Ma­cron sur un air de cam­pagne

Tout au long de la se­maine, le chef de l’Etat a pu me­su­rer la co­lère des Fran­çais dans des ter­ri­toires où le vote pour Ma­rine Le Pen est fort. Un dé­pla­ce­ment très ci­blé à six mois des eu­ro­péennes.

Le Parisien (Yvelines) - - POLITIQUE - DE NOTRE EN­VOYÉE SPÉ­CIALE PAU­LINE THÉVENIAUD DANS LA SOMME

« ON EST de re­tour ! » lance Em­ma­nuel Ma­cron en pé­né­trant dans le pe­tit ca­fé de Bul­ly-les­Mines (Pas-de-Ca­lais). La der­nière fois qu’il a fran­chi ce seuil, c’était pen­dant l’entre-deux­tours de la pré­si­den­tielle, dans la fou­lée de son duel à dis­tance avec Ma­rine Le Pen sur le site de Whir­pool, à Amiens (Somme). La sym­bo­lique est trans­pa­rente… « J’ai plus vieilli que vous ! » plai­sante-t-il, in­vi­tant tout le monde à « trin­quer » : « Je paie ma tour­née ! » Pour lui, ce se­ra une Leffe. Sur­jouant la proxi­mi­té — avec un fran­çais plus re­lâ­ché qu’à l’ac­cou­tu­mée —, il en­cou­rage ses in­ter­lo­cu­teurs à s’épan­cher, lors de cette vi­site qui n’a rien d’im­pro­vi­sé : « Dites-moi les choses, hein ? »

Der­nier jour d’une cam­pagne, sans le dire, pour re­nouer avec les Fran­çais, alors que sa cote de po­pu­la­ri­té reste au plus bas. Mais il s’agit aus­si de po­ser, là où le Ras­sem­ble­ment na­tio­nal (ex-FN) a fait son lit, les ja­lons de la ba­taille pour les élec­tions eu­ro­péennes, à six mois de ce scru­tin qui s’an­nonce bien dif­fi­cile pour la Ré­pu­blique en marche (LREM). Cette se­maine sur les routes, pas­sée à com­mé­mo­rer, vi­si­ter, dé­am­bu­ler, dor­mir en pré­fec­tures — ex­cep­té lun­di où il a sé­jour­né au châ­teau des Mon­thai­rons, hô­tel quatre étoiles —, avait éga­le­ment cette vi­sée.

« Je sais face à qui j’étais au se­cond tour à l’élec­tion pré­si­den­tielle. Je sais au­jourd’hui qui est très haut dans les son­dages sur les élec­tions eu­ro­péennes », glisse-t-il, au coeur d’une cir­cons­crip­tion, jus­te­ment tom­bée, aux lé­gis­la­tives, dans l’es­car­celle du par­ti de Ma­rine Le Pen. Sa stra­té­gie pour le contrer ? « La clé, c’est de re­gar­der les réa­li­tés, les dif­fi­cul­tés du ter­ri­toire en face, de trou­ver des so­lu­tions concrètes, de par­ler d’ave­nir », dit-il. Mi­ser sur le tra­vail, pro­mettre la re­dy­na­mi­sa­tion de l’éco­no­mie. Et ten­ter de dé­mon­trer à ce bout de France qu’il n’est pas « ou­blié ».

Comme hier, entre centre so­cial et ter­ril. Ma­cron, tou­jours éti­que­té pré­sident des riches (l’ex­pres­sion re­vient quand il est in­ter­pel­lé lors des bains de foule), an­nonce « une baisse dras­tique du coût » du per­mis de conduire (lire page 10). Et il in­siste sur son at­ta­che­ment à « la mise en place d’un bo­nus­ma­lus » pour sanc­tion­ner les en­tre­prises qui abusent des contrats courts.

DES GI­LETS JAUNES ÉLOI­GNÉS SANS MÉNAGEMENT

La co­lère qui enfle est tou­te­fois de mau­vais au­gure pour les échéances à ve­nir. Hier, à Al­bert (Somme), où il a ac­cueilli la chef du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique Te­re­sa May, une ving­taine de gi­lets jaunes, pro­tes­tant contre la hausse du prix des car­bu­rants, étaient ve­nus l’at­tendre. Ma­cron ne les en­ten­dra pas de­man­der sa « dé­mis­sion ». Ils ont été éloi­gnés sans ménagement du centre-ville par les forces de l’ordre, avant son ar­ri­vée. Cette grogne, por­tant prin­ci­pa­le­ment sur les ques­tions de pou­voir d’achat, ne lui a tou­te­fois pas échap­pée. Elle l’a rat­tra­pée tout au long de sa tour­née et jus­qu’à la toute fin, hier soir, à Pé­ronne.

Mais à l’heure de ti­rer le bi­lan, l’Ely­sée se dit « très content que le pré­sident se soit im­pré­gné de tout ce­la ». Le chef de l’Etat l’a dit lui-même à ses équipes, il es­time avoir trou­vé là « la bonne for­mule ». Sa nou­velle mar­tin­gale ? « Ce­la a li­bé­ré quelque chose. Nous al­lons conti­nuer », font va­loir ses conseillers, as­su­rant que cette « iti­né­rance » « au­ra des suites ». Com­prendre : Em­ma­nuel Ma­cron n’en a pas fi­ni avec les dé­pla­ce­ments de ce type…

“JE SAIS FACE À QUI J’ÉTAIS AU SE­COND TOUR À L’ÉLEC­TION PRÉ­SI­DEN­TIELLE. JE SAIS AU­JOURD’HUI QUI EST TRÈS HAUT DANS LES SON­DAGES SUR ” LES EU­RO­PÉENNES EM­MA­NUEL MA­CRON

Bul­ly-les-Mines (Pas-de­Ca­lais), hier. « Je paie ma tour­née ! » a of­fert le pré­sident. Bière à la main, il a en­cou­ra­gé, dans un fran­çais plus re­lâ­ché que d’ha­bi­tude, ses in­ter­lo­cu­teurs à s’épan­cher : « Dites-moi les choses, hein ? »

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