Amendes pour les géants de l’élec­tro­mé­na­ger

L’Au­to­ri­té de la concur­rence a condam­né six en­tre­prises du sec­teur à payer 189 mil­lions d’eu­ros pour s’être concer­tées sur des hausses de prix.

Le Parisien (Yvelines) - - LA UNE - PAR ODILE PLICHON

CINQ AN­NÉES D’EN­QUÊTE, des tonnes de do­cu­ments sai­sis, des au­di­tions à la pelle… A l’is­sue d’un tra­vail ti­ta­nesque, l’Au­to­ri­té de la concur­rence a an­non­cé hier ma­tin sa dé­ci­sion d’in­fli­ger une très forte amende — la plus im­por­tante de l’an­née — à plu­sieurs géants de l’élec­tro­mé­na­ger. Au to­tal, ce sont 189 M€ que six fabricants du sec­teur du « gros » équi­pe­ment (fours, tables de cuis­son, fri­gi­daires, congé­la­teurs, lave-linge, etc.) de­vront ac­quit­ter pour « en­tente an­ti­con­cur­ren­tielle ».

En clair, ils se sont en­ten­dus pour re­le­ver en­semble leurs prix, au dé­tri­ment des consom­ma­teurs. La plus grosse sanc­tion re­vient à Whirl­pool, qui écope d’une amende de 56 M€. Puis viennent Elec­tro­lux (48 M€), In­de­sit (46 M€), le groupe BSH (Bosch et Sie­mens no­tam­ment) avec 23 M€, Can­dy Hoo­ver (15 M€) et, en­fin, Ebe­rhardt Frères pour 1 M€. « La sanc­tion est consi­dé­rable, no­tam­ment du fait des pra­tiques dé­voi­lées mais aus­si parce que ce sec­teur est très im­por­tant, avec un chiffre d’af­faires an­nuel de 4,8 Mds€ et 14,5 mil­lions d’ap­pa­reils ven­dus en 2014 », sou­ligne Isa­belle de Sil­va, la pré­si­dente de l’Au­to­ri­té de la concur­rence. Les faits re­pro­chés concernent deux pé­riodes : de 2006 à 2007 puis de 2008 à 2009. Le mé­ca­nisme était bien hui­lé. Dans un pre­mier temps, les di­ri­geants des groupes concer­nés dé­jeu­naient dis­crè­te­ment en­semble dans un res­tau­rant et s’en­ten­daient sur les hausses de prix qu’ils en­ten­daient im­po­ser aux dis­tri­bu­teurs. C’était en­suite au tour des chefs de pro­duits ou des di­rec­teurs mar­ke­ting de plan­cher sur la mise en oeuvre concrète de l’en­tente, avant que les grands chefs ne se réunissent à nou­veau pour ca­ler dé­fi­ni­ti­ve­ment leur plan.

L’Au­to­ri­té de la concur­rence a lan­cé cette vaste en­quête en 2012, après avoir été pré­ve­nue par la Di­rec­tion gé­né­rale de la concur­rence, de la consom­ma­tion et de la ré­pres­sion des fraudes (DGCCRF). En oc­tobre 2013, les gen­darmes de la concur­rence ont en­suite re­cueilli une foul­ti­tude de do­cu­ments après avoir « vi­si­té » les so­cié­tés in­cri­mi­nées. En dé­cembre 2013, la de­mande de clé­mence de la part du groupe BSH a per­mis de re­cueillir de nom­breux dé­tails sur le mo­dus ope­ran­di des pros de l’élec­tro­mé­na­ger. Les en­tre­prises concer­nées, qui ont toutes sol­li­ci­té la pro­cé­dure de tran­sac­tion — elles ne contestent pas les griefs for­mu­lés à

DES DÉ­JEU­NERS DIS­CRETS ENTRE DI­RI­GEANTS

leur égard —, de­vront ac­quit­ter leur amende dans les se­maines qui viennent.

L’Au­to­ri­té de la concur­rence conti­nue à tra­vailler sur un autre type de pra­tiques an­ti­con­cur­ren­tielles, tou­jours dans le sec­teur de l’élec­tro­mé­na­ger… Ces der­nières an­nées, cet or­ga­nisme de contrôle a mis à jour l’exis­tence de nom­breux car­tels ou en­tentes, l’amende la plus forte (951,2 M€) ayant été in­fli­gée en 2014 dans le sec­teur des pro­duits d’hy­giène et d’en­tre­tien (voir infographie).

« Il reste en­core beau­coup de car­tels, ce qui est pré­oc­cu­pant, conclut Isa­belle de Sil­va, car ces mé­thodes sont non seule­ment illé­gales mais portent at­teinte à la confiance des consom­ma­teurs. »

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