Mé­di­ca­ments au vo­lant: unan de pri­son re­quis contre la conduc­trice

Une sep­tua­gé­naire était ju­gée hier à Brest pour avoir mor­tel­le­ment fau­ché un cy­cliste de 13 ans en 2012 dans le Fi­nis­tère.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAITSAITS DIVERS - DENOTRECORRESPONDANTE NO­RA MO­REAU À BREST (FI­NIS­TÈRE)

« LA MORT D’UN EN­FANT, c’est in­ad­mis­sible. C’est juste in­ac­cep­table », mar­tèle de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Brest (Fi­nis­tère), Na­tha­lie Le Clerc’h, sub­sti­tute du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique. Hier, la ma­gis­trate a re­quis trois ans de pri­son dont deux avec sur­sis pour ho­mi­cide in­vo­lon­taire à l’en­contre d’Odette Le Borgne, 78 ans. Compte te­nu de son « comportement odieux, tant au mo­ment du drame qu’à l’au­dience », et sur­tout du fait qu’elle sa­vait « per­ti­nem­ment », en pre­nant le vo­lant, qu’elle avait in­gé­ré des mé­di­ca­ments pré­sen­tant le pic­to­gramme de ni­veau 3. Sous le­quel est écrit noir sur blanc : « At­ten­tion, danger : ne pas conduire. Pour la re­prise de la conduite, de­man­dez l’avis d’un mé­de­cin. »

« Ma­dame Bi­han-Le Borgne, vous êtes res­pon­sable de la mort d’Owen Mor­van, voi­là six ans. Avez-vous quelque chose à dire à sa fa­mille ? » in­siste pour la troi­sième fois le pré­sident Xa­vier Ju­blin. Dans la salle d’au­dience, pleine à cra­quer, un si­lence des plus gê­nants est sui­vi d’une ré­ponse gla­çante : « Non. »

Le 27 juin 2012, cette femme alors âgée de 73 ans était au vo­lant de sa Clio à 70 km/h sur une dé­par­te­men­tale près de Les­ne­ven, quand elle a su­bi­te­ment fon­cé vers le jeune cy­cliste de 13 ans qui cir­cu­lait de­vant elle, le fau­chant mor­tel­le­ment. Un dra­me­sous­le­syeux­hor­ri­fiés­du meilleur ami d’Owen, qui avait pris un peu d’avance et avait, lui aus­si, man­qué de se faire per­cu­ter, quelques se­condes plus tard.

D’après les té­moins de la scène, alors qu’Owen « ago­ni­sait dans le fos­sé », la conduc­trice ne se se­rait pas ap­pro­chée du cy­cliste griè­ve­ment bles­sé ni même en­quise de sa san­té. « Vous au­riez de­man­dé l’heure à plu­sieurs re­prises et rap­pe­lé que vous étiez pres­sée, que vous n’aviez pas que ça à faire, pour­suit le pré­sident du tri­bu­nal. Votre ré­ac­tion n’a pas été très… nor­male. » « J’ai eu le sen­ti­ment de me ré­veiller au mo­ment du choc », lâche mal­adroi­te­ment la pré­ve­nue.

Deux heures après l’ac­ci­dent, les tests ef­fec­tués sur cette der­nière ont ré­vé­lé qu’elle n’avait pas bu d’al­cool, ni consommé de stu­pé­fiants, mais qu’elle était bel et bien sous l’em­prise de plu­sieurs mo­lé­cules psy­choac­tives. Un cock­tail mé­di­ca­men­teux qui im­pli­quait plu­sieurs pro­duits de ni­veau 2 et un de ni­veau 3 – du zol­pi­dem, un som­ni­fère puis­sant ap­pa­ren­té aux ben­zo­dia­zé­pines sou­vent com­mer­cia­li­sé en France sous le nom de Stil­nox.

« Vous aviez une forte dose : 0,14 mg/l de sang », constate le juge, per­plexe. « Vous dites avoir pris votre dose à 21 heures la veille. Il était 15 heures au mo­ment des faits, et cette sub­stance ac­tive a un dé­lai d’ac­tion très court et est éli­mi­née très vite par l’or­ga­nisme. » La sep­tua­gé­naire n’en dé­mord pas. Elle n’a « ja­mais dé­pas­sé » la dose pres­crite, et « per­sonne », pas même ses mé­de­cins ou phar­ma­ciens, ne l’a mise en garde contre les ef­fets du zol­pi­dem et les risques que pré­sente ce­lui-ci au vo­lant.

Ecoeu­rés par cette at­ti­tude, mais dignes, Ma­rie et Da­niel Mor­van, les pa­rents d’Owen, ont lu au tri­bu­nal une longue lettre. Un adieu sym­bo­lique à leur fils, mais aus­si un mes­sage pu­blic illus­trant le com­bat qu’ils mènent de­puis main­te­nant six ans avec leur as­so­cia­tion. Ob­jec­tif : faire re­con­naître comme dé­lit par la loi la consom­ma­tion au vo­lant de mé­di­ca­ments dan­ge­reux. Au même titre que l’al­cool ou le can­na­bis.«C’es­tu­ne­ques­tionde sécurité et de san­té pu­blique, at­teste leur avo­cate, Me Lé­meillat. Et le nombre de Fran­çais sous an­ti­dé­pres­seurs, an­xio­ly­tiques ou som­ni­fères est ahu­ris­sant. »

La fa­mille Mor­van es­père que le tri­bu­nal consi­dé­re­ra la prise de mé­di­ca­ments in­cri­mi­née dans cette af­faire comme une cir­cons­tance ag­gra­vante. Ju­ge­ment le 3 juillet.

« VOUS AU­RIEZ DE­MAN­DÉ L’HEURE ET RAP­PE­LÉ QUE VOUS ÉTIEZ PRES­SÉE. (…) VOTRE RÉ­AC­TION N’A PAS ÉTÉ TRÈS… NOR­MALE » LE PRÉ­SIDENT DU TRI­BU­NAL

Pa­lais de jus­tice de Brest (Fi­nis­tère), hier. Da­niel et Ma­rie Mor­van, les pa­rents du jeune Owen tué à vé­lo, es­pèrent que la prise de mé­di­ca­ments avant de conduire se­ra consi­dé­rée comme une cir­cons­tance ag­gra­vante.

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