La grippe ar­rive… tar­di­ve­ment Ni­veau d’alerte

L’épi­dé­mie est en train d’ar­ri­ver, un peu plus tard que les épi­sodes de grippe des deux der­nières sai­sons. Elle ne se­ra pas plus bé­nigne pour au­tant. Voi­ci les ex­pli­ca­tions mé­di­cales.

Le Parisien (Val d'Oise) - - SOCIÉTÉ - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR EL­SA MA­RI SOURCE : RÉ­SEAU SEN­TI­NELLES. SI­BYLLE BERNARDSTOECKLIN, SOURCE : ANA­LYSE ÉPIDÉMIOLOGIQUE DES CIRE - SP FRANCE 2019.

LA GRIPPE, vi­rus hi­ver­nal, ar­rive dans notre pays mais de fa­çon moins pré­coce qu’au cours de cer­taines an­nées. Est-ce nor­mal ? Une chose est sûre, se­lon la doc­teur Si­bylle Ber­nard-Stoe­ck­lin, épidémiologiste à San­té pu­blique France : on ne se­ra pas épar­gnés bien long­temps.

La grippe est-elle en re­tard cette an­née ?

SI­BYLLE BER­NARD-STOE­CK­LIN. Oui par rap­port aux deux an­nées pré­cé­dentes. En 2016 et en 2017, la grippe était ar­ri­vée en dé­cembre, de fa­çon pré­coce par rap­port aux don­nées his­to­riques (voir l’in­fo­gra­phie). Mais il n’y a pas de moyenne. On sait que, chaque an­née, il y a une épi­dé­mie qui sur­vient entre no­vembre et mars. Ce qu’on ignore, c’est la date à la­quelle elle va ar­ri­ver, sa du­rée, son am­pleur. Il ar­rive qu’elle soit tar­dive. Au cours des dix der­nières an­nées, cer­taines ont même dé­bu­té en fé­vrier, comme en 2015-2016.

Comme elle se­ra plus courte, se­ra-t-elle moins meur­trière ?

Non. La ca­rac­té­ris­tique de la grippe est d’être im­pré­vi­sible. On est in­ca­pables de pré­dire, à ce stade, l’am­pleur qu’elle au­ra ni sa sé­vé­ri­té. Si les deux an­nées pré­cé­dentes ont fait res­pec­ti­ve­ment 14 400 et 13 000 dé­cès, la grippe a aus­si été très meur­trière en 20142015 alors que l’épi­dé­mie avait com­men­cé dé­but jan­vier. Cette an­née, on ob­serve une cir­cu­la­tion qua­si­ment ex­clu­sive de vi­rus de type A. Le pre­mier A (H1N1) est connu pour don­ner des formes sé­vères, no­tam­ment chez les jeunes adultes. Le deuxième A (H3N2) est par­ti­cu­liè­re­ment dan­ge­reux chez les 65 ans et plus.

Quand le pic se­ra-t-il at­teint ?

La grippe est là. On ob­serve de­puis fin dé­cembre une aug­men­ta­tion nette de la cir­cu­la­tion des vi­rus et, de­puis le dé­but du mois, l’Oc­ci­ta­nie est pas­sée en phase épi­dé­mique. Dix autres ré­gions, l’Ile-de-France, Rhô­neAlpes ou Pro­vence-Alpes-Côte d’Azur, sont au seuil pré­épi­dé­mique. Or, quand la grippe com­mence à cir­cu­ler, elle at­teint très vite l’en­semble du ter­ri­toire. La France de­vrait être en rouge d’ici deux à trois se­maines.

ON EST IN­CA­PABLES DE PRÉ­DIRE, À CE STADE, L’AM­PLEUR QU’ELLE AU­RA, NI

” SA SÉ­VÉ­RI­TÉ

Il n’est donc plus utile de se faire vac­ci­ner ?

Au contraire, si ce n’est pas fait, il faut se faire im­mu­ni­ser main­te­nant, sur­tout pour les per­sonnes à risque comme les plus de 65 ans ou les ma­lades chro­niques. Le vac­cin met deux se­maines à as­su­rer une pro­tec­tion, il faut donc prendre en compte ce dé­lai.

Si la cou­ver­ture vac­ci­nale s’élar­git, pour­ra-t-on un jour voir dis­pa­raître ce vi­rus ?

Pour ce­la, il fau­drait at­teindre des ni­veaux très im­por­tants de vac­ci­na­tion. Au 30 no­vembre, moins de 50 % des per­sonnes fra­giles, pour qui elle est re­com­man­dée, s’étaient fait im­mu­ni­ser. Ce­la re­pré­sente 540 000 per­sonnes de plus que l’an der­nier. Cette aug­men­ta­tion s’ex­plique par la hausse du nombre des plus de 65 ans, due au vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion, et sû­re­ment par le fait que les Fran­çais ont été mar­qués par l’épi­dé­mie meur­trière de l’an­née der­nière. Mais l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) re­com­mande un taux de 75 % chez les per­sonnes âgées avant le dé­but de la sai­son. On en est en­core loin.

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