L’ÉTAT TIRE LA SON­NETTE D’ALARME

Un rap­port com­man­dé par le gou­ver­ne­ment pointe les risques de dé­ra­pages bud­gé­taires dans l’or­ga­ni­sa­tion des Jeux d’été à Pa­ris.

Le Parisien (Yvelines) - - LA UNE - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR SAN­DRINE LEFÈVRE

qui pointe de pos­sibles dé­ra­pages et pré­co­nise de prendre ra­pi­de­ment des dé­ci­sions dans le dos­sier des Jeux olym­piques d’été 2024 à Pa­ris. Il se­ra ren­du dans quelques jours et, dans leur note in­ter­mé­diaire, que nous nous sommes pro­cu­rée, les rap­por­teurs de l’ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances, de l’ins­pec­tion gé­né­rale de la jeu­nesse et des sports et du Con­seil gé­né­ral de l’en­vi­ron­ne­ment sont sans ap­pel.

Ils évoquent « de réels risques à la fois de non-réa­li­sa­tion dans les dé­lais de cer­tains équi­pe­ments mais aus­si de sur­coûts im­por­tants » concer­nant les JO de 2024. Une note qui alerte mais qui n’est pas for­cé­ment in­quié­tante. D’au­tant que ce sont Ber­cy et le mi­nis­tère des Sports qui, avant même l’at­tri­bu­tion of­fi­cielle des Jeux à Pa­ris, le 13 sep­tembre, avaient de­man­dé cette ins­pec­tion.

Ob­jec­tif pour l’Etat, ga­rant du bud­get des JO et qui verse 1 Md€ : re­pas­ser le dos­sier à la loupe (cer­taines études pous­sées, trop coû­teuses, ne peuvent pas être faites en phase de can­di­da­ture), dé­fi­nir un scénario ca­tas­trophe et se pré­mu­nir d’éven­tuels dé­ra­pages. En ré­su­mé, évi­ter de se mettre dans la si­tua­tion de villes-hôtes dont les bud­gets ont dé­ra­pé au fil de l’avan­cée des tra­vaux et agir avant les pre­miers coups de pioche, pré­vus cou­rant 2019.

Pen­dant plus de six mois, les ins­pec­teurs ont donc pas­sé en re­vue les sites qui doivent être construits, afin d’éva­luer les risques. Un site ma­jeur re­tient leur at­ten­tion : le centre nau­tique, qui sor­ti­ra de terre à Saint-De­nis, face au Stade de France. Et pour cause : la maî­trise d’ou­vrage a, de par la loi, été confiée à la Mé­tro­pole du Grand Pa­ris, le ter­rain ap­par­tient à la Ville de Pa­ris et son fi­nan­ce­ment est gé­ré par la So­li­deo, l’or­gane char­gé de li­vrer les équi­pe­ments et fi­nan­cé, pour moi­tié, par de l’ar­gent pu­blic.

NÉ­GO­CIA­TIONS AVEC LES ÉLUS JUS­QU’EN JUIN

Au­tant d’in­ter­ve­nants qui, pour les ins­pec­teurs, re­pré­sentent « des risques consi­dé­rables en termes de dé­lais ». Eva­lué à 130 M€, le centre nau­tique pour­rait voir son bud­get être (au mi­ni­mum) mul­ti­plié par deux, la Mé­tro­pole rê­vant de faire de cette pis­cine un ou­til de pro­mo­tion et d’at­trac­ti­vi­té du ter­ri­toire et lui don­ner une di­men­sion ar­chi­tec­tu­rale. Pour frei­ner les ar­deurs, le rap­port pré­co­nise de re­ti­rer la maî­trise d’ou­vrage à la Mé­tro­pole et de la confier à la So­li­deo.

Le clus­ter du Bour­get, ce­lui de­vant ac­cueillir le vil­lage des mé­dias et des sites tem­po­raires (vol­ley, tir, bad­min­ton), est éga­le­ment poin­té. Si la note in­ter­mé­diaire es­ti­mait que « la réa­li­sa­tion du vil­lage des mé­dias [était] contes­table », l’avis du rap­port dé­fi­ni­tif se­rait moins tran­ché. Un re­di­men­sion­ne­ment, avec une baisse du nombre de lo­ge­ments (1 500 pré­vus dans le dos­sier) sont en­vi­sa­gés.

Le site de­vant ac­cueillir le vol­ley est en re­vanche me­na­cé, car il né­ces­site des amé­na­ge­ments ju­gés « anor­ma­le­ment coû­teux », en rai­son no­tam­ment du dé­mé­na­ge­ment d’en­tre­prise, de la construc­tion d’une pas­se­relle (qui se­rait donc aban­don­née) et de la dé­pol­lu­tion d’un ter­rain.

En­fin, le vil­lage olym­pique est éga­le­ment épin­glé dans le rap­port, car il cu­mu­le­rait « des risques ma­jeurs ». Pas ques­tion tou­te­fois de le dé­pla­cer, mais plu­tôt de l’orien­ter dif­fé­rem­ment. Si­tué dans les com­munes de Saint-Ouen, de Saint-De­nis et de L’Ile-Saint-De­nis, il est sur­tout très proche d’une zone ar­chéo­lo­gique « sus­cep­tible de re­ce­ler des ves­tiges. » Ce qui, en cas de trou­vailles, né­ces­si­te­rait une « mo­di­fi­ca­tion im­por­tante du pro­jet ».

Là en­core, avant d’ar­ri­ver à cette ex­tré­mi­té, les ins­pec­teurs font des pré­co­ni­sa­tions. Libre à l’Etat de les suivre ou non. Mais se­lon nos in­for­ma­tions, des né­go­cia­tions ont com­men­cé avec les élus des ter­ri­toires concer­nés et vont se pour­suivre jus­qu’en juin, où le dos­sier dé­fi­ni­tif de­vra être trans­mis au CIO.

Em­ma­nuel Ma­cron, tout en as­su­rant « une trans­pa­rence ab­so­lue sur le dos­sier », l’a rap­pe­lé lors de sa ré­cente vi­site en Seine-Saint-De­nis : pas ques­tion de dé­pas­ser l’en­ve­loppe de 6,8 Mds€ pré­vue. « L’opi­nion pu­blique ne le com­pren­drait pas », sou­ligne un proche du dos­sier.

L’Etat a op­té pour une autre so­lu­tion qui consiste à ré­vi­ser le dos­sier. « Il s’agit d’ajus­te­ments, il n’est pas ques­tion de dénaturer le pro­jet ini­tial, nous confie-t-on. La grille d’arbitrage se­ra celle de l’hé­ri­tage. Ce qui au­ra une uti­li­té maxi­male pour les ha­bi­tants des ter­ri­toires concer­nés se­ra conser­vé. » Quitte, pour ce­la, à opé­rer des coupes ailleurs.

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N’EST PAS QUES­TION DE DÉNATURER LE PRO­JET INI­TIAL. LA GRILLE D’ARBITRAGE SE­RA CELLE DE L’HÉ­RI­TAGE. CE QUI AU­RA UNE UTI­LI­TÉ MAXI­MALE POUR LES HA­BI­TANTS SE­RA CONSER­VÉ. UN PROCHE DU DOS­SIER

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