Les pe­tits se­crets du Jar­din des plantes

Hé­ri­tage ré­vo­lu­tion­naire, le Jar­din des Plantes ren­ferme de nom­breux se­crets de l’his­toire des sciences. A dé­cou­vrir ce week-end grâce des ani­ma­tions gra­tuites.

Le Parisien (Val d'Oise) - - Val-d’Oise - PAR MA­RIE BRIAND-LOCU PHO­TOS : YANN FOREIX

Va­lé­tu­di­naire ». Un drôle de mot de cinq syl­labes, peu connu du grand pu­blic. Mais qui a, quelque part, don­né nais­sance à l’un des pou­mons verts les plus ap­pré­ciés des Pa­ri­siens. « Louis XIII était va­lé­tu­di­naire, c’est-à-dire sou­vent ma­lade. Le Jar­din royal des plantes mé­di­ci­nales a été créé en 1635 pour culti­ver des es­pèces afin de soi­gner le roi et ses proches », ra­conte Bru­no Da­vid, pré­sident du Mu­séum na­tio­nal d’His­toire na­tu­relle.

Dès sa nais­sance sous l’an­cien ré­gime, le des­tin du Jar­din des Plantes est in­ti­me­ment lié à ce­lui des sciences. Mais ce­la s’am­pli­fie après la ré­vo­lu­tion. En 1793, le site de­vient le « Mu­séum na­tio­nal d’His­toire na­tu­relle » et fait dé­cou­vrir les sciences de la na­ture au pu­blic. Une vo­ca­tion tou­jours d’ac­tua­li­té *.

Un an plus tard, la mé­na­ge­rie est créée à l’ini­tia­tive de Ber­nar­din de Saint-Pierre, alors in­ten­dant du jar­din et pro­fes­seur à l’école bo­ta­nique. « Il di­sait que les me­lons avaient été dé­li­mi­tés en tranche par la na­ture afin d’être man­gés. Vol­taire s’en est ins­pi­ré pour son per­son­nage Pan­gloss, per­sua­dé de vivre dans le meilleur des mondes, dans Can­dide », glisse Bru­no Da­vid. On doit à cet écri­vain­bo­ta­niste l’ar­ri­vée d’ani­maux sau­vages dans la mé­na­ge­rie. Elé­phants, lions et ours se suc­cé­de­ront dans les en­clos… bien trop étroits. Au­jourd’hui oc­cu­pés par de pe­tits mam­mi­fères.

Au jar­din, l’his­toire de la science est par­tout. Même sous nos pieds. D’un signe de tête, Bru­no Da­vid dé­signe le sol. « Nous mar­chons sur des ga­le­ries sou­ter­raines, dont une va jus­qu’à la Seine. Dans cer­taines, des paillasses taillées dans la pierre ont été re­trou­vées. Les chi­mistes de­vaient s’adon­ner à des ex­pé­riences de­dans », avance-t-il.

LA VÉ­NUS HOTTENTOTE « QUI INTRIGUAIT POUR SON POSTÉRIEUR GÉ­NÉ­REUX »

Y A ÉTÉ AUTOPSIÉ

Au XIXe siècle, des avan­cées ma­jeures ont eu lieu au mu­séum. C’est en ces lieux que La­marck théo­rise le « trans­for­misme » en 1803. « Les pré­mices de la théo­rie de l’évo­lu­tion de Dar­win », dé­crypte Bru­no Da­vid, les yeux brillants. Des cours sont alors dis­pen­sés par des pro­fes­seurs de re­nom comme le na­tu­ra­liste Geof­froy Saint-Hi­laire dans l’am­phi­théâtre.

Mais ce lieu ren­ferme aus­si une face moins re­lui­sante. C’est ici que les sa­vants au­top­siaient des ani­maux morts dans la mé­na­ge­rie… mais aus­si des corps hu­mains. « Saint-Hi­laire a dis­sé­qué une femme ori­gi­naire d’Afrique du Sud en 1817. Sur­nom­mée la Vé­nus Hottentote, elle intriguait pour son postérieur gé­né­reux. Ses restes ont été res­ti­tués à son pays d’ori­gine il y a une quin­zaine d’an­nées », souffle le pré­sident du Mu­séum.

Dans l’al­lée me­nant à la butte, il s’in­ter­rompt sou­dain : une traî­née de pol­len émane d’un im­mense cèdre du Li­ban. Plan­té par Jus­sieu en 1734, il fait par­tie des arbres ra­me­nés des contrées loin­taines. C’est alors tout un pan de la bio­di­ver­si­té fran­çaise qui s’éclaire. « Des pla­tanes d’Orient ont été plan­tés par Buf­fon, in­ten­dant du jar­din, en 1785. Si l’es­pèce est au­jourd’hui com­mune, les Pa­ri­siens n’en avaient ja­mais vu à l’époque », pré­cise-t-il.

Si ces arbres d’an­tan sont tou­jours là, cer­tains ani­maux de la mé­na­ge­rie comme Ki­ki la tor­tue des Sey­chelles, ja­dis bien vi­vants, ont re­joint les rangs des spé­ci­mens na­tu­ra­li­sés de la Grande Ga­le­rie de l’évo­lu­tion. Le jar­din, lui, a gar­dé son as­pect et sa taille de 1793. Mais pas seule­ment. « Notre mis­sion ac­tuelle re­pose en­core sur l’idéal de vul­ga­ri­sa­tion scien­ti­fique de la Ré­vo­lu­tion », conclut fiè­re­ment Bru­no Da­vid.

Ber­nar­din de Saint-Pierre est à l’ini­tia­tive de la créa­tion de la mé­na­ge­rie en 1794.

Le Jar­din royal des plantes mé­di­ci­nales créé en 1635 est de­ve­nu en 1793, le Mu­séum na­tio­nal d’His­toire na­tu­relle.

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