Jo­na­thann Daval a cra­qué

Il ac­cu­sait sa belle-fa­mille d’un com­plot et niait le meurtre de son épouse, Alexia. Mais lors des confron­ta­tions hier Jo­na­thann s’est ef­fon­dré face à sa belle-mère et a fait de nou­veaux aveux lors d’une scène d’une den­si­té rare.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAITS DIVERS - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE LOUISE COLCOMBET À BE­SAN­ÇON (DOUBS)

« DIS-MOI la vé­ri­té, je veux sa­voir la vé­ri­té. » Voi­là plus d’une heure que Jo­na­thann Daval est confron­té à sa belle-mère, Isa­belle Fouillot, dans le bu­reau du juge d’ins­truc­tion au pa­lais de justice de Be­san­çon (Doubs). L’en­tre­tien est en train de s’ache­ver sur une nou­velle im­passe, quand la ma­man d’Alexia, d’une voix douce, l’ex­horte une der­nière fois à li­bé­rer sa conscience. Sou­dain dé­bor­dé par l’émo­tion, son gendre se lève de sa chaise et vient s’age­nouiller à ses pieds, en signe de pé­ni­tence. Isa­belle Fouillot le re­lève et le prend dans ses bras. Le corps se­coué de lourds san­glots, Jo­na­thann lui glisse alors ces quelques mots : « Je vais te dire ce que j’ai fait. » Em­mu­ré dans une ver­sion in­te­nable de­puis cinq mois, celle d’un « com­plot fa­mi­lial », pris dans ses mul­tiples contra­dic­tions (lire ci-des­sous), l’époux d’Alexia, dont le corps cal­ci­né avait été re­trou­vé dans un bois proche de Gray (Haute-Saône) le 30 oc­tobre 2017, a fi­na­le­ment cra­qué, hier. Confron­té tour à tour aux membres de sa bel­le­fa­mille, d’abord à son beau-frère, Gré­go­ry Gay, qu’il ac­cu­sait d’avoir étran­glé Alexia, puis à sa belle-soeur, Stéphanie, l’in­for­ma­ti­cien de 34 ans avait te­nu bon. Avant de s’ef­fon­drer en dé­but d’après-mi­di.

Face à sa belle-mère, dont il était proche au point de l’ap­pe­ler « ma­man », Jo­na­thann est re­ve­nu à ses aveux pas­sés en garde à vue le 31 jan­vier : oui, a-t-il confir­mé, il a bien tué son épouse, étouf­fée après une vio­lente dis­pute au re­tour d’un re­pas en fa­mille. « Il conti­nue à dire qu’il n’a ja­mais eu l’in­ten­tion de don­ner la mort à Alexia Daval [et] parle tou­jours d’un ac­ci­dent », a pré­ci­sé le pro­cu­reur de Be­san­çon, Etienne Man­teaux. « Je suis sou­la­gée », a très so­bre­ment com­men­té celle qui est à l’ori­gine

ME FAIT DU MAL, MAIS C’EST BIEN QU’IL SE SOIT SOU­LA­GÉ. SI ÇA PEUT AP­POR­TER UN PEU D’APAI­SE­MENT À LA

” FA­MILLE D’ALEXIA MAR­TINE HEN­RY, LA MÈRE DE JO­NA­THANN

de ce nou­veau coup de théâtre. « J’ai bien in­sis­té sur le fait qu’on l’a ai­mé pen­dant dix ans et qu’il fal­lait qu’il se li­bère de ce car­can de dé­ni », a pour­sui­vi Isa­belle Fouillot, qui avait ap­por­té une photo de sa fille et de Hap­py, le chat du couple, « pour en­clen­cher la vé­ri­té ». « C’était un mo­ment d’hu­ma­ni­té ex­cep­tion­nel », a sou­li­gné à son in­ten­tion Me Ran­dall Sch­wer­dorf­fer, l’avo­cat de Jo­na­thann Daval. « Nous n’avions au­cune cer­ti­tude quant à l’is­sue de ces face-àface mais on ne pou­vait pas se pri­ver de cette chance — sans doute la der­nière — de le voir aban­don­ner sa thèse gro­tesque », s’est fé­li­ci­té l’avo­cat des époux Gay, Me Gilles-Jean Portejoie, à l’ori­gine de cette de­mande de confron­ta­tion.

DES ZONES D’OMBRE PER­SISTENT

A l’écart des ca­mé­ras, une autre mère es­suie ses larmes, celle de Jo­na­thann. Mar­tine Hen­ry était ve­nue au tri­bu­nal pour « sou­te­nir si­len­cieu­se­ment » son fils. « Je n’ar­rive tou­jours pas y croire », souffle-t-elle, ef­fon­drée. « Ça me fait du mal, mais c’est bien qu’il se soit sou­la­gé. Si ça peut ap­por­ter un peu d’apai­se­ment à la fa­mille d’Alexia… Je m’en veux d’avoir pen­sé que c’était eux, j’ai juste vou­lu croire mon fils. Je vou­drais leur pré­sen­ter mes ex­cuses. » Ce nou­veau re­vi­re­ment ne scelle pour­tant pas la fin de ce dossier hors norme. Si la thèse d’une com­pli­ci­té ou d’une pré­mé­di­ta­tion « ne pa­raît pas en­vi­sa­geable à ce stade », se­lon Etienne Man­teaux, des zones d’ombre per­sistent : les coups consta­tés sur le corps de la vic­time, qui ne cor­res­pondent pas au ré­cit de Jo­na­thann, et la cré­ma­tion du corps, qu’il nie tou­jours. Il de­vrait être ré­in­ter­ro­gé « dans les jours qui viennent », a pré­ci­sé le pro­cu­reur.

Be­san­çon (Doubs), hier. Les pa­rents d’Alexia Daval, à leur ar­ri­vée au pa­lais de justice pour la confron­ta­tion avec Jo­na­thann Daval(à droite), ame­né sous es­corte po­li­cière.

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