Nos as­tuces face aux en­fants hy­per­sen­sibles

Votre ren­dez-vous du mer­cre­di

Le Parisien (Yvelines) - - LA UNE - PAR JEAN-BAP­TISTE ARCUSET ET CH­RIS­TINE MATEUS

Ul­tra-émo­tif, fa­ci­le­ment ir­ri­table, tou­jours sur le fil, votre en­fant a des ré­ac­tions qui vous dé­con­certent. Il est hy­per­sen­sible et vous ne sa­vez pas com­ment ré­agir face à ce trop-plein d’émo­tions qui le sub­mergent. « Mon fils peut se mettre à pleu­rer sans dis­con­ti­nuer lorsque son équipe de foot perd. Il n’aime pas les sé­pa­ra­tions comme s’il crai­gnait l’aban­don. Ni qu’on le touche, il fuit les câ­lins, par exemple », té­moigne Fré­dé­ric, pa­pa d’un ado hy­per­sen­sible.

Ces en­fants sont par­fois té­ta­ni­sés par des si­tua­tions qui nous semblent ano­dines. « Ils peuvent res­ter blo­qués de­vant une bou­lan­ge­rie pen­dant de longues mi­nutes sans oser ni en­trer ni ren­trer chez eux », ex­plique Isa­belle Pailleau, co­au­teur de « Vive les Za­ty­piques ! » (Ed. Le­duc, 192 pages, 17 €) et psy­cho­logue cli­ni­cienne. Fa­cile de se sen­tir désem­pa­ré face à eux. Com­ment les ai­der à être bien dans leurs bas­kets et vous aus­si par la même oc­ca­sion ?

FAUT-IL S’IN­QUIÉ­TER ?

Non, l’hy­per­sen­si­bi­li­té n’est pas une ano­ma­lie, mais une spé­ci­fi­ci­té. Si elle peut être dif­fi­cile à vivre, elle n’est pas grave en soi. « Il faut sa­voir que tous les en­fants sont hy­per­sen­sibles jus­qu’à 7, 8, voire 9 ans », ras­sure Sa­ve­rio To­ma­sel­la, psy­cha­na­lyste, au­teur de « J’aide mon en­fant hy­per­sen­sible à s’épa­nouir » (Ed. Le­duc, 224 p., 17 €). Après cet âge, 25 % d’entre eux conservent dé­fi­ni­ti­ve­ment une sen­si­bi­li­té à vif. Chaque émo­tion est res­sen­tie de ma­nière plus in­tense et ra­di­cale que la moyenne.

Un hy­per­sen­sible est sou­vent mu­tique, mais il peut aus­si être ex­tra­ver­ti. « Dans les deux cas, la cause de son com­por­te­ment est l’an­xié­té », ajoute Isa­belle Pailleau. Les sen­sa­tions cor­po­relles sont éga­le­ment très fortes chez l’en­fant hy­per­sen­sible. C’est un pan­ta­lon trop ser­ré, des fibres tex­tiles qui grattent tout le temps…

APPRIVOISEZ SA SEN­SI­BI­LI­TÉ

Sa­ve­rio To­ma­sel­la in­siste : « Ce­la ne sert à rien de rai­son­ner l’en­fant car c’est plus fort que lui. C’est la dou­ceur d’une voix qui le calme. » Les exer­cices de re­laxa­tion sont ain­si conseillés. L’en­fant, cou­ché au sol, peut pas­ser en re­vue men­ta­le­ment toutes les zones de son corps, gui­dé par la voix apai­sante de l’adulte. C’est ce qu’on ap­pelle le scan cor­po­rel.

Pour Isa­belle Pailleau, il faut nom­mer l’émo­tion ob­ser­vée pour ai­der l’en­fant à dé­crire son res­sen­ti. « J’ai l’im­pres­sion que tu es an­xieux ? Que tu es en co­lère ? » Si celle-ci est jus­te­ment nom­mée, le gar­çon ou la fille se sent com­pris et s’apaise. A l’in­verse, si l’émo­tion dé­crite n’est pas la bonne, c’est lui-même qui va l’ex­pri­mer. Pour les plus pe­tits, vous pou­vez éga­le­ment uti­li­ser des jouets comme le Sch­troumpf grin­cheux ou le Sch­troumpf ti­mide pour de­man­der à l’en­fant de leur faire jouer ses propres sen­ti­ments. « C’est un bon exer­cice », juge la psy­cho­logue.

NE LE COMPAREZ PAS AUX AUTRES

Lorsque l’en­fant hy­per­sen­sible vit une si­tua­tion d’échec, ne le comparez pas aux autres pour le boos­ter, l’en­cou­ra­ger à ré­agir. Ce se­rait une er­reur, car il n’af­fronte pas les mêmes dif­fi­cul­tés. Consé­quence ? Il pour­rait se dé­pré­cier et pen­ser in­jus­te­ment qu’il est nul. En­fin, pour évi­ter les mal­en­ten­dus, vous pou­vez éga­le­ment dis­cu­ter avec son en­sei­gnant afin qu’il puisse, lui aus­si, agir en consé­quence.

Un en­fant hy­per­sen­sible est par­fois en larmes ou té­ta­ni­sé à cause de si­tua­tions qui nous pa­raissent ano­dines. Il faut l’ai­der à com­prendre ce qu’il res­sent.

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