Quand Les chars s’en­traî­naient au Trou d’En­fer

Outre les cé­ré­mo­nies du 11-No­vembre, le pu­blic est ex­cep­tion­nel­le­ment in­vi­té au fort. Les vi­si­teurs dé­cou­vri­ront le lieu où l’ar­mée a for­mé les sol­dats qui ser­virent sur les pre­miers chars d’as­saut.

Le Parisien (Yvelines) - - VOTRE DÉPARTEMENT - PAR MAXIME FIESCHI

1 000 À 1 200 SOL­DATS Y ÉTAIENT FOR­MÉS CHAQUE MOIS

Les chars d’as­saut ont en grande par­tie joué sur l’is­sue de la Grande Guerre. Et c’est à Bailly, dans l’en­ceinte du fort du Trou d’En­fer, qu’à par­tir de 1916, la France a choi­si de tes­ter ses chars et de for­mer les sol­dats qui dé­cou­vraient ce ma­té­riel ré­vo­lu­tion­naire.

De­main, à l’is­sue de la cé­ré­mo­nie d’hom­mage au ci­me­tière, les par­ti­ci­pants pour­ront en­trer sur le site du fort, ha­bi­tuel­le­ment fer­mé aux vi­sites, et y dé­cou­vrir une ex­po­si­tion sur cette pé­riode très im­por­tante pour le Trou d’En­fer.

Au dé­but du conflit, les pre­miers es­sais pour les chars d’as­saut se dé­rou­laient à Vin­cennes (Val-de-Marne), dans le sec­teur du Po­ly­gone. Mais le haut com­man­de­ment ju­geait le site trop peu pro­té­gé, sus­cep­tible d’être es­pion­né. C’est dans l’en­ceinte du fort de Trou d’En­fer, ca­ché der­rière les hauts murs du parc de Mar­ly plus ai­sés à gar­der, que l’on choi­sit de faire évo­luer ces monstres de mé­tal. Des géants, dont on se de­mande en­core com­ment on pou­vait les ma­nier mal­gré leurs di­men­sions. Le Sch­nei­der, long de plus de 6 m, lourd de 13,5 t. Et le Saint-Cha­mond, près de 9 m pour 22 t. Tous deux des­ti­nés à cra­cher le feu avec leurs ca­nons. A l’in­té­rieur, les hommes s’en­tas­saient (douze dans le Saint-Cha­mond, sept dans le Sch­nei­der), en­fer­més dans la cha­leur dé­ga­gée par les mo­teurs, leurs corps frô­lés par les cu­lasses des ca­nons en re­cul au mo­ment des tirs, presque tous aveugles der­rière le blin­dage d’acier la­mi­né…

Dans les bois, à par­tir de juillet 1916 et jus­qu’à la fin 1917, sur des ter­rains amé­na­gés pour l’oc­ca­sion, conduc­teurs, mé­ca­ni­ciens et poin­teurs s’es­sayèrent au fran­chis­se­ment d’obs­tacles, de tran­chées, de for­ti­fi­ca­tions et de bar­be­lés. Mais il n’y eut pas d’es­sai de tirs à Bailly car le ter­rain ne s’y prê­tait pas. Les ca­nons et les mi­trailleuses étaient donc char­gés à blanc. En 1917, c’est aus­si là que fut pré­sen­té pour la pre­mière fois à l’ar­mée ce­lui qu’on dis­tingue au­jourd’hui comme le blin­dé lé­ger le plus ef­fi­cace de la Grande Guerre. De­vant le gé­né­ral Es­tienne (le père de l’ar­mée blin­dée en France) et le gé­né­ral Mour­ret (alors di­rec­teur du ser­vice au­to­mo­bile), le Re­nault FT17 im­pres­sion­na par sa vi­va­ci­té, sa lé­gè­re­té, son ar­me­ment et sa tou­relle mo­bile.

Tous les mois, mille à 1 200 sol­dats pas­saient au Trou d’En­fer pour leur for­ma­tion. Au plus fort de l’ac­ti­vi­té, on comp­tait près de 3 000 hommes sur place. Ce qui n’était pas sans po­ser de pro­blème avec les villes alen­tour, où les ré­qui­si­tions de lo­ge­ments étaient mal vé­cues.

Fi­na­le­ment, à cause de ce­la mais aus­si à cause de la proxi­mi­té de Pa­ris, et des dis­si­pa­tions que ce­la oc­ca­sion­nait par­mi les troupes, le fort fut aban­don­né en oc­tobre 1917 au pro­fit du camp de Cer­cottes, dans le Loi­ret. De­meurent au­jourd’hui l’en­ceinte et les ves­tiges, par­ti­cu­liè­re­ment bien conser­vés, et qui té­moignent de cette cein­ture d’ou­vrages forts éri­gés tout au­tour de Pa­ris sous l’im­pul­sion du gé­né­ral Sé­ré de Ri­vières à la fin du XIXe siècle.

▣ De­main, 9 h 30, église Saint-Sul­pice : messe du Sou­ve­nir ; 10 h 30. Mo­nu­ment aux morts : cé­ré­mo­nie du Sou­ve­nir ; 12 h15, fort du Trou d’En­fer.

A par­tir de juillet 1916 et jus­qu’à la fin 1917, les sol­dats étaient à la ma­noeuvre dans les chars, dont ce Sch­nei­der dans le­quel pou­vaient s’en­tas­ser jus­qu’à sept hommes.

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