« John­ny était un ange et un diable »

La veille des hom­mages qui vont com­mé­mo­rer les ob­sèques du ro­ckeur, Pierre Billon ra­conte leurs qua­rante an­nées d’ami­tié dans son au­to­bio­gra­phie et nous livre des confi­dences.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LOISIRS MUSIQUE - PROPOS RE­CUEILLIS PAR ÉRIC BU­REAU

Il y a un an, sous les yeux de 16 mil­lions de Fran­çais, Pierre Billon en­trait dans l’église de la Ma­de­leine en por­tant le cer­cueil de John­ny Hal­ly­day, son « Jojo », son ami de qua­rante ans. Ce bour­lin­gueur ra­conte leur ami­tié dans son au­to­bio­gra­phie, dont le titre, « Quelque part un aigle », re­prend ce­lui d’un des al­bums qu’il a réa­li­sés, en 1982, pour le Tau­lier. Le fils de la chan­teuse Pa­ta­chou y ra­conte aus­si 71 ans d’une vie ro­ma­nesque, du ca­ba­ret de sa mère sur les ge­noux de « ton­ton » Georges Bras­sens à ses amours avec Li­za Min­nel­li et Ju­lia Mi­genes à Broad­way, des suc­cès qu’il a écrits pour Mi­chel Sar­dou à ses folles équi­pées à mo­to.

Pour­quoi avoir écrit ce livre ?

PIERRE BILLON. Pour re­mettre quelques pen­dules à l’heure sur mon pote et sur Lae­ti­cia. A force d’en­tendre par­ler d’abus de fai­blesse, de femme ma­chia­vé­lique, par de mecs qui n’ont ja­mais vé­cu avec eux… L’autre jour, j’en­ten­dais dire après l’interview de Lae­ti­cia sur TF 1 qu’elle avait été très coa­chée. Mais pas du tout. Elle n’est pas coa­chée, elle est per­chée, Lae­ti­cia, elle est lu­mi­neuse, c’est mère Te­re­sa. Elle conti­nue de vivre à tra­vers la voix de John­ny, qu’elle en­tend ré­son­ner dans les murs, elle n’a rien tou­ché dans leur mai­son.

Vous avez connu toutes les femmes de John­ny, vous avez été son té­moin lors de ses ma­riages avec Ba­beth et Ade­line. Vous avez une pré­fé­rée ?

Lae­ti­cia. Elle a économisé dix ans de la vie de mon pote et l’a ren­du plus doux. Elle l’a em­mer­dé, comme toutes les fans femmes qui es­sayent de sau­ver leurs hommes ar­tistes, en ca­chant un pa­quet de clopes, une bou­teille… Elle a es­sayé de le gar­der tel quel, même le der­nier jour où je l’ai vu, où il était beau, su­per bien ha­billé. A la fin, ils étaient très tendres. Il était très ad­mi­ra­tif d’elle et elle de lui. Au quo­ti­dien, ils ne pou­vaient pas vivre l’un sans l’autre. Ils étaient très com­plices.

Et ses autres femmes ?

J’ai un res­pect énorme pour Syl­vie. Tra­vailler pour elle a été dé­li­cieux. J’ai ado­ré les grandes ba­lades à mo­to avec Ade­line aux Etats-Unis, Ba­beth à Los An­geles, c’était for­mi­dable, j’ai­mais beau­coup Léa la Ca­na­dienne. Quant à Na­tha­lie Baye, elle m’a fait vi­rer mais je ne lui en veux pas, car elle avait rai­son : elle a ap­por­té à John­ny l’in­tel­li­gent­sia, avec le disque de Mi­chel Ber­ger et le film de Go­dard. Ces deux an­nées sont émi­nem­ment im­por­tantes pour lui. D’un seul coup, il était in­tou­chable.

Vous écri­vez que John­ny a eu plu­sieurs époques…

C’était un ange et un diable, Dr Je­ckyll et Mr Hyde, à la fois gen­til, gé­né­reux, et gros casse-c… Les dix der­nières an­nées,

“LAE­TI­CIA A ÉCONOMISÉ DIX ANS DE LA VIE DE MON POTE ET L’A REN­DU

” PLUS DOUX

“MOI

NON PLUS JE NE ME SUIS PAS OC­CU­PÉ DE ” MES GA­MINS

il était at­ten­tion­né. Il était fier quand ses amis réus­sis­saient.

Dans votre livre, vous ra­con­tez une anec­dote dingue avec son fils Da­vid…

A l’époque, Da­vid était ado et vi­vait avec Syl­vie. Un jour, John­ny m’ap­pelle : « Da­vid m’in­quiète. Il ne com­mu­nique pas. » Je lui pro­pose d’al­ler dé­jeu­ner tous les trois. John­ny prend le ga­min dans sa Fer­ra­ri, roule comme un dingue, en grillant tous les feux. Le pauvre môme, il était en vrac. A table, il nous de­mande s’il peut ren­trer. Et on re­part à 220 km/h. Vous ima­gi­nez la tête de Da­vid. Et John­ny en re­par­tant me dit : « Tu vois, il est bi­zarre... »

Il ne s’est pas as­sez oc­cu­pé de son fils ?

Mais com­ment vou­liez-vous ? Moi non plus je ne me suis pas oc­cu­pé de mes ga­mins. Les temps ont chan­gé. Au­jourd’hui, quand ça marche, on fait 80 dates en un an et de­mi. A l’époque, on en fai­sait 250 par an.

C’est vous qui lui avez trans­mis le vi­rus de la mo­to…

Je lui ai sur­tout don­né la pas­sion des road-trips. On a fait le pre­mier en 1990 et le der­nier en 2016. Il était dé­jà ma­lade sans le sa­voir et il en­quillait 500 km par jour à 3 000 m d’al­ti­tude. Il était cos­taud. Ce sont mes meilleurs sou­ve­nirs avec John­ny.

C’était un trompe-la-mort…

J’ai tou­jours pen­sé qu’il avait une bonne étoile. Du coup, fin 2016, le jour où il m’a dit « j’ai une sa­lo­pe­rie mais ça va al­ler », j’ai cru mon pote. On était sûrs qu’il s’en ti­re­rait. On avait pré­vu de re­par­tir aux Etats-Unis faire un road­trip en sep­tembre 2019. C’est pour ce­la qu’on y est re­tour­nés…

Sans lui, mi-sep­tembre…

Oui, on est re­tour­nés à Mexi­can Hat, le mo­tel qu’il ado­rait dans le Grand Ca­nyon, pour po­ser une plaque avec Lae­ti­cia. Dans le clip de « J’en par­le­rai au diable », on voit John­ny, as­sis et rê­veur, re­gar­der le Grand Ca­nyon. Po­ser une plaque « Bro­thers » (« Frères »), vivre à Los An­geles, être en­ter­ré à Saint-Barth, faire ce der­nier al­bum plus rock’n’roll, tout ça, c’est ce qu’il vou­lait.

Vous pen­sez que la ba­taille au­tour de son hé­ri­tage ces­se­ra ?

Même si les mots ont été durs, ça va s’ar­ran­ger. Tout le monde y a in­té­rêt. Sauf leurs avo­cats.

Pa­ris, le 8 no­vembre. Pierre Billon, mo­tard, mu­si­cien et ami de John­ny : « On avait pré­vu de re­par­tir aux Etats-Unis faire un road-trip en 2019. »

« John­ny, quelque part un aigle »,Ed. Har­per Col­lins, 490 p., 19,90 €.

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