« Jau­rès », une vie au ser­vice du PS

Ex­sangue, le Par­ti so­cia­liste a dû li­cen­cier, re­mer­ciant, no­tam­ment, le chef de son ser­vice d’ordre, Eric Plu­mer, dit Jau­rès. Tout un sym­bole.

Le Parisien (Yvelines) - - POLITIQUE - PAR

LA DER­NIÈRE FOIS qu’il a vu Sol­fe­ri­no, c’était lors d’une froide nuit de dé­cembre. Le siège du PS était dé­sert. Chef du ser­vice d’ordre (SO) du par­ti pen­dant dix-sept ans — et tout juste li­cen­cié dans le cadre du plan so­cial —, Eric Plu­mer vou­lait juste y ré­cu­pé­rer quelques af­faires. Mais n’y croi­ser per­sonne… « Trop dur. » Telle une ombre. Lui qui a pour­tant fait ré­gner sa sil­houette mas­sive — 1,92 m et 135 kg — sur les ma­nifs et les cam­pagnes so­cia­listes de­puis Jos­pin à Hol­lande, en pas­sant par Royal.

L’his­toire d’Eric Plu­mer — nom de code Jau­rès au SO —, c’est celle d’une car­rière en grande par­tie dé­diée « au par­ti », qui trouve son cré­pus­cule bru­tal dans la plus grande crise ja­mais connue par les so­cia­listes. Une dé­bâcle his­to­rique et le li­cen­cie­ment de la moi­tié des sa­la­riés de « Sol­fé ».

Plu­mer re­çoit chez lui, en ban­lieue de Nantes, au­tour d’un ca­fé et d’un tas d’his­toires. La sienne, c’est celle d’un fils de mi­li­tant laïc, qui s’est d’abord épa­noui chez les Jeunes Com­mu­nistes, sur « le front de la grève plu­tôt que sur ce­lui des études », pré­fé­rant s’en­ga­ger dans la ma­rine plu­tôt que pas­ser le bac. Il s’en­carte au PS en 1983. C’est en 2001 qu’il prend, « fier », la tête du SO, à la veille d’une élec­tion tris­te­ment his­to­rique pour les so­cia­listes. Le 21 avril 2002, il est de ceux qui ac­com­pagnent Jos­pin après l’an­nonce des ré­sul­tats. « C’est un sou­ve­nir dur. Il avait le vi­sage ten­du », se re­mé­more Plu­mer.

Avec Fran­çois Hol­lande (dix ans pre­mier se­cré­taire), il garde une « re­la­tion d’ami­tié ». L’an­cien pré­sident était là à son ma­riage, Plu­mer pré­sent aux fu­né­railles de sa mère, et in­vi­té pour son in­ves­ti­ture à l’Ely­sée. Le lan­der­neau po­li­tique s’amu­se­ra alors de le dé­cou­vrir, pour la pre­mière fois, en­gon­cé dans un cos­tume bleu fon­cé — « ce­lui de mon ma­riage ! » s’amuse le ma­la­bar.

MES­SAGES DE RÉCONFORT

« Eric Plu­mer n’est pas seule­ment un géant phy­si­que­ment, c’est un géant de gen­tillesse, de loyauté, de socialisme », nous confie Fran­çois Hol­lande. « Un to­tem », « une crème d’homme », abonde Be­noît Ha­mon, qui se rap­pelle aus­si des face-à-face « mus­clés » qu’ils ont par­ta­gés quand les groupes anar­chistes at­ta­quaient les cor­tèges du PS, comme lors du Fo­rum so­cial eu­ro­péen de 2003. Des coups, des sou­ve­nirs. Mais, « des claques, je n’en ai pas mis beau­coup », glisse Plu­mer, 60 ans au­jourd’hui.

De Sé­go­lène Royal, il ne di­ra pas grand-chose — juste qu’il conserve un bou­quet de fausses roses de sa cam­pagne de 2007 dans son sa­lon —, de « Mar­tine » (Au­bry), qu’elle est « très exi­geante au tra­vail mais, après, très sym­pa ». La maire de Lille a, comme beau­coup, dé­cro­ché son té­lé­phone quand elle a ap­pris qu’il était li­cen­cié. Elle a « gueu­lé ». Son Fa­ce­book à lui a été inon­dé de mes­sages de réconfort. Ju­lien Dray lui a pro­mis son sou­tien, s’il sou­hai­tait de­ve­nir pre­mier se­cré­taire du PS, à la condi­tion que lui, le « ba­ron noir », de­vienne son « chef de SO » ! A l’évo­ca­tion de son dé­part, Plu­mer a en­core la gorge qui se noue : « Y avait plus d’ar­gent, ça je com­prends. » Mais il a trou­vé la ma­nière « bru­tale ». Pour faire pas­ser la pi­lule, il lui a fal­lu un temps en ava­ler quelques-unes.

Au congrès d’Au­ber­vil­liers, dé­but avril, il vo­te­ra comme il l’a tou­jours fait, plu­tôt « aile gauche ». Mais ne fe­ra pas le dé­pla­ce­ment. Le PS dé­bu­te­ra alors un long et in­cer­tain pro­ces­sus de re­cons­truc­tion. Jau­rès, lui, doit en­core faire son deuil, mais il gar­de­ra, comme tou­jours, un oeil sur ses ca­ma­rades.

“ÉRIC

PLU­MER N’EST PAS SEULE­MENT UN GÉANT PHY­SI­QUE­MENT, C’EST UN GÉANT DE GEN­TILLESSE, DE LOYAUTÉ, DE SOCIALISME

Ge­nes­ton (Loire-At­lan­tique), le 6 mars. Eric Plu­mer n’a gar­dé de Sol­fe­ri­no qu’un bou­quet de fausses roses qui avait ser­vi pen­dant la cam­pagne de Sé­go­lène Royal.

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