué, la com­pé­ti­tion prend le des­sus. Ro­nan a fait trois sai­sons chez nous entre 2001 et 2004 », note Jean­Mi­chel Bo­by, pi­lier du club de Con­ner­ré, créé en 1971. « Ce n’était pas un bu­teur né. Mais il avait bon es­prit, c’est ce qui compte. Ici, on joue avant tout pour le plai­sir d’être en­semble. Un ado agréable, il n’y avait ja­mais de pro­blèmes avec lui », pré­cise en­core M. Bo­by.

Ro­nan a gran­di, il est par­ti au ly­cée, puis au Mans suivre ses études su­pé­rieures. « Et il a aban­don­né le hand­ball, comme beau­coup de jeunes qui quittent le village », re­grette ce membre fon­da­teur et di­ri­geant du club. Ro­nan s’est en­suite ins­tal­lé à Pa­ris, où il avait fon­dé une pe­tite en­tre­prise de main­te­nance in­for­ma­tique. Cha­cun se sou­vient que dans son im­meuble de la vil­la des Go­be­lins à Pa­ris (XIIIe), le jeune homme s’était oc­cu­pé avec un voi­sin d’un ha­bi­tant gra­ve­ment ma­lade qui avait du mal à se dé­pla­cer.

« C’est bien lui ça ! Ça lui res­semble par­fai­te­ment », as­sure en­core Su­zanne Ja­li­nier, bou­le­ver­sée par le dé­cès de son an­cien élève. « Bien­tôt cha­cun connaî­tra en France une per­sonne di­rec­te­ment tou­chée par un at­ten­tat », a écrit Marc, un na­tif de Con­ner­ré, sur une page du ré­seau so­cial Facebook.

De­puis le dé­but de la se­maine, les proches de Ro­nan sont à Pa­ris pour or­ga­ni­ser le re­tour de sa dé­pouille. Mais aucune date d’ob­sèques n’était en­core fixée hier soir.

« IL AVAIT UNE QUA­LI­TÉ IN­DÉ­NIABLE : IL SA­VAIT ÉCOU­TER » SU­ZANNE

Ro­nan Gos­net, 29 ans, a pas­sé toute son en­fance dans le village de Con­ner­ré (Sarthe). Ama­teur de hand­ball, il avait fait par­tie du club lo­cal.

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