Cin­q­mois sans Léa

Entre le 13 et le 14 dé­cembre, la jeune femme de 20 ans s’est mys­té­rieu­se­ment éva­po­rée à Nantes. Deux ser­vices de po­lice ju­di­ciaire, dont un spé­cia­li­sé dans les dis­pa­ri­tions in­quié­tantes, en­quêtent.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAITS DIVERS - PAR JÉ­RÉ­MIE PHAM-LÊ

«LADERNIÈRE DIS­CUS­SION que j’ai eue avec elle, c’était pour la ser­mon­ner pour des his­toires de loyers im­payés. C’est ter­rible, car nous avons d’ex­cel­lentes re­la­tions d’or­di­naire. » Pour éva­cuer son an­xié­té, Ch­ris­tophe Pe­tit­gas passe ses nuits sur les ré­seaux so­ciaux, à l’af­fût du moindre si­gna­le­ment de Léa. Le jour, il ar­pente le centre-ville de Nantes (Loire-At­lan­tique), tracts en main. Le vi­sage pou­pin de sa fille, éclai­ré par de grands yeux verts, y est im­pri­mé. « Quel­qu’un sait for­cé­ment quelque chose. Il est ini­ma­gi­nable pour moi de ne pas la re­voir ! »

Voi­là cinq mois que Léa Pe­tit­gas, 20 ans, a dis­pa­ru. Le 14 dé­cembre au ma­tin, vê­tue d’un bonnet blanc et d’une par­ka verte, es­time son père, elle au­rait quit­té son pe­tit stu­dio de Nantes. Son té­lé­phone se connecte au wi-fi de son im­meuble à 8 h 30. Une heure plus tard, il ac­croche une borne dans son quar­tier. Mais, de­puis, c’est le si­lence ab­so­lu. Léa ne se pré­sente pas à la mis­sion lo­cale, où elle tra­vaille de­puis peu. Son té­lé­phone — ja­mais re­trou­vé — cesse bru­ta­le­ment toute ac­ti­vi­té et au­cun mou­ve­ment ban­caire n’est dé­ce­lé. Ni té­moins ni ca­mé­ras de sur­veillance n’ont re­pé­ré sa fine sil­houette dans les rues nan­taises. « Il n’y a aucune ex­pli­ca­tion ra­tion­nelle à sa dis­pa­ri­tion », ré­sume le pro­cu­reur de Nantes, Pierre Sen­nès. La veille, Léa, pas­sion­née de man­gas ja­po­nais, avait dî­né avec un ami qui lui ap­pre­nait à des­si­ner : cet homme, mis hors de cause, n’a rien re­mar­qué d’in­ha­bi­tuel chez elle… Une information ju­di­ciaire pour « en­lè­ve­ment et sé­ques­tra­tion » a, de­puis, été ou­verte. Deux groupes cri­mi­nels de la po­lice ju­di­ciaire de Nantes, épau­lés par l’Of­fice cen­tral pour la ré­pres­sion des vio­lences aux per­sonnes (OCRVP), ont me­né de lourdes in­ves­ti­ga­tions : au­di­tions, ex­per­tises tech­niques, re­le­vés de traces ADN, si­gna­le­ments à l’étran­ger… En vain. Toutes les pistes res­tent ou­vertes. « Aucune n’est pri­vi­lé­giée. Au dé­part, on était vrai­ment cen­trés sur l’hy­po­thèse cri­mi­nelle d’une mau­vaise ren­contre : pré­da­teur ou af­faire cra­pu­leuse. Léa pas­sait beau­coup de temps sur les ré­seaux so­ciaux. Main­te­nant, on s’in­ter­roge », ex­plique une source po­li­cière. Des amis de Léa, dé­crite comme « rê­veuse », ont ré­cem­ment confié, lors d’au­di­tions, que celle-ci avait dé­jà évo­qué l’idée de « tout pla­quer ».

Pa­roles en l’air ou ma­laise pro­fond ? Im­pos­sible à dire. Des vé­ri­fi­ca­tions ont été ef­fec­tuées dans la ZAD de Notre-Da­medes-Landes, non loin de Nantes, là en­core sans ré­sul­tats. Le père de Léa, lui, ré­pète que sa fille n’a pas le pro­fil d’une fu­gueuse, en­core moins d’une contes­ta­taire. « Elle était pleine de vie et n’au­rait ja­mais pas­sé au­tant de temps sans en­voyer un seul mes­sage. Elle n’au­rait pas non plus aban­don­né ses deux chats et au­tant d’af­faires per­son­nelles. Elle n’a pas de res­sources. » C’est d’ailleurs les miau­le­ments in­ces­sants des deux fé­lins, af­fa­més, qui ont pous­sé une amie de Léa à don­ner l’alerte.

Les en­quê­teurs pen­saient te­nir, fin avril, une nou­velle piste. Quatre jeunes in­di­vi­dus, dont d’an­ciens flirts et des femmes, ont dis­crè­te­ment été pla­cés en garde à vue. Des contra­dic­tions sont ap­pa­rues dans leurs dé­po­si­tions ini­tiales. Ils pré­ten­daient n’avoir pas vu Léa de­puis long- temps alors que l’en­quête a dé­mon­tré le contraire. « Ils évo­luent dans un mi­lieu éso­té­rique, voire in­ter­lope, confie un po­li­cier. Ils pra­ti­quaient avec Léa des jeux de rôle. » Tous ont fi­na­le­ment été re­lâ­chés : ils sont certes dé­crits comme « illu­mi­nés », mais n’ont pas le pro­fil de cri­mi­nels.

L’en­quête re­dé­marre de zé­ro. « Les ap­pels à té­moins n’ont pas été un suc­cès. Il faut que les per­sonnes res­tent vi­gi­lantes et se manifestent si elles pensent avoir aper­çu Léa », pré­vient le pro­cu­reur de Nantes. Les po­li­ciers ont ré­en­ten­du la fa­mille et les amis de Léa, en pré­sence de psy­cho­logues de l’OCRVP, pour re­cons­ti­tuer son fil de vie. Ob­jec­tif : ré­col­ter des in­dices, même minces, et ou­vrir de nou­velles pistes.

“ELLE ÉTAIT PLEINE DE VIE ET N’AU­RAIT JA­MAIS PAS­SÉ AU­TANT DE TEMPS SANS EN­VOYER UN SEUL MES­SAGE CH­RIS­TOPHE PE­TIT­GAS, LE PÈRE DE LÉA MAU­VAISE REN­CONTRE OU FUGUE ?

4500

per­sonnes sont ins­crites chaque an­née dans le Fi­chier des per­sonnes re­cher­chées à la ca­té­go­rie PJ 22. Ces dis­pa­rus sont « sus­cep­tibles d’avoir été vic­times d’un crime ou d’un dé­lit ». C’est le cas de Léa Pe­tit­gas.

Léa, 20 ans, a dis­pa­ru en dé­cembre. De­puis, mal­gré de nom­breuses au­di­tions et plu­sieurs gardes à vue, les po­li­ciers n’ont pas réus­si à dé­cou­vrir ce qui était ar­ri­vé à la jeune femme.

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