Plon­gée dans la pre­mière ma­nif payée par une banque

Plu­sieurs mil­liers d’em­ployés d’Ar­kéa, la branche bre­tonne du Cré­dit mu­tuel, ont dé­fi­lé pour ré­cla­mer leur in­dé­pen­dance. Plus ou moins vo­lon­tai­re­ment.

Le Parisien (Val d'Oise) - - ÉCONOMIE - @Bo­ris­Cas­sel PAR BO­RIS CAS­SEL

IL A RAN­GÉ son at­ta­ché-case, sa che­mise rayée, son cos­tume-cra­vate et ses bou­tons de man­chette. Lors­qu’il des­cend dans la rue pour ma­ni­fes­ter, le ban­quier est à la co­ol, en baskets. S’il s’épou­mone avec des slo­gans — « Ça suf­fit, ça suf­fit », ou en­core « Ar­kéa in­dé­pen­dant, Ar­kéa in­dé­pen­dant » — et agite des ban­de­roles et des dra­peaux, trois pe­tits dé­tails le dis­tinguent d’un ma­ni­fes­tant lamb­da : il est payé par son em­ployeur pour battre le pa­vé, porte un bonnet rouge par 20 oC et son sweat à ca­puche — flam­bant neuf ! — n’est pas si­glé « CGT » mais « Ar­kéa ».

Of­fi­ciel­le­ment or­ga­ni­sée par un col­lec­tif de sa­la­riés, la pre­mière ma­ni­fes­ta­tion pa­ri­sienne fi­nan­cée par une banque vi­sait à faire pres­sion sur le gou­ver­ne­ment pour qu’il ac­corde à Ar­kéa — la branche bre­tonne du Cré­dit mu­tuel — le droit de quit­ter le ré­seau. Elle a réuni 6 000 per­sonnes se­lon les or­ga­ni­sa­teurs, 4 000 se­lon la po­lice.

Ma­rie était dans le cor­tège par­ti à 13 heures de la place de la Bas­tille (XIe). Elle « n’avait ma­ni­fes­té qu’une fois » au­pa­ra­vant, « contre la loi De­va­quet » (en 1986). « Une ma­ni­fes­ta­tion de ban­quiers, ce­la peut faire sou­rire, mais ce que l’on es­saye de faire, c’est gar­der nos em­plois en Bre­tagne », ex­plique cette Ren­naise.

Alain Gau­gen­deaux, lui, est re­ve­nu spé­cia­le­ment de ses va­cances en Suisse. « Je suis à la re­traite dans 130 jours, mais j’avais à coeur de dé­fi­ler pour dé­fendre ma boîte », si­gnale-til. La sor­tie du ré­seau Cré­dit mu­tuel est pour lui le choix le plus lo­gique : « On per­dra notre marque mais on gar­de­ra les centres de dé­ci­sion chez nous, sans re­gard in­qui­si­teur. »

BILLET DE TRAIN PAYÉ PAR L’EM­PLOYEUR

Ar­mé de son klaxon de vé­lo, Jean-Fran­çois, la tren­taine, a quit­té Au­ray (Mor­bi­han) aux au­rores pour ma­ni­fes­ter à Pa­ris. Ce conseiller de clien­tèle qui a « fait ses études en Bre­tagne » et n’a pos­tu­lé « que dans une banque : le Cré­dit mu­tuel de Bre­tagne », le concède : « Il y a un truc iden­ti­taire » dans cette ma­nif. Des dra­peaux noir et blanc fleu­rissent d’ailleurs un peu par­tout dans le cor­tège.

Et comme, vrai­ment, cette ma­nif ne res­semble à aucune autre, nombre de ma­ni­fes­tants ren­con­trés… n’adhèrent pas au pro­jet pour le­quel ils battent le pa­vé ! « Rien n’est dit, rien n’est écrit, mais si tu ne viens pas, tu es mal vu et tu n’as plus de car­rière », si­gnale une jeune ban­quière.

Un peu plus loin, un jeune homme rit lors­qu’on lui de­mande s’il est là de son plein gré. « Oui, oui, c’est ça, bien sûr, je suis vo­lon­taire, comme tout le monde », glisse-t-il iro­ni­que­ment. Et de pré­ci­ser : « Si vous dé­ci­diez de ne pas ve­nir et que votre ser­vice n’était pas ou­vert, vous de­viez al­ler dans un autre ser­vice ou po­ser une jour­née de congé ! Donc, on avait sur­tout le choix de ve­nir. »

Un de ses col­lègues confirme. « Je ma­ni­feste pour la pre­mière fois de ma vie et, fran­che­ment, ce­la me coûte que ce­la soit pour cette cause-là », glisse ce conseiller de clien­tèle. Et de s’ex­pli­quer : « Mon billet de train a été payé par mon em­ployeur, je suis par­ti tôt ce ma­tin et je vais re­ve­nir tard ; je vais donc même avoir des heures sup à ré­cu­pé­rer ! »

Ar­kéa su­bis­sant des agres­sions de la tête du ré­seau du Cré­dit mu­tuel, il de­mande à voir. « Où sont les preuves de tout ça ? Et pour­quoi nos di­ri­geants nous cachent leur plan de sor­tie ? » s’agace-t-il. Un de ses col­lègues en­chaîne : « Et pour­quoi n’a-t-on pas de­man­dé aux sociétaires

(NDLR : les clients), qui sont quand même les pro­prié­taires de la banque, s’ils vou­laient l’in­dé­pen­dance ? »

UNE MA­NI­FES­TA­TION DE BAN­QUIERS, CE­LA PEUT FAIRE SOU­RIRE, MAIS CE QUE L’ON ES­SAYE DE FAIRE, C’EST GAR­DER NOS EM­PLOIS ” EN BRE­TAGNE MA­RIE, UNE REN­NAISE

Pa­ris (XIIe), hier. La ma­ni­fes­ta­tion d’Ar­kéa, branche bre­tonne du Cré­dit Mu­tuel, était of­fi­ciel­le­ment or­ga­ni­sée par un col­lec­tif de sa­la­riés.

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