MA­CRON CADRE LE DÉ­BAT

Avec cette lettre, dif­fu­sée dans la presse et sur les ré­seaux so­ciaux, le chef de l’Etat in­ter­pelle les Fran­çais pour qu’ils par­ti­cipent à la consul­ta­tion na­tio­nale qui s’ouvre de­main.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAIT DU JOUR - PAR OLI­VIER BEAU­MONT

La lettre du chef de l’Etat EN PAGES 3 et 4 L’ana­lyse d’un his­to­rien EN PAGE 5 DEUX JOURS ENFERMÉS dans son bu­reau ély­séen. Et prière de ne pas dé­ran­ger. « Il tra­vaille sa lettre, peau­fine le moindre dé­tail. Chaque mot compte », ex­pli­quait en plein coeur du week-end un proche d’Em­ma­nuel Ma­cron. Hier soir, le chef de l’Etat a fi­ni par en­voyer sa lettre aux Fran­çais. Nous en dé­voi­lons l’in­té­gra­li­té : 2 335 mots pré­ci­sé­ment, pour jus­ti­fier son pro­jet pré­si­den­tiel, ré­af­fir­mer sa ca­pa­ci­té à ré­for­mer. Et in­vi­ter cha­cun à prendre la pa­role.

L’exer­cice est ra­ris­sime sous la Ve Ré­pu­blique, seuls Fran­çois Mit­ter­rand (1988) et Ni­co­las Sar­ko­zy (2012) l’ont pra­ti­qué, mais eux l’avaient fait dans un cadre pu­re­ment élec­to­ral. Au­jourd’hui, le contexte est tout autre : em­pê­tré de­puis des se­maines dans la crise des Gi­lets jaunes, le pré­sident de la Ré­pu­blique en­tend re­prendre la main en s’adres­sant donc di­rec­te­ment aux Fran­çais par cette mis­sive. Et il veut don­ner les contours du grand dé­bat na­tio­nal qu’il lance de­main pour deux mois.

Car c’est bien là l’ob­jec­tif. « Ce dé­bat de­vra ré­pondre à des ques­tions es­sen­tielles qui ont émer­gé ces der­nières se­maines », in­siste le chef de l’Etat, sans pour au­tant en dé­voi­ler les mo­da­li­tés pra­tiques. Au préa­lable, il a rap­pe­lé en guise d’in­tro­duc­tion les pré­ceptes de li­ber­té, d’éga­li­té et de fra­ter­ni­té qui guident notre na­tion. Et « la fier­té d’être Fran­çais ». Comme pour mieux po­ser sa pre­mière condi­tion : « N’ac­cep­ter au­cune forme de vio­lence. […] Si tout le monde agresse tout le monde, la so­cié­té se dé­fait ! » ser­monne ain­si Ma­cron, mar­qué par les heurts qui ont en­core émaillé les ras­sem­ble­ments de Gi­lets jaunes ce week-end.

34 QUES­TIONS POUR DÉ­BATTRE

Ce grand dé­bat, qui com­men­ce­ra pour lui par un dé­pla­ce­ment de­main dans l’Eure, doit être l’oc­ca­sion d’une re­mise à plat. « Pas de ques­tions in­ter­dites », as­sure-t-il. « Pas de su­jet ta­bou, on n’a peur d’au­cun su­jet », en­fonce son en­tou­rage, même si les dé­bats se­ront conte­nus au­tour de quatre thèmes : la fis­ca­li­té et les dé­penses pu­bliques, l’or­ga­ni­sa­tion de l’Etat et des ser­vices pu­blics, la tran­si­tion éco­lo­gique, la dé­mo­cra­tie et la ci­toyen­ne­té. Dans sa lettre, Ma­cron ne se prive pas d’ap­por­ter en creux sa propre contri­bu­tion, tout en in­ter­pel­lant ré­gu­liè­re­ment le lec­teur par des ques­tions (34 au to­tal). Ma­nière de mon­trer qu’il pren­dra en compte leur ju­ge­ment, tout en pré­ve­nant que ce dé­bat ne se­ra « ni une élec­tion ni un ré­fé­ren­dum ».

UN PAS DE DEUX SUR L’ÉCO­LO­GIE

La hausse de la taxe car­bone avait dé­clen­ché le mou­ve­ment des Gi­lets jaunes, et c’est tout na­tu­rel­le­ment que la tran­si­tion éco­lo­gique avait été choi­sie par Edouard Phi­lippe comme le pre­mier thème du dé­bat. Mais en li­sant Em­ma­nuel Ma­cron, on note un pe­tit chan­ge­ment : la ques­tion en­vi­ron­ne­men­tale est dé­sor­mais re­lé­guée au troi­sième rang, au pro­fit de la fis­ca­li­té et de l’or­ga­ni­sa­tion de l’Etat. « La lec­ture des ca­hiers de do­léances ou­verts en mai­rie de­puis trois se­maines a mon­tré que l’éco­lo­gie ar­ri­vait très loin après les su­jets de pou­voir d’achat. Il en a te­nu compte », ex­plique tout sim­ple­ment un proche. « Au­jourd’hui, per­sonne ne conteste l’im­pé­rieuse né­ces­si­té d’agir plus vite. Plus nous tar­dons à nous re­mettre en cause, plus ces trans­for­ma­tions se­ront dou­lou­reuses », se rat­trape néan­moins le pré­sident pour don­ner des ga­ran­ties de son vo­lon­ta­risme aux éco­lo­gistes.

PAS DE RE­MISE EN CAUSE DE L’ISF

Mal­gré les coups de bou­toir de l’op­po­si­tion, et même de quelques membres du gou­ver­ne­ment, le chef de l’Etat n’en­tend pas re­mettre en cause la sup­pres­sion par­tielle de l’im­pôt sur la for­tune. « Nous ne re­vien­drons pas sur les me­sures que nous avons prises pour cor­ri­ger ce­la afin d’en­cou­ra­ger l’in­ves­tis­se­ment et faire que le tra­vail paie da­van­tage », s’arc-bou­tet-il. Et tant pis si les Gi­lets jaunes ont fait de ce su­jet un de leur to­tem. On peut pa­rier que le su­jet se­ra lar­ge­ment abor­dé lors des dé­bats.

VERS UNE IM­MI­GRA­TION CHOI­SIE ?

Edouard Phi­lippe s’était re­fu­sé à mettre un cin­quième thème, ce­lui de l’im­mi­gra­tion et de la laï­ci­té, sur la table des dis­cus­sions, car po­ten­tiel­le­ment trop cli­vant et ex­plo­sif. Em­ma­nuel Ma­cron re­vient à la charge : « En ma­tière d’im­mi­gra­tion, une fois nos obli­ga­tions d’asile rem­plies, sou­hai­tez­vous que nous puis­sions nous fixer des ob­jec­tifs an­nuels dé­fi­nis par le Par­le­ment ? » in­ter­roge-t-il, en lais­sant pla­ner l’hy­po­thèse d’éven­tuels quo­tas d’im­mi­gra­tion. Un clin d’oeil, peut-être, aux élec­teurs de Ma­rine Le Pen, sa prin­ci­pale ad­ver­saire en vue des eu­ro­péennes du mois de mai.

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